Ce que la vie m’a appris

Je devrais plutôt tenter de dire ce que les rencontres, les séparations, les découvertes, les éblouissements comme les désespérances m’ont appris dans le sens de me découvrir, de me construire, d’influencer le déroulement de mon existence.

J’ai ainsi appris que la vie n’est faite que de rencontres et de séparations et qu’il nous appartient de les vivre en acceptant de nous responsabiliser face à chacune.

J’ai appris encore qu’il y a toujours une part d’imprévisible dans le déroulement des jours et donc qu’il m’appartenait de savoir accueillir les cadeaux inouïs ou les blessures qui peuvent surgir dans l’immensité d’un jour.

J’ai appris bien sûr à vivre au présent, à entrer de plain-pied dans l’instant, à ne pas rester enfermé dans mon passé ou me laisser envahir par des projections sur un futur trop chimérique.

J’ai appris tardivement à remercier, chaque matin, la Vie d’être présente en moi et autour de moi, à l’honorer chaque fois que cela m’est possible, à la respecter en toute occasion, à la dynamiser avec mes ressources et mes limites.

J’ai appris difficilement à m’aimer, non d’un amour narcissique ou égocentrique (même si la tentation était grande) mais d’un amour de bienveillance, de respect et de tolérance.

J’ai appris avec beaucoup de tâtonnements à me respecter en osant dire non quand je suis confronté à des demandes qui ne correspondent pas à mes possibles ou à ma sensibilité.

J’ai appris avec enthousiasme que la beauté est partout, dans le vol d’un oiseau, comme dans le geste d’un enfant pour tenter de capter le vol d’un papillon ou encore dans le sourire d’un vieillard qui croise mon chemin.

J’ai appris patiemment que nul ne sait à l’avance la durée de vie d’un amour et que toute relation amoureuse est une relation à risques. Des risques que j’ai pris.

J’ai appris douloureusement que je n’avais pas assez pris de temps pour regarder mes enfants quand ils étaient enfants, que j’aurais dû savoir jouer et rire avec eux, plus souvent et surtout chaque fois qu’ils me sollicitaient, que je n’avais pas su toujours les entendre et les accueillir dans leurs attentes profondes et surtout que j’avais trop souvent confondu mon amour pour eux avec quelques-unes de mes peurs tant je voulais le meilleur pour eux, tant je désirais les protéger des risques (que j’imaginais) de la vie.

J’ai appris avec beaucoup de surprise que le temps s’accélérait en vieillissant et qu’il était important non pas d’ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années.

J’ai appris malgré moi que je savais beaucoup de choses avec ma tête et peu de choses avec mon cœur.

J’ai appris que je pouvais oser demander si je prenais le risque de la réponse de l’autre aussi frustrante ou décevante qu’elle puisse être, que je pouvais recevoir sans me sentir obligé de rendre, que je pouvais donner sans envahir l’autre et refuser sans le blesser.

J’ai appris sans même le vouloir, que j’avais des besoins et qu’il ne fallait pas les confondre avec des désirs.

J’ai appris avec soulagement que je pouvais désapprendre tout l’inutile dont je me suis encombré pendant des années.

J’ai appris joyeusement à planter des arbres, c’est le cadeau le plus vivant que je peux faire jusqu’à ma mort à cette planète merveilleuse qui a accueilli mes ancêtres et surtout mes géniteurs.

J’ai appris doucement à recevoir le silence et à méditer quelques minutes chaque jour pour laisser aux vibrations de l’univers la possibilité de me rejoindre et de m’apprivoiser encore un peu. Oui, j’ai appris beaucoup et pourtant je cherche encore l’essentiel.

Quelle famille!

La famille doit-elle passer avant tout?

Comment se respecter en demeurant authentique tout en valorisant sa vie familiale? Encore faut-il déterminer de quelle famille on parle. Votre noyau familial? C’est-à-dire votre conjoint et vos enfants. Ou vos parents? Père, mère, frères et sœurs. Et que dire des centaines de variations à cette composante qu’on appelle « famille reconstituée » et ses « beaux-parents ». La connotation du mot « famille » a plus « évolué » dans les 20 dernières années que dans les 500 auparavant! C’est donc important de s’y retrouver.

Établissons d’abord que personnellement, je crois que les parents sont avant tout redevables à leurs enfants. Du moins, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge adulte. J’y ai longuement réfléchi. Toute ma vie, à vrai dire. Du point de vue d’un enfant heureux, venant de parents divorcés. Du point de vue d’un père de famille monoparentale aussi.

Il est raisonnable de penser que nos enfants sont des « âmes » qui se trouvent dans le calme le plus serein et le bonheur total. Puis soudainement, si on regarde les faits froidement, ils se font « inviter » ou aspirer dans le monde physique par deux êtres humains fertiles qui s’accouplent. Certains ont certes une belle histoire d’amour durant le moment et par la suite, mais pour plusieurs, les circonstances sont toute autre. Ce qui fait que ces petits êtres qui n’ont pas demandé à venir au monde se retrouvent totalement dépendants du jugement et des valeurs de ces deux individus.

L’ironie, c’est que le monde entier s’entend pour dire que le rôle de parent est le plus important qui soit, mais en même temps, pour ce qui est de la « formation », les géniteurs sont totalement laissés à eux-mêmes sans expérience – à part la leur comme enfant- pour relever ce défi monumental.

Ah! Non, madame, pour ce qui est des formulaires à remplir, les tests d’aptitudes, les frais et les permis, on les garde pour les choses vraiment importantes. Comme obtenir un droit de pêche ou pouvoir vendre des hot-dogs sur le coin d’une rue. On n’accorde pas ce genre de « responsabilité » à n’importe qui. N’est-ce pas étrange?

« La biologie est la moindre chose pour faire de quelqu’un une mère. » — Oprah Winfrey

Nos ascendants

Jusqu’au moment où un individu peut ou veut voler de ses propres ailes, la famille qui l’a mise au monde « père/mère – frères/sœurs » demeure sans doute son noyau principal, et le plus important. Le centre de son univers? Ça reste à voir et c’est très personnel selon l’expérience.

Je crois qu’avant tout, nos ascendants vont récolter plus souvent qu’autrement ce qu’ils ont semé. Si nos parents prêchaient par l’exemple en ayant des liens tissés serrés, des rapports fréquents et chaleureux, les chances sont fortes que leur progéniture continuera dans ce sens. À l’inverse, des enfants laissés à eux-mêmes ou carrément maltraités risquent de se rebeller d’une façon ou d’une autre éventuellement.

Il faut donc tenter de ne pas vous en faire trop, avec la pression sociale de ce qu’une relation avec vos parents – ou les grands-parents de vos enfants – doit, ou devrait avoir l’air.

Mes recommandations :

  • Soyez maître de votre vie. De votre propre relation « ascendants/descendants » et de votre propre noyau familial (conjoint-enfants). Sachez non seulement tirer le bon de l’enseignement de vos parents, mais oubliez le mauvais. Et pourquoi pas initier du nouveau! Avec la panoplie de livres et d’exemples inspirants dans notre entourage, les parents d’aujourd’hui sont mieux équipés que jamais.
  • Bref, agissez comme vous auriez aimé qu’on agisse avec vous. Trop de parents se cachent derrière les excuses du passé. « Je ne sais pas comment t’aimer mieux! J’ai moi-même été mal aimé! » Foutaise. Si vous savez que vous « pouvez » aimer mieux, faites-le. Ceux qui ne le savent pas ne se donnent pas d’excuses. Ils font tout bonnement de leur mieux. Si vous n’êtes pas certain où vous vous situez dans tout ça, vous pouvez toujours consulter un professionnel de la santé!
  • Écoutez votre cœur et votre tête. Ils ne se trompent jamais. Ils vous dicteront comment agir. Les problèmes surviennent quand on écoute n’importe qui. Doctrines religieuses, parents, amis ou pire, les téléromans.
  • Prenez soin de vos enfants. En serviteurs soumis? Absolument pas. En facilitateurs et guides de vie équilibrée? Tout à fait. C’est naturel et instinctif d’être redevables à nos enfants.

Aimer doit être sans efforts. Et sans attentes d’autogratification instantanée. J’ai la conviction profonde que tous et chacun sait différencier dans son for intérieur le bien du mal. Hormis, bien sûr, les enseignements religieux archaïques. Par exemple : « le père a toujours raison », donc « écoute ton père » ou « tais-toi et prends la baffe que ton père te donne, après tout, c’est ton père ».

Idéalement, nous devrions avoir d’excellentes relations avec tous les gens qui nous entourent. Mais en fait, il est impossible d’être « tout le temps » authentique, de se respecter et de bien nous entendre avec tous les êtres humains de notre entourage. Voir même seul à seul les membres dans notre propre famille peut être un défi. L’important, c’est de faire de son mieux. Et malheureusement, vous êtes le seul à savoir si vous faites vraiment de votre mieux ou non. Tout est une question d’équilibre. D’ailleurs, quand je me questionne, à savoir si un sentiment ou une idée existentielle est correct ou non, je fais une réflexion en rapport avec la nature et les animaux. Difficile de se tromper. Ces derniers, qui ont très peu de pressions « sociales », agissent selon ce qui vient « naturellement ». En ce qui a trait à leurs petits, ils surveillent le nid jalousement et prennent bien soin d’équiper leur progéniture de tous les outils nécessaires à leur survie et à leur épanouissement. À votre tour de passer à l’action.

Être bien, ça s’apprend

L’attitude joue un rôle important dans votre bien-être. Voici quelques façons d’améliorer votre attitude et votre vie.

Avoir confiance en la vie et en soi
Imaginons un père de famille qui est licencié à la suite d’une faillite et qui ne reçoit pas d’indemnité de départ. Il peut choisir de faire confiance à la vie en se disant qu’il pourra y faire face et qu’il apprendra quelque chose de cette expérience ou il peut s’apitoyer sur son sort.

S’il choisit la première attitude, il cherchera un nouvel emploi en sachant que l’Univers le mènera vers ce qu’il y a de meilleur pour lui. Il acceptera probablement la première offre qui lui sera faite, même si elle ne répond pas à toutes ses attentes, en gardant à l’esprit qu’il n’y a pas de hasard et qu’il pourra décider de chercher un autre emploi éventuellement s’il ne convient pas. En agissant de la sorte, il met toutes les chances de son côté pour découvrir son potentiel et apprendre quelque chose de nouveau.

S’il opte pour la seconde attitude, se démoralisera, ce qui aura des conséquences néfastes sur sa vie et sur celle de ses proches. De plus, les gens qui s’apitoient sur leur sort ont souvent tendance à être pessimistes, même lorsque de belles choses se produisent dans leur vie. Ainsi, au lieu de dire MERCI pour les bons moments, ils sont toujours méfiants, peu importe la situation.

Assumer ses responsabilités
Devenir une personne responsable est une décision difficile à prendre, car notre ego cherche facilement à culpabiliser. Être responsable, c’est savoir que nous créons notre vie, que nous attirons tout ce qui nous arrive, afin de prendre conscience de ce qui se passe véritablement en nous. C’est savoir que l’extérieur reflète notre intérieur. C’est assumer toutes les conséquences de nos décisions.

Une personne responsable ne vit pas de culpabilité envers elle-même et n’essaie pas de rendre les autres responsables de ses malheurs. Certes, il est normal de vivre de la colère dans certaines situations. Par contre, afin d’être bien dans sa peau, chacun doit assumer ses responsabilités afin de cesser de vivre du stress et des émotions.

Lorsque vous agissez pour vous faire aimer ou pour ne pas vous sentir coupable, vous ne respectez pas vos besoins et vous attirez des personnes qui ne vous respectent pas. Plus vous deviendrez responsable, moins vous croirez que les autres sont responsables de votre bonheur et, par conséquent, vous ne vous sentirez plus obligé de vous occuper du bonheur des autres. Vous saurez qu’ils sont, comme vous, responsables de leur propre bonheur et des choix qu’ils font. Chacun crée sa propre vie. Lorsque vous êtes prêt à assumer les conséquences de vos décisions et à laisser les autres assumer les leurs, vous saurez que vous êtes une personne responsable.

Avoir des projets et des objectifs
Le fait d’avoir des objectifs qui vous enthousiasment est un signe d’amour envers vous-même. Quels sont vos objectifs actuels, à court, à moyen et à long terme? Il peut s’agir d’un projet de rénovation, d’une sortie, de vacances, de l’écriture d’un livre ou d’un apprentissage. Ces projets peuvent ne jamais se réaliser. Ce n’est pas le résultat qui compte, mais bien l’enthousiasme que ces projets génèrent. Vous pouvez même changer d’idée en cours de route. L’important est de vous rappeler que vous méritez de vous créer une belle vie remplie de joie et de bonheur et d’avoir des projets et des objectifs, ce qui vous permettra de conserver votre énergie, votre santé et votre jeunesse.

Les trois attitudes abordées dans cet article ne représentent que quelques-uns des moyens que vous pouvez utiliser pour ÊTRE BIEN, mais je suis certaine que, si vous les mettez en pratique votre vie s’améliorera grandement.

Filles d’Ishtar

J’entends ton appel, j’entends ta voix. Tu me parles du Ciel et d’un autre temps.

Tu murmures : « Je suis Ishtar, mère de tous les hommes, déesse millénaire, aux confins du monde. Je suis venue, j’ai vu, mais j’ai été vaincue. »

Je t’écoute, je t’écoute…

Tu es Cybèle et Isis, Mère Nature, fertile et porteuse de vie.

Tu me dis : « Ma voix s’élève de mon tombeau. J’entends les tambours, au cœur du monde, qui m’appellent, me sortant de ma torpeur, et qui me font vibrer aux rythmes chantants des saisons nouvelles d’un monde qui ne me reconnaît plus, mais qui n’a pas vraiment changé. »

Tout comme toi, j’embrasse mes cycles. Je sais qu’il me faudra des cendre aux enfers, dérobée de ma couronne et de mes ornements, et mourir pour mieux renaître… lune après lune, année après année.

Tu es Hécate et Ceridwen, enchanteresse aux mille atouts.

Tu incantes : « Vous qui ignorez qui je suis goûterez de ma magie. Ma conscience est mon armure, et mon verbe est mon pouvoir. Femme je suis, femme aux connaissances immesurables, et mes filles connaîtront mon chant; asservies et soumises, jamais plus elles ne seront. »

Tout comme toi, je suis sage et ferme. J’apprends à reconnaître mes limites et à développer ma voix. Je sais que cette réalité est mienne et qu’elle mérite d’être reconnue par-delà des barrières érigées par les interdits et les tabous.

Tu es Minerve et Athéna, guerrière au front ceint, amazone souveraine, sans peur et sans maître. Tu es Lilith, sauvage et terrifiante.

Tu cries : « Entendez la férocité de mes sœurs, la voracité de leur cœur, la ténacité de leur ventre. Voyez leurs yeux brûlants, leurs mains couvertes de sang, leurs pieds enfouis dans la terre. Ma tribu est sans peur; elle réclame sa part du monde, et rien ne saura plus l’arrêter. »

Tout comme toi, j’ai de la rage. J’ai soif de vengeance. Mes dents serrées et mes poings fermés réclament justice pour mes sœurs et, surtout, justice pour moi-même. Je sais que ce monde est aussi le mien.

Tu es aussi Vénus et Aphrodite, à la fois déesse, amante, vierge et putain.

Tu chantes : « Viens à moi et partage mon sein. Ma danse est enivrante et déroutante. Ma chair est plaisir et canevas de tes désirs. Je suis celle qui te fera voir les étoiles en te faisant l’honneur, tout cela pour ta plus grande joie ou ton plus grand malheur. Seras-tu celui ou celle qui demandera mon cœur? »

Tout comme toi. j’apprivoise mon corps. Je dévoile ma douleur sensuelle et je me vois vulnérable. Je réclame mon apparence et ma jouissance. Je suis mienne avant tout et je m’ouvre librement à l’expérience de l’autre sans jugements, sans attentes.

Tu portes en toi tous ces visages et tous ces masques.

Tout comme toi, je suis multiple, je suis complète.

Tu murmures : « Je suis ta mère et ta sœur, toujours à tes côtés, toujours à ton écoute. Sens ma caresse, entends mon chant. »

Souviens-toi, souviens-toi…

Anonyme

Les filles d’Ishtar est un cercle de femmes regroupées autour de l’aspect spirituel et de la transcendance de la condition féminine. Cette communauté francophone est une invitation à partager un espace divin et sacré pour se permettre les unes les autres de reconnecter avec notre prêtresse/déesse intérieure et de retrouver notre voix, notre essence et notre vérité. Le blogue constitue une tribune ouverte et anonyme pour les femmes de tous horizons désirant s’exprimer et partager. Bienvenue à toutes, sans jugements, sans barrières.
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Les ficelles de la manipulation

Les systèmes de fonctionnement de manipulateur et de manipulé prennent leur source, comme tous les autres systèmes, dans le besoin d’être aimé et reconnu. Le manipulateur est un charmeur, celui qui se met au service des autres et qui va au-devant de leurs besoins dans le but de les rendre redevables et d’obtenir ce qu’il veut. C’est un système des plus aliénants parce qu’il prive l’être de sa liberté. Le manipulateur a un tel besoin d’amour et d’attention qu’il projette ce besoin sur l’autre en lui prodiguant une attention soutenue qui emprisonne ce dernier. Il se rend indispensable aux autres de façon à créer une dépendance qui lui assure la fidélité inconditionnelle de ceux qu’il a choisi d’aimer. Il attend de la reconnaissance, de l’amour et de l’acceptation parce qu’il donne beaucoup dans le but intéressé de recevoir quelque chose de précis. Et c’est ainsi que s’entretiennent les fonctionnements complémentaires du manipulateur et du manipulé. Quand il veut quelque chose, le premier donne pour atteindre son but et s’assurer l’amour de l’autre, lequel se laisse manipuler et accepte tout parce qu’il se croit aimé et redeva­ble. « Je te donne tout, tu me dois tout »; « Je ne peux pas te refuser ça, tu es tellement bon pour moi ». Ils dépendent ainsi l’un de l’autre pour répondre à leur besoin pressant d’être aimé.

Mais leur relation, si belle soit-elle en apparence, finit toujours par se ternir lorsqu’une lutte intérieure s’engage entre leur soif d’amour et leur goût de liberté. Prisonnier de ses propres pièges, le manipulateur est tiraillé entre son besoin de l’autre et son besoin d’espace. Il veut être entièrement libre sans respecter la liberté de ceux qu’il aime. Aussi ne supporte-t-il pas leurs limites et n’a-t-il aucune considération pour leur territoire. C’est souvent un envahisseur qui se donne des droits sur les autres sous prétexte que sa générosité lui en donne le pouvoir. Le manipulateur procède d’une façon très subtile. Pour comprendre son fonctionnement et son mode de comportement, prenons l’exemple vécu de Rose. Elle était directrice d’une école secondaire et avait 38 ans quand elle est venue me consulter, non pas en tant que thérapeute, mais en tant que pédagogue. Elle voulait que je lui donne des moyens de rendre ses professeurs plus attachés à l’école et plus motivés dans leur travail. Il m’était impossible de m’adresser à Rose en dissociant en moi la pédagogue de la thérapeute. Je suis d’ailleurs profondément convaincue qu’un bon pédagogue a aussi, quelque part,une âme de thérapeute. J’ai donc compris, en écoutant Rose, qu’elle n’était pas satisfaite de sa propre relation avec certains professeurs parce qu’ils ne répondaient pas à ses attentes. On voit ici une caractéristique du manipulateur : il a envers les autres des attentes bien précises et il supporte difficilement que ces dernières ne soient pas satisfaites. Aussi, dans ce cas, redouble-t-il d’attention et de générosité tout en étant subtilement incitatif dans ses exigences. Ainsi, pour s’assurer que « ses » professeurs répondent à ce qu’elle attendait d’eux, Rose était très généreuse, très disponible et ne manquait jamais une occasion de les complimenter.

Le compliment est un des arguments les plus forts du manipulateur. Comme l’être humain a besoin d’être reconnu et valorisé, il est évident que le compliment répond parfaitement à ce besoin. C’est pourquoi l’homme se sent généralement si redevable envers ceux qui le reconnaissent. Évidemment, il n’y a rien de répréhensible à être généreux, serviable et à valoriser quelqu’un, bien au contraire. Le problème chez le manipulateur, c’est qu’il utilise l’éloge et le service pour mettre l’autre au service de ses besoins. Il n’agit jamais gratuitement. Il ne pense pas nécessairement ce qu’il dit. L’important pour lui n’est pas d’être sincère, mais d’obtenir ce qu’il veut coûte que coûte. Aussi le compliment n’est-il pas une reconnaissance de l’autre, mais un moyen systématique dont il se sert, souvent inconsciemment, pour servir ses intérêts.

À ce moyen, il ajoute parfois l’offrande de cadeaux, de faveurs et de son temps. Comme il n’est pas entièrement conscient des motifs de son fonctionnement, il ne comprend pas, comme ce fut le cas de Rose, que les gens qu’il « sert » ne lui vouent pas une reconnaissance éternelle. Rose traitait ses professeurs d’ingrats et se disait victime d’une injustice inacceptable. Prise émotivement dans son système, elle était incapable de voir sa part de responsabilité dans ce qui lui arrivait. En fait, les professeurs qui avaient réagi dans le sens de ses attentes au cours des premières années de son mandat avaient progressivement changé leur attitude pour devenir plus ou moins indifférents aux générosités de leur directrice. Ils en profitaient sans ressentir le besoin de lui rendre la pareille. Impuissante devant leur comportement, elle cherchait désespérément d’autres moyens de se les approprier. Sa démarche auprès de moi, au lieu de lui fournir des moyens, lui a fait découvrir son mode de comportement.

Il est évident que le manipulateur s’associe, sur les plans personnel et professionnel, à des manipulés, c’est-à-dire à des êtres qui, pour satisfaire leur besoin d’amour et de reconnaissance, trouvent une satisfaction à se sentir importants aux yeux de quelqu’un qui leur donne de l’importance. Le manipulé, qui a une soif insatiable d’être aimé, sera reconnaissant envers celui qui lui accorde de l’attention. Il acceptera même d’être utilisé pour ne pas perdre son amour. Il se niera, s’écrasera, se taira parce qu’il est souvent marqué, comme le manipulateur, d’un complexe d’abandon et d’un manque profond d’amour de lui-même.

Dessiner pour se transformer : Le désir de créer

Le besoin de créer est un besoin fondamental de la personne. Que ce soit par les arts (peinture, écriture, musique, etc.), le travail ou même la cuisine, l’humain a le constant besoin de créer et de s’exprimer. Ce besoin existe depuis l’aube de l’humanité. Il suffit de penser à nos lointains ancêtres du Neandertal et leurs dessins sur les murs des grottes préhistoriques pour nous en convaincre.
(Clément Boily, Extrait du texte Le besoin de créer)

« Je ne suis même pas capable de faire une ligne droite! » Voilà une phrase que j’entends très souvent de la part de personnes ayant le profond désir de s’adonner à une activité artis­tique mais n’osant jamais. Ce seul commentaire dénote un préjugé très courant envers la création artistique. Il présuppose d’abord qu’il devrait être facile de faire ainsi une ligne droite. Ce qui est évidemment faux. Personne, même les plus grands artistes, ne peuvent faire une vraie ligne droite, à moins d’utiliser une règle.

En réalité, ce commentaire est rarement la vraie raison qui empêche les gens de pratiquer quelque chose qu’ils désirent. Il exprime en fait l’attitude avec laquelle la personne aborde le dessin ou la peinture. Cette expression signifie en fait « je ne veux pas dessiner si je ne peux pas obtenir le résultat que je veux ». L’attention est totalement portée sur le résultat et non sur le plaisir tout simple de dessiner. On veut que le résultat ait une utilité, qu’il y ait une raison au moins esthétique. On laisse ainsi dans l’ombre toute la partie « plaisir de faire », le processus même de création.

Pour illustrer ce point, pensez à une autre activité que vous pratiquez régulièrement pour le plaisir. Par exemple, vous aimez peut-être le jogging ou la natation ou toute autre activité similaire. Pensez à ce qui vous fait plaisir dans la pratique de cette activité. Comment conciliez-vous, par exemple, le fait d’aimer faire du jogging alors que vous êtes incapable de faire le marathon de New York? La raison en est très simple, vous mettez peu d’emphase sur le résultat et beaucoup plus sur le plaisir de « simplement courir ». Vous n’essayez pas de vous comparer à Bruni Surin. Vous vous comparez à vous-même. Vous portez attention à l’effet bénéfique que l’activité a sur vous et non à un résultat extérieur.

Si vous abordez la création artistique­ avec le même esprit, en mettant de l’importance sur le processus (le plaisir de créer) et non sur le résultat, vous verrez une profonde différence. Une certaine détente dans la cré­a­­tion­ va s’installer pour faire place au plaisir simple de créer. Et le meilleur résultat sera à l’intérieur de vous: vous aurez permis l’expression « sacrée et libre » de votre créativité.

Ce commentaire du début exprime aussi autre chose. Il cache la per­ception que la personne a d’elle-même : elle considère qu’elle n’a pas de talent artistique. Pour elle, le fait de ne pas savoir faire une ligne droite illustre bien son manque de talent. Voilà ici un autre préjugé important concernant la création artistique. On confond toujours créativité et habileté. Le fait d’être plus ou moins habile en dessin ne veut pas dire qu’on n’a pas de créativité. Et qui plus est, c’est souvent l’opposé. J’ai souvent constaté qu’avoir de la facilité à dessiner vient limiter la créativité en ce sens qu’on a tendance à simplement « reproduire » ce que l’on voit. Il sera très difficile d’aller au- delà et de laisser exprimer sa créativité plus librement. C’est cette libération de la forme, que les premiers artistes de l’art moderne ont eu le courage d’entreprendre. Et de la même façon, ça nous demande un certain courage pour oser créer en ne se souciant pas de l’exactitude des formes dessinées.

J’ai illustré ici quelques exemples de blocages qui peuvent inhiber vos élans de création. Il y en a bien d’autres. En voici quelques-uns dont certains trouveront sûrement un écho en vous :

Les croyances erronées 

  • pour dessiner il faut avoir du « talent »,
  • quand je dessine, je dois nécessairement produire quelque chose de « beau »,
  • ce n’est pas utile,
  • je n’ai pas le temps, c’est une perte de temps,
  • je n’ai aucune créativité.

Les attentes

  • je veux que le résultat soit certaine façon, je suis déçu si ce n’est pas le cas,
  • j’ai peur de ne pas « réussir » ce que je veux entreprendre,
  • je voudrais faire comme les artistes professionnels, je me compare.

Les critiques et les jugements

  • je ne suis pas bon,
  • ce que je fais n’est pas beau,
  • je suis incapable de faire ceci ou cela,
  • etc.

Chacune de ces affirmations (ou négations) mériterait d’être scrutée et approfondie pour en découvrir les peurs cachées, les croyances incon­­s­cientes, les jugements sous- jacents, etc. Dites-vous simplement que derrière toute « excuse » justifiant votre non action envers votre désir de création, se cachent des raisons plus profondes et souvent incons­cientes qui elles briment votre liberté d’expression.

Vous constaterez ici que, juste l’idée de s’adonner au dessin ou à la peinture déclenche déjà des réactions, des jugements, des peurs. Imaginez maintenant ce que le fait de passer à l’action pourrait alors provoquer.

C’est justement là le miracle de l’expression par les arts : une transformation personnelle. Une fois passée la peur du départ, l’activité de création devient un merveilleux instrument d’expression, de découverte et de transformation de soi.