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La communauté Twin Oaks fête ses 50 ans!

Dans cette chronique, nous vous présentons différentes initiatives relatives au mouvement des communautés intentionnelles au Québec et dans le monde. Ces initiatives représentent un mode de vie épanouissant et porteur de sens, de même qu’une solution aux problèmes environnementaux et sociaux.

Imaginez un univers sans monnaie, où vous n’auriez pas de porte-monnaie, pas de carte de crédit, pas de facture ou de compte de banque, pas de chèques à faire ou de placements à gérer. Imaginez avoir faim et manger; avoir froid et vous habiller; avoir envie de vous amuser et danser; avoir envie de créer et peindre; avoir envie d’apprendre et recevoir un enseignement; être tendu et recevoir un massage. Et tout cela, sans jamais mettre la main dans vos poches ou vous demander si vous pouvez vraiment vous le permettre. Eh bien, ce n’est pas qu’un rêve! À Twin Oaks, c’est ça la vie!

Twin Oaks est l’une des plus anciennes et des plus importantes communautés intentionnelles d’Amérique du Nord. Elle a été fondée en 1967, en Virginie, aux États-Unis. Le 17 juin 2017, elle fêtera donc ses 50 ans! La population actuelle de Twin Oaks est d’une centaine d’individus âgés de quelques jours à 80 ans.

Twin Oaks est une communauté intentionnelle à revenus partagés dont les membres possèdent collectivement une terre de plus de 350 acres arborant une magnifique forêt, des ruisseaux et des champs. On y trouve également huit grandes maisons collectives (de 10 à 15 chambres chacune), un centre communautaire, des bâtiments industriels et plusieurs autres infrastructures.

Les membres génèrent leurs revenus par le biais de nombreuses entreprises qu’ils gèrent sur place. Les deux plus importantes sont la fabrication de tofu biologique et la fabrication de hamacs.

Twin Oaks est une communauté très organisée, dont le système de travail structuré et flexible est basé sur la confiance. Chaque membre doit travailler 42 heures par semaine. Dans un système capitaliste et patriarcal où une grande partie du travail n’est pas reconnu, travailler 42 heures par semaine peut être aliénant. À Twin Oaks toutefois, le « travail invisible » est comptabilisé dans les heures travaillées : soin et éducation des enfants, cuisine, vaisselle et ménage sont reconnus au même titre que la plomberie, la coupe de bois ou le travail dans les champs.

Twin Oaks a des jardins d’environ trois acres et une grande serre produisant de la nourriture à longueur d’année. On y cultive une grande variété de légumes biologiques. On y élève des bœufs, des vaches laitières et des volailles. Les aliments proviennent à 70 % de leur terre.

Vivre en communauté à revenus partagés permet de diminuer la quantité d’argent nécessaire pour bien vivre. En effet, Twin Oaks offre un niveau de vie très confortable en comparaison de la classe moyenne : un excellent filet social qui procure aux membres trois semaines de vacances par année, un congé parent de près de trois ans, des congés de maladie illimités, un travail produisant un revenu adéquat et un horaire de travail flexible. La communauté offre notamment deux délicieux repas biologiques par jour, un sauna et un étang pour se baigner. Il en coûte annuellement de 4 000 $ à 6 000 $ par membre pour tout cela!

Références : http://www.twinoaks.org

Arielle Paiement et Audrey Boisvert

La communauté de jeunes retraités du presbytère de Saint-Alphonse

Dans cette chronique, je vous pré­sente différentes initiatives relatives au mouvement des communautés intentionnelles au Québec et dans le monde. Ces initiatives représentent un mode de vie épanouissant et porteur de sens, de même qu’une solution aux problèmes environnementaux et sociaux.

Bertin nous accueille sur place par un après-midi brumeux. L’intérieur du presbytère est un vrai chantier. Les premiers résidents ne pourront y emménager qu’à l’automne. « Une commune, oui, dit Bertin, mais une commune de vieux. On n’aménage pas tant notre vie que notre fin de vie. »

Le nom de l’organisme, la part des anges, s’inspire de la fabrication d’alcool, plus particulièrement du fait que, du tonneau à la bouteille, il y a toujours une partie de l’alcool qui s’évapore : c’est ce qu’on appelle la part des anges. On a affaire à des gens qui aiment rire et avoir du plaisir, des gens qui ont de l’humour et qui aiment jouer sur les frontières du politically correct. De vieux margi­naux, quoi!

Au départ, le projet est celui d’une bande d’amis, des gens très proches qui s’aiment et qui aiment refaire le monde en faisant bombance. La plupart des gens viennent de Saint-Alphonse (en Gaspésie) ou y ont habité pendant de nombreuses années. Ils ont un fort attachement au village et à son histoire, une grande volonté de le protéger, de le voir se développer, de participer à son rayonnement et au développement régional. Tout cela en se tournant vers l’avenir tout en trouvant racine dans son histoire. Il y a six ans, ils ont acheté le presbytère du village.

Plusieurs ententes ont été conclues, mais la part des anges n’est pas encore une entité à part entière. La structure juridique, « ce n’est pas pour nous autres, on n’en a pas besoin. […] Si c’était un ‘campe’ dans le bois, pas un presbytère, personne ne nous achalerait avec ça. Au fond, on fonctionne un peu comme une OBNL. Le presbytère est détenu en copropriété indivise dont chacun détient une part égale puisque tout le monde investit le même montant ».

La recette secrète de la part des anges, c’est :
• une bande d’amis
• une grande ouverture
• un fonctionnement par consensus
• une confiance grandissante

Ils fonctionnent donc par consensus, « ce qui facilite beaucoup de choses, affirme Bertin. On propose quelque chose. On ne peut jamais mettre une idée à la poubelle, on l’améliore ».

À force de bâtir leur rêve en s’écoutant les uns les autres, tout se déroule plus facilement : par exemple, parmi les cinq chambres disponibles, tous en ont choisi une différente sans s’en parler.

Bertin nous rappelle que « consensus, autogestion, écologie sont des concepts nouveaux, mais [que] vivre ensemble, ça fait quelques milliers d’années que ça existe ».

Les soins de santé sont collectifs et seront adaptés en fonction des besoins et de la réalité de chacun. Il a d’ailleurs fallu rédiger des mandats d’inaptitude et nommer des mandataires. « On a eu des conversations qu’on n’avait pas envie d’avoir : du genre, on ne veut pas se torcher. » Afin de protéger le patrimoine fami­lial des résidents tout en s’assurant que le presbytère puisse continuer d’exister de façon autonome, ils ont ouvert leur testament, et ceux qui n’en avaient pas en ont rédigé un.

Si la perspective de devenir membre vous intéresse, sachez que le processus d’intégration prévoit que les membres présentent à l’ensemble du groupe toute nouvelle personne intéressée. Il faut donc qu’au moins une personne vous connaisse et ait suffisamment envie de vivre avec vous pour vous inviter à rencontrer officiellement tous les membres du groupe.

Quelques pistes à explorer
• Émission radio « Au cœur du monde », Radio Canada, sur le projet du presbytère de Saint Alphonse, 26 novembre 2015
• « Pas banale, la vie! », par Isabelle Craig, baladodiffusion de Radio Canada sur la vie en commun dans le quartier Rosemont et un projet de communauté nouveau genre, 22 décembre 2015

Sources
1. « Ni yeux ni maîtres », une bande dessinée anarchiste de vieux recommandée par Bertin.
2. Christian Côté, Sylvie Onraet et Bertin St-Onge font partie des cinq personnes qui ont acheté le presbytère pour y vivre leur retraite.­ Photo : Radio-Canada/Isabelle Larose, tirée­ de http://ici.radio canada.ca/emissions/Au_coeur_du_monde/2015-2016/chronique.asp?idChronique=391175.

3. Photo que j’ai prise de la cuisine lors de ma visite du presbytère avec Bertin.

Vivre autrement…

Regard sur un mouvement de changement vers de nouvelles communautés intégratives et écoresponsables
Le mode de vie collaboratif m’intéresse depuis la fin de mon cégep, en 2008. Au sein du comité d’environnement, je découvrais l’ampleur des problèmes en même temps que la diversité des solutions. Celle qui m’apparaissait la plus simple et nécessaire était la diminution de la consommation, et la manière la plus logique et efficace d’y parvenir, le partage. En visitant des communautés intentionnelles, j’ai compris que non seulement ce milieu de vie donne un haut niveau de cohérence et de sens par rapport à mes valeurs, mais qu’il génère un mode de vie où la relation à l’autre est centrale et qui favorise l’épanouissement et la connaissance de soi et permet de devenir une personne plus complète, plus libre et plus équilibrée.

D’abord, quelques mots pour vous situer. Qu’est-ce qu’une communauté intentionnelle? C’est simplement une communauté formée de gens ayant fait le choix d’habiter et de vivre ensemble pour partager un mode de vie et mettre des valeurs en pratique. L’appellation regrou­pe des projets de formes et de fonctionnements divers, que j’aime personnellement classer selon le continuum du partage : partage de vision et de valeurs, de propri­été, d’outils et d’espaces communs, des repas, ou proportion des projets développés de manière collaborative. On y trouve, dans l’ordre : bons voisinages, cohabitats, éco-hameaux ou éco-villages, communes. Chaque communauté a sa propre raison d’être et sa propre vision et se développe autour d’un objectif principal : spiritualité, écologie, éducation, travail, famille, égalité, accueil, etc.

Les communautés qui m’intéressent plus particulièrement sont celles qui mettent le plus de ressources en commun, ainsi que celles qui travaillent le plus à rayonner dans la société élargie, à incarner et à diffuser un changement social.

Je vous présente ici deux communautés près de chez vous!

La Cité Écologique de Ham-Nord
La Cité Écologique est une communauté de près de 80 membres, dont 14 enfants. Créée en 1984, elle a récemment fêté ses 30 ans d’existence, ce qui en fait la communauté intentionnelle la plus grande et la plus ancienne du Québec.

Tout a commencé à l’été 1983, lors d’un camp d’été. Les enfants aiment tellement l’expérience qu’ils demandent à leurs parents de pouvoir la vivre à l’année. Entre 80 et 120 adultes décident de se lancer dans l’aventure dès les premières années et de bâtir un milieu de vie intégré autour d’un projet d’école alternative.

Aujourd’hui, la Cité Écologique englobe plusieurs entreprises exploitées sur place, dont :

  • Khéops International, qui fabrique divers objets décoratifs en verre de style nouvel-âge, dont ses fameuses pyramides; et
  • Respecterre, qui s’engage à « Porter l’Avenir » depuis sa création en 2007, produisant des vêtement écoresponsables tout en encourageant l’économie locale.

Aujourd’hui, c’est la nouvelle génération qui prend la relève, contribuant à donner une nouvelle orientation où l’environnement occupe une place importante, tout comme l’ouverture sur le monde.

La Ferme Morgan, à Montcalm
Début février 2014, j’ai visité la Ferme Morgan, où vivait un groupe d’une dizaine de membres. La coopérative de solidarité CoopéraVie Morgan exploite la Ferme Morgan et loue les installations actuelles (maisons et bâtisses agricoles), et les résidents en sont les membres utilisateurs; c’est leur manière de partager leurs revenus.

Les membres de la coop s’occupent d’environ 70 bêtes (vaches, bœufs et bouvillons), ainsi que d’une dizaine de sangliers, des poules, des canards et de deux oies! L’été, ils ont un jardin et des serres qui couvrent 3,5 acres. Tout cela comble presque entièrement leur consommation de légumes, et ils sont autonomes en viande et en œufs. Ils mangent entièrement bio. La Ferme Morgan organise aussi, quelques fois dans l’année, des évènements rassembleurs, comme un souper-spectacle ou une fête des récoltes.