Le dernier bain au lit avant de mourir, peau à peau, âme à âme

Vous avez déjà lavé un nouveau-né seulement avec vos mains et du savon doux? Vous avez ressenti ce contact étroit et merveilleux entre vos mains et la petite vie qui naît à peine et qui vous fait confiance. Petit être vulnérable qui se laisse bercer par l’eau et vos mains. Cette sensation de bien-être, je l’ai ressentie à nouveau, mais dans un contexte tout à l’opposé : la fin d’une vie.

J’ai été infirmière-enseignante durant plusieurs années et j’ai travaillé auprès de gens en fin de vie dans les soins palliatifs. Un matin, je me trouvais avec une étudiante préposée et elle devait donner un bain au lit complet à une dame mourante. Elle se sentait incapable de le faire toute seule, alors je l’ai accompa­gnée. Nous nous trouvions de chaque côté du lit, encadrant la dame en fin de vie. J’ai dit à la dame que nous allions la rafraîchir avec un « bain à l’éponge ». Je me suis rappelée le bain des nouveau-nés et j’ai proposé à mon étudiante de ne pas utiliser de débarbouillette, mais seulement le contact des mains, en utilisant un savon doux sans rinçage qui est spécialement conçu pour faire la toilette des personnes en fin de vie.

Nous voilà donc, entourant la dame, le bol d’eau chaude au-dessus du lit, sur la table de chevet. Lentement, j’ai commencé par mouiller mes mains dans l’eau chaude et laver doucement le visage de la dame… Ensuite, j’ai encouragé mon étudiante à se mouiller les mains, à y verser du savon liquide et à laver le bras droit, tout en douceur, avec des gestes respectueux. Je parlais à la dame, lui donnant la permission de quitter la vie sur la terre… et lentement, respectueusement, nous lavions chaque région de son corps. Ce contact étroit m’a permis de réellement ressentir cette dame plus intimement, dans toute sa vulnérabilité et son entière confiance en nous. J’ai reproduit ces gestes plusieurs fois, encore et encore, et chaque fois, je savais que je touchais l’être dans le plus pur de son cœur et de son âme.

La dernière personne que j’ai hono­rée par ce toucher, c’est ma mère. Je savais que j’allais communiquer avec son âme par ce bain thérapeutique particulier sans obstacle entre ses membres et l’eau. J’ai ressenti en moi un apaisement m’invitant à continuer de prodiguer ces gestes d’amour à ma mère. Jamais je ne pourrai confirmer que ce dernier bain d’amour aura procuré un bien-être total à la personne, mais tout ce que j’ai pu ressentir de vibrations positives et d’émotions positives me confirmera que toucher la peau avec nos mains nues procure un apaisement.

Ayant lavé ma mère, que je connais très bien, je peux avancer que j’ai touché son âme et qu’il y a eu une communication âme à âme durant le bain. C’est comme si je pouvais entrer dans sa peau et toucher un brin de son âme. J’ose ici aller plus loin dans mon expérience en y ajoutant un facteur humain. J’ai déjà assisté à une conférence de Jean Monbourquette sur les deuils, et il nous a parlé du don, celui du décédé ou du mourant. Lorsque la personne se meurt, ayons la force de lui deman­der de nous donner une de ses qualités, qu’elle pourra gentiment nous transmettre afin de perpétuer sa mémoire, et c’est ce que j’ai fait. Pendant la belle sensation de contact peau à peau avec ma mère, je lui ai demandé de me donner son sourire facile.

J’ai eu cette merveilleuse chance de laver la personne la plus importante dans ma vie, ma mère, celle qui m’a donné la vie. Ce don de moi, c’était ma façon de la remercier. Nous avons pu vivre un contact privilégié entre nos deux âmes. Je l’ai ressenti!

Je vous invite tous, si, vous avez un jour la chance d’accompagner un être cher en fin de vie, à le laver avec toute la pureté de votre âme. Vous trouverez dans les centres de soins palliatifs un savon sans rinçage. C’est beaucoup plus facile de laver sans rincer… Il suffit juste de laver et d’essuyer. Je voudrais préciser qu’au moment de laver les organes génitaux, j’ai enfilé des gants et lavé avec une débarbouillette, justement par respect. Je vous invite encore une fois à oser laver la personne chère avec la même humilité et le même amour qu’on le fait pour un petit bébé. Vous en bénéficierez tous les deux.

Partager

Share on facebook
Share on google
Share on twitter
Share on linkedin
Share on pinterest

Au-Delà du soi - autres articles intéressants

Rosy Porrovecchio

Le secret des rêves

La nuit, pendant que le corps dort, l’esprit reste éveillé. C’est pourquoi les rêves surviennent durant le sommeil. Car les rêves sont des projections de l’esprit.

Lire Plus »
Jocelyne Durand

De la peur à la liberté – Risquer l’aventure du Grand Canyon grâce à la technique Morita

Je pratique et étudie les applications des approches de psychologie japonaise Morita et Naikan avec le Todo Institute au Vermont depuis près de 20 ans maintenant. Ces principes et techniques forment la base de mon accompagnement et de mon enseignement comme professionnelle, un enseignement qui permet de développer des attitudes supérieures qui mènent à de grandes réalisations sur le plan personnel et professionnel.

Lire Plus »