Le stress et la dépression

La vie est pleine de surprises ou est comme une boîte de chocolat, comme dirait Forest Gump.

Elle a ses hauts et ses bas. Elle nous fait vivre des moments difficiles, et plusieurs personnes ont des symptômes s’apparentant à la dépression. Toutefois, il est possible de surmonter ces moments difficiles sans pour autant devenir dépressif. Malgré cela, le taux de dépression augmente depuis les 50 dernières années.

Vous connaissez les symptômes : fatigue, sommeil de mauvaise qualité, cauchemars, manque d’intérêt, manque d’énergie, difficulté de concentration, irritabilité. Les gens dépressifs ont également de la difficulté à se motiver, à se nourrir sainement et à socialiser. Quant à elles, l’anxiété et l’exténuation contribuent à entretenir la dépression. Malgré ces symptômes connus, seul un médecin peut établir un diagnostic de dépression.

Les causes les plus souvent citées de la dépression sont des expériences négatives et un déséquilibre chimique ou hormonal causé par une certaine manière de penser. Il a été établi qu’un déséquilibre chimique ou des facteurs génétiques ne sont pas en cause dans la plupart des dépressions. Un bas niveau de sérotonine est l’effet et non la cause de la dépression.

Pour ce qui est des expériences négatives, certaines personnes ayant vécu des expériences traumatisantes ne sont pas forcément dépressives, tandis que d’autres ayant tout pour être heureuses ne le sont pas. Les évènements semblent être un déclencheur, mais ne causent pas la dépression. Il semble plutôt que ce soit la façon dont nous répondons aux événements ou la signification que nous leur donnons qui cause la dépression.

Le Journal of the American Medical Association (États Unis) rapporte une étude où des médecins ont revu des dossiers médicaux couvrant une période de 10 ans, de même que des ordonnances d’antidépresseurs pour la même période. Ils ont pu constater que, dans 50 p. 100 des cas, les gens se sont vus prescrire une médication sans même avoir les symptômes de dépression, mais pour la seule raison qu’ils étaient anxieux ou souffraient d’insomnie.

Lorsque les gens ruminent ou font de l’introspection de manière négative, ils créent une excitation émotionnelle qui provoque la sécrétion des hormones de stress. Et lorsque les gens sont stressés, leur cerveau fonctionne différemment, ce qui va créer un schéma de pensée excessif ou une tendance à dramatiser. Difficile de résoudre des problèmes dans pareil cas.

Certains croient que l’origine de la dépression est d’ordre génétique. Elle est plutôt liée aux pensées, au comportement et aux relations interpersonnelles. La famille contribue beaucoup à l’apprentissage : les enfants observent les adultes et leur réaction face au stress. Même si une personne avait une prédisposition génétique, il ne s’agit que d’une prédisposition et non d’une certitude.

L’alimentation a également une incidence importante sur l’humeur. Les aliments sucrés ou raffinés affectent le corps. Certains se sentent mieux lorsqu’ils éliminent de leur alimentation le gluten, les produits laitiers, les œufs, le soya, les additifs alimentaires et le sucre. Souvent, les gens ont le goût de manger des aliments sucrés; toutefois, ces aliments provoquent des réactions opposées et extrêmes. De fait, les aliments sucrés vont causer une sécrétion accrue d’insuline et, conséquemment, une chute rapide de glycémie. Et s’enchaîne l’envie de manger à nouveau du sucre pour compenser la baisse soudaine d’énergie. Manger des aliments sains et naturels contribue à réduire ces réactions opposées et extrêmes et assure un apport régulier d’énergie. Les gens qui s’alimentent sainement pourront voir une amélioration de leur état et se sentir plus calmes qu’avant.

Certaines recherches démontrent que le cerveau d’une personne dépressive contient de faibles concentrations d’oméga 3. Ainsi il semble que l’apport de suppléments d’oméga 3 soit bénéfique dans pareil cas.

En sachant que la dépression est liée aux pensées et aux réactions face aux évènements de la vie, il y a de l’espoir. En misant sur ce que nous faisons, sur ce que nous pensons ou sur la manière dont nous pensons et en prenant soin de répondre à nos besoins physiologiques, il est possible de se sortir de la dépression. Chacun possède l’habileté de se sortir d’une dépression et de prévenir sa récurrence. Il suffit de suivre un processus pour y arriver.

Je me sens toujours coupable

Comprendre la blessure de culpabilité

La blessure de culpabilité est une de celles qui sont le plus fréquemment réveillées dans les relations affectives. Sur le plan émotionnel, la personne blessée vit une peur exagérée de l’erreur et de l’échec. Pour éviter l’humiliation de la faute possible, elle développe un sens excessif du devoir. C’est une perfectionniste qui ne calcule pas ses efforts et qui travaille sans relâche. Elle ne s’accorde ni repos, ni détente,­ ni plaisir quand elle travaille et même ailleurs dans sa vie. Cette personne est asservie au regard des autres qu’elle perçoit comme des juges. Elle a tendance à minimiser ses succès et à dramatiser ses échecs. Comme elle se croit souvent « incorrecte », elle recherche les punitions pour se déculpabiliser quand elle ne se punit pas elle-même. Elle a énormément besoin de l’accord des autres et besoin, surtout, d’être aimée.

Dans sa forme défensive, la personne affectée par une blessure de culpabi­lité s’exprime parfois par le jugement et l’autojugement. Elle peut devenir, dans ses relations avec ses proches, un justicier, au sens où elle peut parfois réagir en punissant ses déclencheurs et en se punissant elle-même quand elle a été blessée. Lorsqu’elle est inconsciente de sa culpabilité, elle culpabilise. Née d’une éducation faite d’humiliations, de honte, de chantage affectif, de reproches, la personne blessée par la culpabilisation peut même se sentir coupable non seulement de ses erreurs et de ses fautes, mais aussi de tout plaisir, sexuel ou autre, et coupable de ses pensées. En fait, sa culpabilité est déclenchée chaque fois qu’elle ne respecte pas les principes religieux et moraux qui lui ont été inculqués, ce qui l’amène à se sentir responsable du malheur et de la souffrance des autres. Au plus profond d’elle-même, elle se sent même coupable d’exister, surtout si sa blessure de culpabilité est jumelée à la honte.

Pour mieux comprendre cette blessure, voyons l’exemple d’Yvan.

Yvan avait environ 40 ans lorsqu’il a entrepris une thérapie. Il avait quitté sa femme, Hélène, quelques mois plus tôt parce qu’il étouffait dans cette relation qui durait depuis cinq ans. Étant incapable de retourner vivre avec elle par besoin de liberté, il n’en vivait pas moins une grande culpabilité du fait de l’avoir quittée. Il se jugeait égoïste et irresponsable. Il donnait ainsi beaucoup de pouvoir à Hélène, qui, inconsciemment, se servait de sa vulnérabilité pour le dominer. Le sentiment de culpabilité était tellement fort chez Yvan qu’il avait tendance à mettre sur lui tous les torts de l’échec de son couple. Il n’avait aucune raison, se répétait-il, de l’avoir laissée. Aussi se sentait-il très coupable de lui faire vivre la souffrance causée par son départ. Pour se déculpabiliser, il allait la voir régulièrement même s’il n’en avait aucune envie et il prenait en grande partie la charge de leur petite fille de deux ans. En fait, il s’organisait pour payer très cher sa liberté.

Un grand nombre de ceux qui souffrent d’une blessure de culpabilité ont tendance, comme Yvan, à prendre, pour se déculpabiliser, la responsabilité entière des problèmes et des souffrances des autres, ce qui est très lourd à porter et qui décuple leur propre souffrance. D’autres, comme Hélène, rejettent toute la responsabilité de leur vécu et de leurs difficultés sur les autres. Dans les deux cas, leur vie relationnelle s’en trouve largement atteinte. En effet, en mettant la responsabilité de l’échec de leur couple sur le compte d’Yvan, Hélène ne se remettait pas en question et ne tentait rien pour se changer. Elle travaillait plutôt à changer son mari par des reproches, des accusations et des manipulations. Une telle attitude ne pouvait que nourrir sa déception et sa souffrance. Tenter de changer l’autre et attendre qu’il change, c’est nécessairement vivre des insatisfactions permanentes.

De son côté, en prenant la responsabilité de son vécu et de celui d’Hélène, Yvan faussait complètement la relation. Pour se déculpabiliser, il se niait et ne se respectait pas. À cause de son manque d’authenticité, il communiquait en permanence à sa femme des doubles messages qui rendaient toute communication authentique impossible. Par le système relationnel dysfonctionnel qui les liait, il s’est créé entre Yvan et Hélène une interdépendance insupportable. Même s’ils ne vivaient pas ensemble et se faisaient mutuellement beaucoup souffrir, ils étaient incapables de se quitter. Pour sortir de ce système aliénant, Yvan a dû apprendre à récupérer le pouvoir sur sa vie en remettant à Hélène la responsabilité de son vécu. Au début, après avoir pris conscience de son processus psychique, il a adopté devant Hélène une attitude défensive opposée à celle qu’il avait toujours eue. Il s’est mis à ressentir de la haine à son égard, sentiment qu’il vivait depuis longtemps, mais qu’il avait toujours refoulé. Puis, il a rejeté sur elle de nombreux blâmes. Son attitude défensive prenait sa source dans son vécu refoulé pendant des années.

Cet homme en voulait à son épouse de l’avoir culpabilisé et de l’avoir maintenu ainsi dans la dépendance. Il comprit plus tard qu’il avait largement contribué à nourrir cette dépendance. Il comprit aussi qu’il répétait avec Hélène un système qui avait caractérisé toutes ses relations affectives passées parce qu’il avait, toute sa vie, entretenu une attitude de « coupable » qui attirait à lui tous les reproches et tous les jugements condamnables qu’il ne voulait plus entendre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il avait quitté sa conjointe tout en restant empri­sonné dans la relation. Il comprit enfin que, pour éviter la culpabilité suscitée par les reproches, il avait redoublé d’attention, ce qui n’était pas de tout repos pour lui parce qu’il agissait dans le sens contraire de sa vérité profonde. De toute façon, Yvan s’était toujours senti coincé dans ses relations affectives. Au cours de sa démarche thérapeutique, il a appris que seul un travail sur lui-même pouvait le libérer de ses sensations d’étouffement et qu’il devait s’occuper de sa blessure de culpabi­lité pour trouver la liberté intérieure.

Les blessures, ne l’oublions pas, sont nées d’émotions intenses et traumatisantes vécues dans le passé. Ces émotions se ravivent chaque fois qu’un déclencheur extérieur rappelle à l’inconscient la souffrance de l’événement initial. Le meilleur moyen de soulager cette souffrance est de l’accueillir sans se victimiser, de l’accepter et d’apprendre à s’en protéger.

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PORTELANCE, Colette. Petit cahier d’exercice pour identifier les blessures du cœur et Petit cahier d’exercices pour soulager les blessures du cœur, Saint-Julien en Genevois, Suisse : Jouvence Éditeur, 2013.

Le lecteur trouvera des informations importantes sur « le processus de changement » et sur « les mécanismes de protection » dans mon livre : Relation d’aide et amour de soi. Montréal : Éditions du CRAM, nouvelle édition mise à jour, 2014, 529 p.

Les systèmes relationnels

Que nos expériences relationnelles d’enfant aient été bénéfiques ou non à notre épanouissement, il n’en demeure pas moins qu’elles influencent les rapports que nous entretenons aujourd’hui avec les autres. Nous nous demandons parfois pourquoi ces rapports sont si souvent insatisfaisants et douloureux.

Lorsque nous étions enfant et adoles­cent, nous avons tous été affectés par l’un ou l’autre des déclencheurs suivants : l’humiliation, la culpabilisation, la trahison, la dévalorisation, l’abandon, l’exclusion, le rejet, l’indifférence, l’incompréhension ou le pouvoir. Si nos éducateurs nous ont blessés, c’est que, jeunes, ils l’ont été aussi. Nous pouvons d’ailleurs facilement les comprendre lorsque nous prenons conscience que nous blessons également les autres quand nos souffrances d’enfant ou d’adolescent sont réveillées par une personne avec laquelle nous nourrissons un lien affectif. Il suffit parfois d’une parole ou d’un geste qui rappelle à notre mémoire inconsciente la douleur psychique du passé pour que nous réagissions involontairement d’une manière incisive. Ce comportement défensif tout à fait normal n’en déclen­che pas moins fréquemment les réactions blessantes de ceux à qui il s’adresse. Blessés par notre attitude défensive, ils réagissent à leur tour. Ces attaques mutuelles créent des systèmes relationnels souffrants et nous emprisonnent. Parmi ces systèmes, notons ceux du bourreau et de la victime, du sauveur et de l’affligé, du juge et du coupable, de l’abandonnique et du déserteur, de l’envahisseur et de l’envahi, du dominateur et du dominé, de l’ange et du démon, de l’inférieur et du supérieur, du manipulateur et du manipulé, et j’en passe.

Nous créons et recréons l’un ou l’autre de ces systèmes relationnels disharmonieux parce que, au lieu d’écouter notre enfant intérieur quand une blessure est réveillée en nous ici et maintenant, nous abandonnons cet enfant comme il l’a été autrefois par nos éducateurs. Nous nous tournons alors vers le déclencheur de nos blessures pour le responsabiliser. Ce faisant, nous envenimons non seulement nos relations, mais aussi nos plaies psychiques et nous infligeons bien involontairement plus de souffrance à cet enfant abandonné déjà profondément meurtri.

Pour dénouer un système relationnel insatisfaisant, le travail sur soi est indispensable. Un système étant formé de personnes qui interagissent, il est évident que, si l’une d’elles change, l’autre sera forcément déstabilisée, ce qui suscitera la remise en question nécessaire à son évolution. Cela dit, il est important de préciser qu’un être humain change, non pas parce qu’il a révolutionné sa nature profonde, mais parce qu’il l’a acceptée.

L’acceptation est le passage incontournable pour transformer la discordance relationnelle en harmonie et pour utiliser nos conflits d’une manière créatrice. N’oublions pas que l’une des principales raisons pour lesquelles nous sommes attirés par certaines personnes bien particulières est que, en réveillant nos blessures d’enfant, ces personnes suscitent le travail sur nous-mêmes nécessaire à notre évolution.

À l’acceptation de soi s’ajoutent d’autres moyens pour nous libérer de nos systèmes relationnels disharmonieux, notamment l’introduction quotidienne dans notre vocabulaire des mots bravo et merci. Je vous encourage à intégrer tous les jours ces mots magiques dans vos relations avec les personnes qui vous sont chères. N’attendez pas de les avoir perdues pour les remercier et les reconnaître. La gratitude et la reconnaissance nourrissent les liens et les renforcent. Elles changent l’état intérieur; elles favorisent le rapprochement et elles ont pour merveilleux avantage de cultiver la paix, l’amour et le bonheur de vivre ensemble.