Une relation pour la vie

Quand je suis arrivé sur terre, il y a une soixantaine d’années, c’était dans ce qu’on appelle un corps. Il était petit, comme moi, et nous ne faisions qu’un. Je n’ai pas de souvenir précis de cette époque où la mémoire est encore obscure et mystérieuse. Mais je peux facilement l’imaginer en me rappelant comment furent mes enfants à la naissance.

J’étais à la merci de ce petit corps qui me faisait découvrir le monde. Il grandissait selon un processus préétabli basé sur une intelligence qui lui est propre. Il était mon maître et me procurait toute une gamme de sensations captivantes pour créer ce contact essentiel avec mon environnement. La faim, la soif, le froid, le chaud, les caresses, la douleur, le sommeil, les lumières, les couleurs, les images, la fatigue, les visages, les bruits, les sons, les voix, les rêves, voilà mes premières expériences de relation avec mon environnement. Ensuite, des sensations de plus en plus subtiles ont commencé à s’installer : la peur, le plaisir, la sécurité, la frustration…Toutes ces sensations me fascinaient et remplissaient toutes mes journées.

Après quelques années, j’ai découvert que ce corps était distinct de moi. J’avais des pensées, des intentions, des goûts bien à moi et ce corps me servait à les actualiser. Il m’obéissait : il allait où je voulais, il faisait ce que je voulais. Ses capacités sensorielles et motrices se sont développées pour le rendre encore plus serviable. Après toutes ces années où j’avais été à sa merci, humblement, il m’a laissé prendre le contrôle de ma vie et de la sienne en me transmettant les données nécessaires pour évoluer dans mon environnement et y créer ma vie.

Plus tard encore, j’ai réalisé que ce corps docile et fidèle savait prendre soin de lui-même avec une intelligence étonnante : chacune de ses milliards de cellules, chacun de ses organes étaient maintenus en état de fonctionnement, pour lui bien sûr, mais surtout pour bien me servir. Le niveau d’oxygène dans le sang est continuellement ajusté par la respiration et les battements du cœur. La nourriture est bien assimilée par un processus physico-chimique élaboré dans tout le système digestif. Des molécules hormonales spécifiques sont dosées très précisément et relâchées dans le sang pour maintenir, entre autres, les délicats équilibres du métabolisme, de la croissance, de la sexualité. Ça fait plus de soixante ans qu’il nous maintient en vie, qu’il guérit les blessures et les abus que je lui ai infligés. Ouf! Je préfère ne pas trop m’en mêler puisque, après tout, il semble très bien s’y connaître. Mais je sais que je peux lui faire confiance…

Il fait tout ça pour moi, mais je dois aussi faire un peu ma part, c’est la moindre des choses. Pour cela, mon compagnon de service a mis à ma disposition un tableau de bord intérieur. C’est un tableau de bord subtil, intime qui comprend deux niveaux de signaux. D’abord les indicateurs directs tels que la faim, la soif, la fatigue, la douleur, la température, l’effort, le sommeil. Très utiles pour diriger mon compagnon vers ce dont il a besoin. Il y a aussi les indicateurs indirects qui m’informent de mon état relationnel avec mon environnement; voilà toute une gamme d’émotions agréables et désagréables destinées à me guider vers ce qui est le plus approprié pour moi.

Si je vous parle de mon corps comme d’un merveilleux compagnon de voyage à mon service, c’est que je sais qu’il en est de même pour la grande majorité des humains puisque nous sommes tous de cette même nature humaine. Dieu a donné à chacun de nous cet être vivant d’une complexité, d’une intelligence et d’une fiabilité remarquable pour que la vie humaine soit active, créative, satisfaisante et remplie de ce que chacun veut faire de sa propre vie.

En conscience et en reconnaissance de ce privilège, j’ai élaboré ma relation entre mon être et mon corps. Comprendre et décoder les indicateurs de mon tableau de bord intérieur, faire ce qu’il faut pour maximiser mon pouvoir d’agir dans la vie par l’entremise de ce corps destiné à me servir. Si je veux la santé de mon corps, c’est pour que cette santé me serve et non uniquement pour avoir un corps en santé. Et je sais que mon corps, dans son intelligence unique, a bien compris qu’il est à mon service et c’est ainsi qu’il est le plus heureux. D’ailleurs, c’est quand je m’actualise que mon corps manifeste le maximum d’énergie, avec des émotions de plaisir et d’enthousiasme bien perçues sur le tableau de bord intérieur. Il est fort, il est énergique. Et c’est ainsi qu’il veut être traité, à la hauteur de mes aspirations et de mon goût pour la vie.

Cette relation avec mon corps, pour être fructueuse, comporte les mêmes exigences que toutes relations, notamment : avoir confiance en l’autre, le traiter avec compassion, en prendre soin avec amour. Comme par exemple, je sais que mon corps aime une alimentation diversifiée, qu’il a besoin de faire de l’exercice, qu’il a besoin de bien se reposer et… qu’il aime me sentir heureux. Mais mon bonheur, c’est ma responsabilité, pas la sienne…

C’est une relation intime, précieuse, complice, amoureuse. Et lorsqu’elle se termine par sa mort, il dirait sûrement à son dernier jour : « J’aime mieux mourir usé que rouillé! ». Humblement, il redonne à la terre ses quelques éléments constituants qui seront remis dans la grande marmite pour fabriquer d’autres compagnons de voyage fidèles, intelligents et serviables. Quel mystère!

Mon corps, mon plus précieux allié

Que l’on veuille y croire ou non, immanquablement notre âme a choisi comme véhicule d’évolution dans son incarnation terrestre, le corps. Dès les premiers moments de notre vie, inconsciemment, nous sommes déjà soumis à des expériences qui trouveront siège dans les cellules de notre corps. Au fil des années, au fil des expériences de la vie, le corps emmagasine dans sa chair blessures physiques et psychiques et aussi les effets du stress liés à divers facteurs. Et puis un beau jour, après tant d’accumulations, notre corps nous fait un petit signe, puis deux et trois… et vlan! On croit, à tort, que du jour au lendemain, notre corps fait volte-face alors que les signes avant-coureurs se sont échelonnés sur plusieurs mois, voire même années. Ils nous étaient presque servis sur un plateau d’argent! Malheureusement, pour la majorité d’entre nous, nous attendons trop souvent d’être confrontés à un grand appel du corps, soit par le biais de la maladie ou de grandes souffrances physiques ou psychiques, avant d’agir. Nous sommes alors devant le choix de se prendre en main ou bien celui de ne rien changer et d’attendre qu’un miracle s’opère.

Eh bien, le miracle, nous seul pouvons l’accomplir, et ce, avec la collaboration de notre corps, même s’il nous fait défaut. Il est là, il attend depuis les premiers symptômes d’être entendu, d’être pris en charge par son propriétaire, il est prêt à entamer le dialogue. Il suffit d’ouvrir la brèche pour lui permettre de laisser œuvrer son intelligence innée et d’éveiller le potentiel de guérison qui repose en chacun de nous. Pour ce faire, nous devons aller à la rencontre de ce corps, entrer en relation intime avec lui, en prendre conscience et écouter ce qu’il a à dire.

Pour nous ouvrir à toute expérience de guérison, nous devons certes aller à la rencontre de notre corps, mais nous devons aussi rencontrer et accueillir les parties ombres de nous-mêmes qui demande à être entendues et accueillies. À partir du moment où le dialogue entre le corps et l’être est amorcé, les véritables changements s’opèrent. La perception de notre corps change, notre personnalité s’éveille à sa véritable nature, l’acceptation et l’amour de soi s’installent et nous pouvons enfin nous ouvrir à une nouvelle vie, la vie inspirée par ce que nous sommes, ce qui nous anime, la voix de notre être, la voie de notre âme.

À partir du moment où l’on prend conscience des messages de notre corps, que l’on se met à son écoute, il devient alors plus facile d’agir sur soi, sur sa vie. N’oublions pas, notre corps est notre plus précieux allié.

Ne rien faire… un luxe à s’offrir

Est-il encore possible, dans notre société nord-américaine, de s’arrêter de faire? Je vous invite à penser à vos week-ends, à vos journées de congé, à vos vacances. Que faites-vous pendant ces moments précieux qui devraient servir à recharger vos batteries? Si vous êtes comme moi et comme beaucoup de gens qui m’entourent, vous vous apercevrez qu’il y a toujours quelque chose à faire. Que ce soit par obligation, par choix ou par automatisme, il est très rare qu’on prenne le temps de s’arrêter complètement.

Le week-end arrive, et nous en profitons pour faire du ménage, du lavage et pour préparer les repas de la semaine. S’il nous reste un peu de temps ou si on se donne la permission de prendre un congé un peu plus long, alors on se détendra en lisant un livre, en regardant un film, en écoutant la radio, en faisant de l’exercice. Bref, en s’occupant. Parce qu’on a l’impression que ne rien faire, c’est plate!

Même quand notre corps nous envoie des messages (qu’on choisit d’ignorer) et qu’on se retrouve malade, il reste difficile pour certains de s’arrêter ou de simplement ralentir le rythme. Si on est obligé de ne rien faire, alors l’inaction nous pèse. On se sent inutile, parfois même coupable. Ne rien faire est devenu un luxe qu’on ne s’offre plus.

La raison reste propre à chacun, mais il est clair que toutes les raisons sont bonnes pour ne pas s’arrêter. L’adage « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt » illustre bien ce que la société pense de ceux qui, comme moi, aiment bien flâner au lit en ne faisant rien le matin. Le temps reste une autre contrainte populaire. Quand on sait que la majorité des gens n’ont pas assez de temps dans une journée pour faire tout ce qu’ils voudraient faire, comment envisager de prendre du temps pour ne rien faire? Ensuite viennent les peurs que l’idée de s’arrêter suscite : peur de passer pour un égoïste en prenant du temps pour soi, peur de s’ennuyer à ne rien faire, peur du silence, de la solitude, du vide, peur de soi, de son discours intérieur… Il y a autant de peurs qu’il y a de gens.

Mais la vraie question ici est pourquoi devrions-nous décider de ne rien faire?

Ma réponse est simple : pour pouvoir se retrouver, pour être capable de se reconnecter à son essence. Trop souvent, nous nous retrouvons aspirés dans le tourbillon qu’est notre vie mouvementée et saturée de notre environnement extérieur. Il est facile de devenir désorienté et de perdre de vue ses points de repère. S’arrêter devient un outil pour nous permettre de remettre le compteur à zéro. Je vois toujours la différence chez une personne avant et après qu’elle ait pris le temps nécessaire pour s’arrêter. Quelqu’un qui s’est donné le droit de ne rien faire pendant une journée, un week-end ou une semaine dégagera un calme paisible. Un sentiment de paix intérieure irradiera de son être, et on pourra lire un bonheur tranquille dans ses yeux. Cette sérénité vient du fait qu’elle a réussi à s’entendre et à s’accueillir. Une harmonie s’est créée entre son mental, son cœur et son corps. Imaginez l’énergie physique, psychologique et émotionnelle dont cette personne dispose désormais!

Alors, maintenant que vous connaissez les bienfaits de ne rien faire, il ne vous reste qu’à le mettre en pratique. Trouvez-vous des lieux, des moments, sortez de votre routine et, surtout, donnez-vous le droit de ne rien faire.

Votre corps vous parle

Le corps reflète ce qui se passe à l’intérieur de soi. Comme la plupart des gens en sont peu conscients, ils ne comprennent pas son langage.

Parmi les trois corps du plan matériel (mental, émotionnel, physique), le corps physique, de par sa nature tangible, est celui dont nous sommes le plus conscients et que nous pouvons entendre le plus facilement.

Une personne peut parfois mettre 50 ans à réaliser que sa façon de penser (corps mental) lui est néfaste. Et des mois, voire des années, sont nécessaires pour qu’elle se rende compte qu’une émotion encombre son corps émotionnel et finit par créer un blocage, une blessure physique qui alors ne passe pas inaperçue.

Il peut aussi arriver que nous nous blessions sans même nous en rendre compte. Par exemple, nous découvrons un hématome ou une égratignure dont nous ignorons la provenance.

Lorsque nous sommes conscients, nous nous rendons compte rapidement des gestes qui nous sont nuisibles. Nous pouvons alors agir autrement plutôt que de continuer à souffrir des conséquences de ces gestes. Je vous suggère donc fortement d’écouter votre corps physique pour conscientiser plus rapidement.

Vos malaises et maladies
Chaque fois que le corps physique a mal, il vous dit que vos corps émotionnel et mental ont mal.

Lorsque vous avez mal, il y a dysharmonie, c’est-à-dire que vos corps ne sont plus au service de votre être et tentent de diriger votre vie sans sa guidance, laquelle est nécessaire pour mener à bien cette tâche.

Lorsque votre être veut quelque chose, vos trois corps ont des fonctions distinctes :

• le corps mental utilise ses ressources pour manifester ce que vous voulez;
• le corps émotionnel désire et ressent ce que vous voulez;
• le corps physique peut faire les gestes en fonction de ce que vous voulez.

Voici deux exemples de dysharmonie :
• Une personne souhaite changer d’emploi. Elle s’empêche de le faire parce que son mental ramène une mémoire qui est en contradiction avec ce qu’elle souhaite à présent. Cette mémoire lui dit de ne pas avancer, car il pourrait lui arriver des imprévus ou des obstacles qu’elle pourrait regretter. Elle laisse la mémoire d’une expérience désagréable diriger sa vie au lieu de faire ce qu’elle souhaite réellement. Et voilà comment cette personne se retrouve avec un mal de jambes.
• Une mère de famille qui a la charge des enfants, de la maison et du budget désire plus de soutien. Elle s’empêche de demander de l’aide, car elle croit que ces responsabilités lui reviennent en tant que mère. Elle développe ainsi un mal de dos qui s’aggrave quand elle ose demander de l’aide et qu’on la lui refuse. Cela renforce sa croyance « je dois tout faire moi-même », et son fardeau s’alourdit. Cette mère n’a pas mal au dos parce qu’elle manque de soutien, mais bien parce qu’elle croit que, pour être une bonne personne, elle doit tout faire seule. C’est cette croyance qui a pour conséquence l’absence de soutien des autres. Il nous arrive toujours ce que nous croyons. Le corps a l’intelligence d’avoir mal dans la partie ayant un lien avec la pensée qui empêche un désir de se manifester.

Comme vous pouvez le constater dans ces deux exemples, vous pouvez devenir conscient beaucoup plus rapidement grâce à ce qui se passe dans votre corps physique.

Il existe également d’autres moyens de mieux vous connaître : la morphologie de votre corps, votre façon de marcher, de vous vêtir, de décorer votre maison, de conduire votre voiture, etc.

N’est-il pas merveilleux de constater à quel point votre corps peut devenir un ami de tous les jours?

S’honorer de sa propre présence

L’hiver, saison par excellence des pantoufles et des feux de foyer, vous invite à ralentir vos activités, à habi­ter votre intérieur et à le réchauffer de votre présence. Vous pouvez pen­ser à votre maison, mais vous pouvez aussi simplement penser à votre corps. Avez vous remarqué combien peu de temps vous passez à être bien avec lui, en lui? Et savez-vous à quel point incorporer cette habitude peut changer votre vie?

Je n’habite pas mon corps
L’expression « être dans son corps » semble simplette. Et si vous êtes d’avis qu’elle est futile, vous serez peut-être d’autant plus surpris d’apprendre que vous passez le plus clair de votre temps ailleurs que dans votre corps. Essayez ceci : dirigez toute votre conscience vers vos pieds et ressentez intensément toutes les sensations qui les habitent comme si vous n’étiez que vos pieds. Faites abstraction de tout le reste autant que possible et respirez par vos pieds. Maintenant, en habitant toujours vos pieds, pensez à ce que vous avez fait hier. Pas facile, hein! Hier, ou demain, ne se trouve pas dans vos pieds. Quand vous êtes dans votre corps, vous êtes aussi, proportionnellement, dans le présent. Donc, tout le temps que vous passez à penser à hier ou à demain, vous le passez généralement à l’extérieur de votre corps (et, avouons-le, nous passons le plus clair de notre temps à penser à hier, à demain ou à une autre machination de l’esprit qui n’a rien à voir avec le présent). Dans le monde de l’énergie, on dit que l’énergie va là où la conscience se trouve. Rappelez-vous des jours où vous étiez préoccupés ou éparpillés; n’étiez-vous pas épuisés avant la fin de la journée?

Habiter son corps
Être dans votre corps se vit d’abord en prenant le temps de ressentir votre corps. Observez votre respiration, sans chercher à la contrôler. Sentez votre abdomen se gonfler et se dégonfler. Ressentez la chaleur dans vos membres, ainsi que les tensions qui peuvent habiter votre corps. Permettez-vous de vous en approcher; imaginez que vous entrez à l’intérieur de ces zones avec toute votre présence.

S’il est plus facile d’ancrer cette habitude lorsqu’on ne fait rien, l’idéal est éventuellement d’inclure cette perspective, ce ressenti, peu importe votre activité, tout au long de la journée. Ressentir vos mains en lavant la vaisselle, ressentir vos pieds se poser sur le sol lorsque vos marchez, ressentir votre bouche lorsque vous mangez, ressentir vos épaules en conduisant la voiture, etc. En faisant l’exercice régulièrement, vous en viendrez à reconnaître le bien-être que votre présence vous apporte, que ce qui se passe dans votre vie ou dans votre corps soit perçu comme agréable ou désagréable. C’est la magie de la présence.

Pourquoi pratiquer la présence dans le corps?
Au moyen de cette pratique, vous développez une saine relation à vous-même. Vous apprenez à connaître et à reconnaître votre essence. Vous apprenez à observer votre rapport au monde extérieur, vos blessures et les réactions qu’elles suscitent dans votre corps. Vous développez un sentiment de confiance et de sécurité reposant sur votre Être plutôt que sur le monde environnant. Et en pratiquant assidûment, vous vous permettez même de transcender vos acquis, c’est-à-dire d’agir non pas en étant motivé inconsciemment par vos sensations, mais en partant de cet état de présence cultivé et ancré en vous, cette présence qui ne vit en fonction ni du passé, ni du futur.

La présence dans le corps est un outil puissant (et peu coûteux) qui ouvre la voie de la conscience et de la guérison. Ce processus d’amour, d’accompagnement et de reconnais­sance de soi nourrit sans cesse de nombreux enseignements qu’il permet.

Le toucher

Le « toucher ». À lui seul, ce mot est évocateur. Instantané.

Le Toucher… ment, il me connecte à mon monde intérieur, à mon rapport à autrui et à mon corps dans l’immensité de son besoin de contact physique, mais aussi dans son appréhension de ce même contact. Le toucher n’est jamais neutre. Il provoque souvent en nous une décharge émotionnelle puissante tout en nous donnant accès, inconsciemment, à une banque de données et d’informations dans laquelle sont stockés émotions, défenses, refoulements, plaisirs, souvenirs…; les traces indélébiles de notre histoire. Mais au-delà des souvenirs parfois souffrants liés au toucher, il est un besoin de l’être humain, de la naissance jusqu’en fin de vie.

Le toucher est partout. Nous palpons, manipulons, entrons en contact par le toucher avec les êtres vivants, les éléments et les objets. Le toucher est l’un de nos cinq sens indispensables à notre survie, un système d’alarme naturel qui nous permet d’estimer la dangerosité de l’environnement. Par le toucher, nous arrivons à déterminer la texture, la consistance et la température. Toucher est une nécessité capitale au même titre que se nourrir, respirer, boire, dormir. Et c’est par notre peau, grâce au toucher, que nous ressentons, aimons, détestons. L’être humain est un être de relation. Être touché est un besoin essentiel et existentiel pour le bien-être, la santé et la survie même. Le toucher est un besoin, pour soi et pour l’autre. Toucher et être touché. Offrir et recevoir des câlins, prendre une main, toucher une épaule sont autant de démonstrations qu’il fait bon recevoir et donner.

Lire sur le toucher et parler du toucher a fait naître en moi de nombreuses émotions. J’ai été confrontée à mon corps, à mon besoin de toucher et d’être touchée. J’ai découvert de façon encore plus significative mes résistances, mes blocages, avec comme conséquence un toucher parfois moins généreux dans l’intimité et mon accueil de l’autre souvent brimé à cause de mes blessures et de mes souffrances. Si derrière le mot « toucher » se cachent les mots émotion, ressenti, lâcher-prise, s’y cachent également les mots méfiance, ressentiment, retenue.

Pour chacun de nous, notre corps porte en lui des mémoires douces et douloureuses. Au fil de mes recherches, j’ai eu le grand bonheur de découvrir Christian Hiéronimus. Il a écrit plusieurs livres, notamment Le toucher, un art de la relation et La sensualité du toucher que je me suis procurés. On dit de lui qu’il est un poète du massage, un homme de cœur, de douceur et de tendresse et qu’il a les mots du chercheur spirituel. C’est aussi mon impression. Ses écrits sont un pur délice du début jusqu’à la fin. Lire ses livres, c’est se réconcilier avec la partie blessée de nous-mêmes, c’est comprendre les zones négligées de nos corps et vouloir s’offrir le toucher qui touche, sortir de l’anesthésie sensorielle pour apprendre ou réapprendre à percevoir avec nos mains, notre corps, notre peau tout entière.

Et puis la douleur physique, quand on est écorché vif, ça aussi fait partie du toucher, et c’est ce qui m’est arrivé le 6 septembre dernier, jour du mariage d’une de mes sœurs. Arrive le moment du lancer du bouquet de la mariée. Nous sommes quelques femmes derrière elle, enthousiastes et prêtes à emboîter le pas ou courir. Si vous avez vu le film Forrest Gump, vous vous rappelez sûrement de cette scène où Forrest se met à courir en entendant Jenny lui crier : « Run, Forrest, Run! » C’est ce que j’ai fait, j’ai couru. J’ai couru, j’ai trébuché et j’ai touché le sol brutalement. Dans ce cas-ci, je n’ai pas « touché du bois », j’ai plutôt été « piquée au vif » par l’asphalte rugueuse et granuleuse. Les plaies aux paumes des mains ont nécessité des bandages, réduisant ma poigne sur les objets, entraînant frustration. Oui, nul doute, la thématique du toucher se voulait présente.

Et puis, il m’aura fallu cette douleur pour me reconnecter à mon corps, car oui, il arrive que nous en soyons déconnectés, tout autant que lorsque nous touchons les objets; il arrive que nous soyons déconnectés et que notre toucher soit mécanique. En ce moment, vous tenez la revue entre vos mains; prenez conscience de la sensation de votre peau en contact avec le papier, de la température du papier et de sa texture. Est-ce agréable ou désagréable? Parce que je vous y ai invité, vous passez d’un mode mécanique à un mode conscient. Intéressant, n’est-ce pas? Une autre raison de dire que le toucher n’est jamais neutre.

Arrive le moment de vous souhaiter une lecture inspirante pour cette édition spéciale sur le toucher. Les auteurs-collaborateurs y ont mis leur touche personnelle et leur cœur. Puissiez-vous être touchés….