Le thé et sa dégustation

Maintes et maintes fois ma mère me parlait et ajoutait des mots pour décrire ses temps d’arrêt où elle avait découvert qu’elle existait. Je tente ici de vous en relater quelques brides, et surtout le goût de vous y élancer comme elle me l’a procuré autour de ses dégustations de thé. Bien que ce texte soit coloré de ma présentation, il tente d’être fidèle aux messages de cette bien-aimée Mère. Merci pour ce riche cadeau que je délecte toujours.

Tu sauras mon fils qu’un thé ça se déguste en y étant présent, en lui donnant le temps de nous conquérir.

Tu ébouillantes ta théière, car il a besoin d’être saisi.

Tu y mets suffisamment de grains de façon à ce que tu dégustes vraiment ce riche arôme qui te fera sentir sa totale présence en toi.

Pour certains, il faudra que tu retires les grains après quelques minutes afin que son goût ne soit pas trop relevé. Tu sauras avec l’expérience, c’est ta meilleure école.

Un thé se boit par petites gorgées, tel du bout des lèvres, le découvrant à chaque fois où tu le portes à ta bouche.

Ta théière aura besoin d’être gardée chaude, de même que ta tasse. Tu prendras soin de te servir, dans ta tasse, que de petites quantités à la fois.

Chaque gorgée te procurera une satisfaction, une découverte continuelle. Tu n’arriveras jamais à le posséder vraiment.

Le choix entre différents types de grains, te parlera de toi, du baume de satisfaction que tu désires te donner à ce moment de ta vie, de ta journée. Ce processus accroîtra l’estime de toi-même.

Il aura un caractère d’accoutumance. Il t’amènera à espérer, à protéger cet arrêt dans ta journée où tu te sentiras totalement présent à lui, à toi. Tu y trouveras apaisement et détente.

Sois patient et reconnaissant, ta recherche te procurera plus de satisfaction que ce qu’il pourrait te révéler d’unique.

Que tu le dégustes avec une amie, ou avec d’autres, tu y seras toujours avec toi-même, à apprécier, déguster ce qu’il t’apporte sur le moment. Tu auras peine à soutenir une conversation se voulant trop sérieuse, en le dégustant. Tu ne le favoriseras pas sauf par nécessité. Tu seras seul avec lui. Tu remercieras cette solitude, ce temps de silence et tu les protègeras.

Les mots ne revêtiront pas assez de signification pour le dévoiler. Ils te laisseront limité comme insatisfait. Tu porteras une oreille attentive à tout ce qui se dit autour du thé. Méfie-toi des appréciations, des propos trop rigides, trop cassants voulant le cerner, ils t’éloigneront de toi et de ton bien-être. Porte attention et ressens bien ton interlocuteur, tu sauras s’il communique bien avec son thé.

Avoue et confie à d’autres l’importance pour toi de ces temps d’arrêt, de ce rituel sacré dans ta vie. Ça te renforcera à le protéger et t’en nourrir. Tu sauras à qui le confier.

Ce ne sera pas tellement la quantité à ingurgiter, comme ta qualité de présence à lui, qui te comblera.

Il y a quelque chose dans cet arrêt dans le temps, comme un espace sacré, qui te procurera à la longue une satisfaction de vivre qui s’expendra bien au-delà du temps de sa dégustation. Sois-y reconnaissant. Remercie! Merci, merci, merci!

Ta vie deviendra une célébration, une contemplation, un temps de reconnaissance au simple fait d’exister, de remercier. Merci, merci, merci!

Après toutes ces années à repenser à ma mère, à son appréciation du thé, j’ai observé que tout chez elle avait pris place autour de son respect à sa dégustation du thé; son organisation de vie, sa présence, ses amis(es), son lieu et son aménagement, et son calme. Il faisait partie intégrante de sa vie. Elle n’a pas toujours été ainsi. Ça s’est installé dans le respect à elle-même, sa recherche de bien-être.

Bien que ma mère ne privilégiait pas les échanges trop sérieux autour de sa dégustation, elle prenait le temps de nous y asseoir autour de lui, lorsqu’un besoin de confidence et d’éclaircissement se faisait sentir. Elle nous y accueillait avec Amour. Je me sentais alors important pour elle.

Est-ce le thé et sa dégustation qui ont façonné ma mère, ou ma mère qui a simplement manifesté ce qui en elle était latent et voulait exister concrètement. Sa dégustation du thé ne l’aurait que simplement favorisée.

Merci d’avoir existé Maman et comme tu le constates toi-même, tu existes toujours dans mon cœur et maintenant dans le cœur de bien d’autres. Merci, merci, merci!

Ton fils qui t’accueille toujours, et te sais présente dans mon propre lieu et rituel de dégustation de thé.

Je t’en suis reconnaissant.

Merci, merci, merci!

Le plaisir de donner

Maintenant que le temps des Fêtes est à nos portes, les retrouvailles en famille et entre amis se multiplient. Les gens se regroupent et célèbrent une période de l’année propice au cocooning, au partage et au don. Les enfants des uns se mélangent aux enfants des autres, leurs cris et leurs rires se répercutent dans toute la maison pendant que les parents discutent calmement auprès du feu. Dans cette douce cacophonie, alors que la visite reste pour la nuit et qu’on trouve de l’espace pour tout le monde dans la maison, on réalise que le plaisir de se retrouver et de donner est au cœur de ces rencontres. Pourtant, que signifie réellement le don, et quels plaisirs pouvons-nous en retirer?

Donner… les bienfaits pour les autres et pour soi
Dans l’histoire de l’humanité, le concept de don est assez ancien. Il se retrouve dans plusieurs traditions religieuses et humanistes, par exemple par le biais de la charité et de l’obligation morale d’aider son prochain. Le don, qui se traduit par un principe spirituel, pousse les gens à partager avec les autres ce qu’ils aimeraient eux-mêmes recevoir. Donner est un acte qui nous ouvre à l’autre, sans compter que le don et le partage sont des façons de « reconnecter » avec ceux qu’on aime.

Donner fait du bien : c’est la conclusion de nombreuses études scientifiques. Et non seulement donner fait du bien, mais il a des bienfaits tant pour les autres que pour soi. D’abord, donner fait ressentir des émotions positives supérieures aux émotions vécues lorsqu’on dépense pour des biens personnels. Donner fait aimer sa vie et augmente de façon durable le sentiment de bien-être, tout en procurant une sensation générale d’apaisement. On sait également que donner renforce l’estime de soi, fait diminuer le stress et les risques d’accidents cardio-vasculaires, sans compter que, pour certains, donner les aide à se sentir plus riches. D’ailleurs, peu d’activités humaines simples ont autant d’impact sur le sentiment de bonheur.

Que donner?
Les individus tirent de la satisfaction personnelle dans l’acte de donner, et pendant le temps des Fêtes, plusieurs tentent de trouver le cadeau parfait pour ceux qu’ils aiment. Ce désir de faire plaisir va même les pousser à effectuer le petit détour qui leur permettra de mettre la main sur la trouvaille du siècle. D’autres, par contre, s’inquiètent de ne pas savoir quoi offrir, tandis que certains s’attristent de ne pas avoir les moyens d’acheter un petit quelque chose. Pourtant, donner ne se résume pas aux cadeaux offerts et aux achats de biens matériels. Donner et le plaisir de donner s’inscrivent plutôt dans une rencontre qui nous pousse à aller vers l’autre, et cela, sans qu’il ne soit nécessaire de débourser un sou!

Le partage de la joie de l’autre est l’un des trésors de la vie. Voir un sourire se dessiner sur le visage de l’autre dans le simple fait de vivre ensemble un moment de bonheur surpasse, de fait, tous les biens matériels. Ainsi, donner de son temps et de sa présence reste de loin le plus beau des cadeaux. Rendre visite à nos parents, jouer à l’extérieur avec les enfants, partager un repas entre amis, offrir un massage à l’être aimé, aller marcher en pleine nature avec un voisin, fabriquer de ses propres mains un foulard pour notre collègue, apporter une soupe à des nouveaux parents fatigués, les idées ne manquent pas lorsque vient le temps de donner.

Dans le tourbillon que peut rapidement devenir le temps des Fêtes, gardons à l’esprit que l’acte de donner va bien au-delà de l’achat de cadeaux. Être présents aux autres, les envelopper de notre amour et savoir les écouter restent la meilleure façon de toucher leur cœur et de leur dire que nous sommes là.