L’effort de méditer

Faut-il donc partir, sac à dos, dans les montagnes himalayennes pour méditer? Non.

Faut-il s’isoler dans une grotte et s’imposer une discipline de fer… Non, il faut peu de choses pour méditer.

Pour moi, il faut surtout un corps pour méditer. Méditer sans son corps, c’est être musicien et se priver de l’instrument le plus sensible et le plus riche qui soit au monde.

Relégué par la pensée au fin fond d’un grenier, cet instrument vieillit, se recouvre de voiles tissées par l’araignée, contraint au silence.

La pensée, seule, joue pendant ce temps une partition qu’elle a elle-même créée, ne méditant que sur elle-même. Elle fabrique des cartes postales de mer bleue, imagine la caresse de l’eau… Mais pour apprécier vraiment cette caresse, pour sortir du virtuel et goûter le réel, il faut un corps. On s’assoit, seul, au calme, on ferme les yeux et on « écoute ».

Que se passe-t-il dans le dedans du silence? Au tout début, d’innombrables images, idées, sursauts affectifs, troublent le silence, et seul un effort de concentration parvient à les chasser.

Ensuite, apparaît une autre pensée qui semble parler à la nôtre. Nous étions seul, nous voilà deux. L’une enseigne, l’autre écoute, puis l’inverse; c’est un véritable dialogue intérieur qui s’installe. Surpris par la pertinence de cette conversation interne, nous ne parvenons plus à savoir qui de ces deux pensées est le vrai moi. Elles jaillissent du monde éphémère, claires et, en ce qui me concerne, exemptes de symbole.

Puis, c’est le temps d’un autre silence. On ressent une présence, la sienne, bien à soi, uniquement à soi. Curieuse sensation que d’assister ainsi à la transformation du silence en qualité de présence…

Du corps jaillit alors une constellation de sensations : félicité, bonheur, saveur, quiétude, paix, comme autant d’épices, relèvent le goût de soi et le goût de l’existence.

De l’immobilité de repos émerge alors du corps un puissant mouvement invisible qui traverse toute la matière. Il se dilate au-delà des limites physiques du corps, dans ce que j’appelle le « ni-dedans ni-dehors », quand la frontière délimitée par l’étendue du corps s’estompe. Cependant, sentiment étrange, cette infinitude mouvante s’écoule lentement dans la profondeur de ma finitude. Je suis alors totalement présent. Je suis moi, dans un corps pensant, percevant et ressentant.

Extrait de : « Un effort pour être heureux », Danis Bois, éditions Point d’appui.

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