L’erreur est urbaine

  • La ville a retardé notre contrat à cause des grenouilles! annonça François.
  • Ah! Vous aussi? interrogea Denis.
  • Oui, nous aussi. Ça cause des problèmes dans notre budget! ajouta Jean-Marc.
  • De quoi parlez-vous au juste? demandai-je.
  • La ville a déboursé des milliards de dollars pour bâtir un complexe, mais un groupe d’écolos s’oppose au projet parce qu’ils veulent protéger l’étang m’expliqua la femme de Denis.
  • Je les comprends! Ces pauvres grenouilles sont en voie d’extinction!
  • On s’en fout des grenouilles! fulmina André me fixant d’un air furieux.

Je venais de semer le pandémonium avec mon commentaire. J’étais soudainement devenue une de ces folles qui criaient panique parce qu’on tuait des populations de grenouilles pour bâtir des immeubles de béton. Malheureusement pour moi, il n’y avait pas d’issue de secours. J’étais enfermée dans un véhicule avec des entrepreneurs de la construction en destination de la coupe Grey. Cette soirée s’annonçait longue…

Je me suis mise à penser à toutes les fois où je m’étais rendue à cet endroit précis avec mon fils. Je n’étais pas la seule! Plusieurs familles s’y rendaient et apportaient du pain pour nourrir les canards et les outardes. Avec un peu de chance, nous apercevions un héron, ce majestueux oiseau qui semblait régner sur tout l’étang. Ce que j’aimais le plus, c’était de voir mon garçon attraper les grenouilles et me les montrer fièrement comme s’il venait de gagner la fameuse coupe… Grey. Ces temps-là tiraient à leur fin… et comme l’argent gagne souvent dans ces combats, les écolos, moi incluse, ont dû encaisser une autre perte pour mère nature.

J’ai beau vouloir oublier cette destruction de la nature, cela m’est impossible. L’an dernier en me rendant au lac chez ma mère, par exemple, j’ai dû passer au travers quelques kilomètres de construction. Des acres de terrain avaient été dynamitées et des milliers d’arbres abattus pour faire place à une nouvelle voie rapide. Mon fils, inquiet, avait tenté de me consoler tellement mes sanglots m’étouffaient. Cette fois-là, j’avais garé la voiture tellement mes larmes m’aveuglaient.

J’entends encore la voix furieuse d’André : « On s’en fout des grenouilles! ». Et bien, pas moi! On se plaint que les gens sont malades, qu’il y a des virus de toutes sortes, qu’il y a un trou dans la couche d’ozone, qu’il y a trop de pollution, que les gens sont obèses, etc. Puis, on dépense des fortunes pour nous dire que nous devons nous remettre en forme, prendre des vitamines, manger santé, aller chez le docteur, le dentiste et l’oculiste régulièrement, etc. Pourtant, les arbres sont source d’oxygène, de nourriture, d’abris, de protection et d’énergie en plus de réduire la pollution!

Quand mettrons-nous fin à toutes ces fabriques de boucane et de béton? Où irons-nous chercher notre énergie lorsque l’urbanisme aura envahi la campagne? Veuillez m’excuser. Je dois aller faire un câlin à un arbre et donner un bisou à une grenouille.

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