Il est urgent d’aller lentement

Dans la vie, il y a des moments où l’intensité émotionnelle peut être très forte, comme lors d’un licenciement, d’une relation personnelle ou professionnelle difficile ou encore du décès d’un proche.

La plupart du temps, dans de telles situations, une série d’émotions nous submergent et nous empêchent de faire la part des choses. C’est pourtant dans ces moments qu’il est urgent d’aller lentement. Quand le besoin de mieux comprendre ce qui nous arrive devient impérieux, prenons le temps de l’écouter.

Des approches novatrices, comme la cohérence cardiaque, l’ACT (Acceptance and Commitment Therapy), l’approche paradoxale ou encore la pleine conscience, ont en commun cette idée de ralentir pour pouvoir intégrer ce qui se passe dans le moment présent. Dans cet article, je vous propose deux clés importantes qui font partie de ces appro­ches dignes du plus grand intérêt.

La première clé : Se donner le temps d’accueillir et de reconnaître ce qui est
Lorsqu’une épreuve survient dans notre vie, un réflexe bien humain est de vouloir contrôler l’émotion. Le contrôle peut prendre la forme de la fuite, de l’évitement ou du déni. Pourtant, pour qu’une émotion négative se transforme en quelque chose de plus agréable à vivre, il est inévitable d’accueillir l’émotion et de la vivre pleinement.

Pensez à l’analogie du morceau de sucre qui se dissout au contact de l’eau. Pour l’émotion, le même processus se produit. Quand l’émotion est accueillie et reconnue, elle se dissout. Voilà pourquoi il est si important de ralentir afin de pouvoir accueillir et reconnaître l’émotion, être avec elle un moment, puis poursuivre sainement son cheminement.

La seconde clé : Observer
Observer implique la notion que nous ne sommes pas nos émotions. Comme l’ont écrit les plus grands sages, les émotions ne sont pas permanentes, elles ne font que passer. Donc, bien que nous fassions l’expérience d’une émotion, celle-ci ne nous définit pas. Il est donc essentiel de ne pas s’identifier à l’émotion. La différence entre être une émotion et observer une émotion peut être subtile. Il s’agit de saisir que nous sommes en fait le contenant plutôt que le contenu.

Observer une émotion permet de prendre du recul par rapport à l’expérience. Cela permet d’en diminuer l’intensité. En y arrivant, on découvre la possibilité de vivre ce qu’on a à vivre de façon plus tolérable et moins dramatique.

Prenons un exemple concret pour illustrer l’effet positif de ces deux clés dans la vie des gens :

Une personne vient de se faire licencier. Elle ressent de la colère et de la rancune face à son ancien employeur en plus d’être anxieuse face à l’avenir. Amorcer rapidement une recherche d’emploi dans ce contexte émotionnel pourrait être contre-productif, puisque la personne se trouve coincée entre son passé et son avenir. Elle a la tête pleine et n’est pas vraiment disponible sur le plan émotionnel pour un nouvel objectif professionnel.

Une attitude très bénéfique serait de prendre le temps d’intégrer ses émotions en tournant son attention vers l’intérieur. En prenant le temps de respirer calmement dans ses émotions désagréables, en s’observant en train de les vivre, paradoxalement la personne va rapidement se sentir libérée de son passé et pourra ainsi envisager son avenir avec confiance.

Comme la démarche d’accueil et de reconnaissance de ses émotions n’est pas évidente les premières fois, un accompagnement peut faciliter cette démarche. Soyez cependant assuré que le sentiment de liberté qui en découle en vaut la peine.

Dans le grand répertoire de ressources visant à aider les gens à gérer sainement leurs émotions, la cohérence cardiaque est celle que je privilégie pour mes clients et pour moi-même.

Pourquoi est-ce si difficile « de dire »?

Christian Bobin a dit : « Lorsque les mots ne viennent pas au bord des lèvres, ils s’en vont hurler au fond de l’âme ».

Dans de très nombreuses situations, il manque un climat serein pour permettre d’exprimer clairement ce qui se cache au fond de soi. Mais plus souvent qu’autrement, ce sont des peurs qui bloquent l’expression des sentiments ou l’accès aux émotions.

Les outils SATI* (Système d’Apprentissage de Transformation de l’Individu) permettent à la personne de découvrir les réponses qu’elle porte au fond d’elle. À partir de mots-clés, cartes-indices, questions ouvertes, ouïes-dires et cartes-actions, la personne évolue en toute sécurité, à son propre rythme. C’est l’aspect ludique de la méthode qui lui donne toute sa puissance en contournant avec douceur les résistances, les doutes ou les hésitations.

Voici une mise en situation :
Annaëlle éprouve de la difficulté à faires des demandes usuelles à ses employés car elle a peur de déranger leurs habitudes et de se les mettre à dos.

Annaëlle pige un mot-clé : les parents
Ce mot-clé suscite le commentaire suivant : C’est exactement ça, dans ma famille, il n’y avait pas de directive.

Annaëlle pige une question ouverte : Pourquoi suis-je insatisfaite?
Pour répondre à cette question, Annaëlle pige une carte indice :

Celle-ci suscite le réflexion suivante : Je vois de la colère dans la couleur rouge, le bonhomme est dans le noir. Mais il a les mains bien appuyées sur les hanches, il est solide à l’intérieur, il a de la force. Puis, elle dessine la carte. Suite au dessin, elle poursuit sa réflexion : l’ombre, c’est les émotions des autres, ça ne m’appartient pas.

Annaëlle pige une deuxième question ouverte : Pourquoi suis-je insatisfaite?

Annaëlle pige une deuxième carte-indice :
Devant cette carte, Annëlle prend une pause et fait le commentaire suivant : J’utilise le prétexte de l’émotion des autres pour ne pas prendre la responsabilité de faire des demandes claires à mes employés.

Annaëlle pige une carte-action :
Annaëlle se fait le plan d’action suivant : Jouer mon rôle et faire des demandes claires à mes employés. Je vis avec le possible mécontentement de l’un ou de l’autre. Je me fais confiance.

Annaëlle pige une carte ouïe-dire :
Annaëlle fait le constat suivant : C’est vrai que j’en ai ras-le-bol à mon travail et que cela est en train de nuire à ma santé.

Dans cet exemple, grâce au mot-clé, Annaëlle a identifié une façon de faire qui lui vient de sa famille mais qui ne lui rend pas service dans son emploi actuel.

À travers l’interprétation qu’elle fait des cartes-indices, elle met à jour de la colère en elle et comprend qu’elle prend en charge les émotions des autres. Elle a aussi réalisé qu’elle se sent forte à l’intérieur d’elle-même.

La carte-action l’amène à choisir un plan à la mesure de ses capacités.

Pour clôturer son processus d’apprentissage, son interprétation du ouïe-dire vient lui confirmer que le statu quo n’est plus acceptable.

En résumé, les outils SATI sont complémentaires entre eux. L’aspect ludique de la méthode fait appel à l’utilisation simultanée de l’intellect et de l’intuition. C’est ainsi, tout en douceur que l’individu peut contourner les résistances et trouver ses « vraies réponses » dans un climat calme, serein, indispensable aux différentes phases d’apprentissage.

* Les concepteurs des outils SAIT sont Hélène Lavoie, pédagogue et enseignante et Marc Denault, récréologue formé par la psychologie humaniste de Rogers. http://triplium.ca

La sexualité… de l’insanité à la sanité!

À l’aube d’un été qui s’annonce chaud, plusieurs attendent impatiemment le retour des mini-jupes et des maillots de bain. Pourquoi? Parce qu’à la vue du corps dénudé, ils s’emballent et s’enivrent, et ce, jusqu’à s’en étourdir…  Je travaille comme sexologue et psychothérapeute en bureau privé depuis 2006 auprès de diverses clientèles, mais depuis quelques années, j’observe une augmentation d’une clientèle qui souffre du mal de vivre, du manque d’amour… que certains cherchent à combler au moyen de la sexualité. Voici donc un bref portrait de ce qu’est la dépendance sexuelle, qu’on appelle aussi sexolisme.

Ce qu’on cherche à comprendre au sujet de la dépendance sexuelle, c’est comment il se fait qu’on parle de dépendance alors que la sexualité est un besoin vital. Autrement, nous serions tous dépendants, tout comme il faut s’alimenter et que certains abusent de la nourriture. Le dépendant sexuel est celui qui a perdu le contrôle, qui n’a plus la liberté ni le pouvoir de choisir ou de modifier ses comportements sexuels malgré les conséquences négatives. On parle de sexolisme lorsque la sexualité est utilisée pour briser l’isolement, pour surmonter l’insécurité ou la peur; bref, pour cacher une émotion. On crée un appétit artificiel qui conduit à faire mauvais usage de la sexualité ou à abuser de cet instinct naturel. C’est, en définitive, une sexualisation de ses émotions.

Grâce aux données de Google Double Click Ad Planner, nous savons que les sites pornographiques génèrent 4,4 milliards de pages vues dans le monde entier tous les mois, et ce, sans compter les autres sources de consommation. Peu de recherches sont véhiculées à propos de cette dépendance. Elle est encore peu connue et très difficile à évaluer.

Mis à part la pornographie, il existe d’autres sources de consommation sexuelle (lignes téléphoniques érotiques, sites de rencontres à caractère sexuel, masseuses et danseuses érotiques, sextos, etc.). Quand on parle de dépendance sexuelle, il en résulte que beaucoup plus d’hommes que de femmes en souffrent, mais à vrai dire, cette dépendance se manifeste différemment. Les hommes la vivent de façon solitaire (masturbation jumelée à la pornographie) et les femmes, dans leurs relations (jeux de séduction en cherchant le regard désirant et approbateur des hommes). Le vide intérieur causé par le manque affectif peut expliquer pourquoi être désiré = être aimé.

En conclusion, je peux m’interroger. Si je n’avais jamais été en contact avec des messages ou des images­ hyper-sexualisées, quelle sorte d’individu serais-je devenu sexuellement? J’aurais reçu une programmation positive sur la sexualité : amour, respect, consentement, liberté, choix, tendresse, plaisir, etc. J’aurais une bonne estime de soi : je serais bien avec moi-même, heureux. J’apprécierais mon corps tel qu’il est, avec mes imperfections, et je mettrais en valeur mes atouts. Je ferais des choix éclairés, basés sur mes désirs, mes valeurs et mes besoins. J’aurais développé des habiletés de communication saine pour me sentir à l’aise de parler de sexualité. Je me respecterais, je ferais l’amour seulement quand j’en ai envie.  Je comprendrais et respec­terais les différences des sexes. Je serais en harmonie avec ma féminité/masculinité. J’apprendrais à connaître psychologiquement la personne aimée avant de la découvrir physi­quement. Je me laisserais séduire, je savourerais l’art de la séduction. Je mettrais la lenteur au cœur du processus de la rencontre intime et sexuelle, afin de nourrir la sensualité dans le moment présent. Je serais présent d’esprit, disponible émotionnellement, dans la pleine conscience corporelle. Je chercherais à vivre une expérience de connexion amoureuse, sexuelle et spirituelle sans chercher l’orgasme à tout prix. Enfin, j’aurais une sexualité saine parce que centrée, d’abord et avant tout, sur des valeurs intérieures.

Mission de vie

Qui ne sest jamais questionné sur la raison de sa présence sur terre et sur le pourquoi des obstacles et des émotions auxquels il faut faire face au quotidien? En fait, nous avons tous choisi dexpérimenter des épreuves et des obstacles en préparant notre mission de vie avant de nous incarner. Alors, pourquoi navons-nous pas plutôt choisi une vie toute simple et bien remplie de moments de pur bonheur? Parce que nous nous aimons, tout simplement, et parce que le but de notre plan de vie est de grandir, dévoluer spirituellement et daugmenter notre niveau vibratoire pour tendre, à chaque heure du jour, vers un bien-être absolu. Cela peut sembler bien difficile à croire, mais il nous est tout à fait possible datteindre ce formidable état de conscience pendant notre incarnation. Comment? En changeant tout simplement notre perception des obstacles qui sont placés sur notre parcours terrestre.

Si vous saviez que le voisin colérique et antipathique qui vous empoisonne la vie est votre âme sœur spirituelle et quelle a choisi avec beaucoup damour avant son incarnation de jouer ce rôle auprès de vous afin de vous permettre dexpérimenter le contrôle de soi et lempathie envers les autres, agiriez-vous de la même façon envers lui?

Si vous saviez que votre conjoint(e) a fait, avant de sincarner, le choix difficile de devoir mettre un terme à votre union de longue date en vous laissant derrière lui (ou elle), le cœur en miettes, pour vous permettre de développer votre autonomie et la confiance en vos capacités, le (ou la) verriez-vous de la même façon?

Est-ce donc dire que les obstacles qui sont placés sur votre parcours terrestre perdent de leur importance lorsque vous comprenez quils font partie de votre mission de vie et que vous les surmonterez pour le bien de votre évolution spirituelle? Bien sûr que non, car, bien que votre perception de ces obstacles ne sera plus jamais la même, lintensité des émotions quils provoqueront en vous sera, quant à elle, bien réelle. Il vous est essentiel de vivre dabord pleinement ces émotions. Vous vous pencherez sur la raison de leur présence ensuite seulement, lorsque vous serez plus calme. Soyez rassurés, je ne vous propose pas ici de vous venger ou de vous faire justice personnellement, mais plutôt de vous permettre de vivre lampleur de ces émotions à lintérieur de vous sans les refouler et en considérant avec amour leur importance. Sachez quil est inutile de précipiter les choses, car, au moment opportun, vous saurez consciemment admettre leur raison dêtre pour ensuite être en mesure de vous en libérer.

Nous entendons tous fréquemment des gens autour de nous dire : « Cest du passé maintenant, je me relève et je recommence. » Si ces personnes ne se sont pas autorisées à vivre pleinement les émotions que les obstacles ont générées en elles, elles éprouveront inévitablement, un jour ou lautre, des malaises physiques ou des troubles mentaux dont elles pourront difficilement identifier la source. Noubliez pas que votre corps, dont vous êtes le seul maître, est avant tout votre allié et quil vous indique ce qui va bien ou non en vous. Il est votre baromètre et votre meilleur ami.

Est-ce que vous êtes de ceux qui traînent le boulet de leur passé, de leurs émotions refoulées et de leurs angoisses? Peu importe votre âge ou votre état de santé, vous avez toujours le choix de vous en libérer. Tout cela dans le but de réaliser ce qui vous tient particulièrement à cœur, votre mission de vie. Noubliez jamais que les obstacles sont des choix délibérés, mais que la souffrance nen fait pas partie. Voyez les obstacles placés sur votre parcours de vie autrement. Vous seul en avez le pouvoir!

À quoi servent les émotions?

Vous êtes-vous déjà demandé à quoi servent nos émotions? Pas facile de répondre à cette question. D’aucuns pourront rétorquer qu’elles sont une nuisance, mais ils sont incapables de dire à quoi elles servent. Et pourtant, elles ont des raisons d’être très importantes pour nous aider à créer une vie agréable.

Alors, pourquoi est-il si important de connaître la réponse? Parce que les émotions sont notre système de guidage. Ce système est fait pour nous laisser savoir que nos besoins ne sont pas comblés et nous motive à prendre les mesures nécessaires pour les satisfaire. Lorsque nous ignorons nos émotions, nos besoins ne sont pas satisfaits, et nous devenons frustrés.

Il est important de savoir que toutes nos émotions sont bonnes. Eh oui, vous avez bien lu, toutes sans exceptions sont bonnes, même si certaines sont perçues comme mauvaises, notamment la tristesse ou la colère que les gens ou la médecine moderne veulent neutraliser au moyen de médicaments.

Comme société, nous avons perdu de vue la signification de nos émotions. Nous avons une longue tradition de suppression des émotions. Prenons les premiers colons, qui vivaient dans des circonstances difficiles; ils devaient ignorer la douleur émotionnelle et faire ce qu’il fallait pour survivre. Si nous regardons les gens que nous prenons comme modèles, bien souvent, ils sont stoïques. Plusieurs ont été élevés dans des familles où exprimer ses émotions n’était pas permis (je vais t’en donner une raison de pleurer!). Dans certaines familles, il n’est pas permis d’être trop heureux ou optimiste, car cela peut seulement apporter le désappointement. L’enfant apprend très jeune qu’exprimer colère ou peur n’est pas permis et s’entraîne à réprimer ses émotions. Les garçons apprennent qu’ils ne doivent pas pleurer. Les filles apprennent qu’exprimer la colère n’est pas féminin. Cette négation ou répression des émotions refait surface à l’âge adulte sous forme de toxicomanie, de compulsions ou de problèmes de santé.

Les émotions sont générées dans notre subconscient, tandis que notre inconscient génère les sensations que nous associons aux émotions. Notre subconscient est comme une vaste banque de données. Il contient toutes nos expériences et croyances et provoque des réactions émotionnelles suivant nos expériences passées, croyances, perceptions et le sens que nous donnons à ces expériences.

Comme on l’a vu plus tôt, toutes nos émotions sont bonnes, car elles constituent une forme de communication. Quand elles sont comprises, elles fournissent de l’information qui nous est bénéfique. Pour bien comprendre, utilisons la métaphore du tableau de bord d’une auto. Une auto a besoin d’essence et d’huile pour bien fonctionner. Pour s’assurer que l’on réponde à ces besoins, l’auto est munie d’un tableau de bord dont les cadrans et les voyants lumineux nous indiquent si tout va bien. Lorsque le voyant d’huile s’allume, c’est pour nous avertir que le niveau d’huile est trop bas et qu’il faut remplir le réservoir. Nous sommes comme des autos : nous avons des besoins qui doivent comblés pour bien fonctionner. Pour une auto, c’est facile. Le voyant d’huile s’allume, et le mot « oil » est même écrit dessous. On va au garage et on remplit le réservoir. Malheureusement, nos émotions ne viennent pas avec une petite étiquette, et nous avons perdu la capacité de comprendre le langage des émotions. Sachons que nos émotions nous indiquent quel besoin doit être comblé. Se sentir bien est signe que les moyens que nous avons pris pour satisfaire un besoin ont été efficaces. Se sentir mal est signe qu’un besoin n’a pas été satisfait et est une invitation à passer à l’action pour satisfaire ce besoin.

Donc, nos émotions nous fournissent l’information, l’orientation et la motivation nécessaires pour nous aider à vivre et à créer une vie satisfaisante. Par exemple, si vous vous sentez seul, cette douleur émotionnelle est là pour vous faire savoir que vous ne répondez pas à votre besoin d’être en relation amicale ou amoureuse. Il n’y a pas un sac de chips ou une tablette de chocolat qui puisse combler ce besoin. Il faut passer à l’action.

Chanter : un outil sacré pour se sentir vivant

Je suis née en Abitibi (1963) et, à l’âge de 23 ans, je suis venue m’établir en France, où je vis depuis. Le chant fait partie intégrante de mon essence et il a été présent tout au long de ma vie sous différentes formes (chants spontanés, chorale, auteure-compositrice-interprète, autoproductrice de deux albums, animations de soirées, accompagnatrice en chant, cours, stages). Au fil de mon expérience, je me suis rendu compte que beaucoup d’entre nous portaient de grandes blessures liées à la voix chantée. J’ai aussi pu constater à quel point un travail de libération de la voix est un réel chemin de réconciliation, de guérison, de résilience qui permet de rétablir une connexion profonde à soi et aux autres et de libérer l’expression, l’émotion, la créati­vité… En prenant ainsi la mesure de l’importance du chant comme outil d’épanouissement existentiel, j’ai eu envie d’écrire un livre  qui soit une source d’inspiration, un encoura­gement, un soutien pour nous aider à restaurer notre pleine capacité naturelle à chanter dans la joie, la liberté et le lien.

Les bienfaits de chanter
L’acte de chanter est composé de deux pôles : la Connexion (la reliance), qui représente la face Yin cachée, et l’Expression, qui représente la face Yang révélée. Chanter est donc une écoute et une expression profonde de soi. Chanter libère la voix, libère la joie, libère l’être. Chanter est un acte créateur  qui nous met en contact avec notre plaisir, avec notre liberté et qui nous permet de nous sentir vivants : nous créons des sons, des vibrations, de la résonance, du bien-être, des sensations, des émotions, de l’expression, de la célébration, du lien, du sens.

C’est pourquoi je parle de Chant Existentiel, c’est-à-dire un chant, ou une qualité de relation avec son chant au-delà de toute performance, qui a une portée d’épanouissement existentielle, c’est-à-dire qui nourrit un sentiment d’exister et une sen­sation d’être intensément vivant : je ressens, je me relie, je m’exprime, je crée, je me déploie, je partage, je me transforme, je célèbre en chantant!

Et tout ce qui nous permet de nous connecter au vivant, d’exprimer le vivant, de devenir plus vivant, est sacré.

En résumé, chanter permet de :

  • entrer en contact avec le sentiment d’exister et de se sentir vivant;
  • exprimer son identité, sa créativité, ses émotions, sa puissance, sa tendresse;
  • se sentir en lien : avec soi, les autres, le grand Tout;
  • développer le sentiment de confiance en soi et de sa valeur;
  • vivre un sentiment de bien-être, de détente, de paix;
  • vivre un sentiment d’ouverture, de libération, de liberté;
  • augmenter sa qualité d’écoute et de présence;
  • ressentir du plaisir et de la joie;
  • stimuler sa vitalité;
  • respirer, se sentir vibrer;
  • savourer le partage, la communion, la célébration, la transcendance;
  • se transformer, guérir…

Pourquoi chantons-nous si peu?
Alors que chanter peut nous nourrir de tant de bienfaits, nous pouvons nous demander : Pourquoi chantons-nous si peu? Pourquoi l’expression chantée est-elle si emprisonnée? Parce que nous n’avons pas été bercés et nourris de chants, parce que nous n’avons pas été encouragés à explorer et à expérimenter librement et créativement avec notre voix chantée, parce que, par des propos rabaissants, nous avons été décou­ragés, réprimés, coupés, handi­capés de notre voix et de notre expression chantante.

Oui, comment pouvons-nous avoir envie de chanter si nous avons grandi dans un environnement familial ou social dans lequel personne ne chantait, dans lequel nous n’avons pas goûté le plaisir et les bienfaits de chanter? Comment pouvons-nous avoir envie de chanter si nous avons peu d’occasions de chanter, libérés de la pression de performance, pour le seul plaisir de chanter? Comment pouvons-nous avoir envie de chanter si le chant a été mis à l’extérieur de nous : d’un côté, les chanteurs sur scène, qui nous divertissent, et de l’autre côté, le public qui regarde et écoute? Comment pouvons-nous avoir envie de chanter si nous n’en avons jamais goûté le plaisir, si nous en avons perdu le goût à cause de commentaires négatifs à propos de notre voix, si nous avons peur de nous sentir vulnérables et de « ne pas savoir faire »? Comment pouvons-nous avoir envie de chanter si nous avons le cœur triste et que nous ne savons pas que chanter peut nous apporter un baume de réconfort et de joie au cœur? Comment pouvons-nous avoir envie de chanter si nous avons cessé de célébrer la Vie?

Dans de telles conditions de non-enchantement et de désenchantement, nous nous pensons incapables de chanter, ou nous avons peur de le faire, car chanter est une source d’angoisse, de souffrance, voire de traumatisme, ou nous y sommes indifférents parce que nous ne voyons pas ce que chanter peut nous apporter. Nous avons donc appris, pour la plupart très tôt, à taire le son de nos voix et de nos chants, et beaucoup de voix en voie d’épanouissement ont ainsi été cassées, handicapées ou rendues muettes.

Nous pouvons nous ré-en-chanter!
La capacité de chanter est en chacun de nous. Si nous pouvons parler, nous pouvons chanter.

Même si nous n’avons plus chanté depuis notre enfance, que nous pensions chanter faux ou ne pas être capables de chanter, nous pouvons faire refleurir notre capacité et notre joie naturelle de chanter et redécouvrir cet endroit en nous qui sait chanter et le remettre en mouvement. À cet endroit, il existe un chant profond, connecté à l’instinct. C’est le Chant de la Vie en nous.

Nous pouvons renouer avec notre instinct de chanter en simpli­fiant notre rapport avec le chant, en vivant moins d’enjeu et plus de jeu, en improvisant, en laissant jaillir de l’instant présent des chants spontanés, libres, intuitifs et en créant des espaces de soutien bienveillant et d’encouragement pour explorer notre voix et notre chant en toute sécurité et liberté…

Soyons des « résilients » du chant. Que chanter rime avec joie, liberté, créativité, reliance, partage et célébration de la Vie! Depuis la nuit des temps, les communautés se sont rassemblées autour d’un feu pour chanter et célébrer ce qui nous unit : la Vie! Mettons nos cœurs en voix, mettons nos cœurs en joie et réintroduisons le chant dans nos vies, nos maisons, nos villages, nos entreprises, nos prisons, nos hôpitaux, nos rues! Par nos Cercles de chant, contribuons au grand Cercle de la paix et au ré-enchantement du monde.

Mon invitation…
Mettez plus de chant dans votre vie et plus de vie dans votre chant.
Vous pouvez commencer dès maintenant, avec cet exercice qui invite à chanter un chant d’intimité pour soi-même : www.youtube.com/watch?v=SRLyuJDh-Oo (ou voir l’exercice sur la page d’accueil de mon site).
_______________
1Au Cœur du Chant : une voie pour nourrir son chemin existentiel, Éditions Le Souffle d’Or, mai 2015; distribué au Québec par Prologue.
2Cependant, c’est le processus créatif en lui-même, et pas nécessairement le résultat créé, qui nous fait nous sentir vivants.

Un face à face avec soi grâce à l’art-thérapie

Plus rien n’allait dans ma vie, et je cherchais une thérapeute ou un endroit qui me permettrait d’y voir clair, de me reprendre, de ressentir mes émotions à nouveau. J’avais besoin de communiquer ce qui m’arrivait sans nécessairement vouloir en parler. Je m’étais beaucoup refermée sur moi avec le temps. J’avais surtout besoin de toucher, de me laisser toucher, de vivre dans mon corps, d’accepter qui je suis et ce que j’ai vécu.

Oser aller dans un atelier d’art-thérapie
Quand je suis arrivée à l’atelier la première fois, j’ai été surprise. Je ne suis pas artiste et je n’ai jamais vraiment été attirée par les arts visuels. Pour tout dire, je n’ai pas de talent en art. Je suis venue parce qu’une amie m’avait parlé du bien que cela lui avait fait. Donc, je dis à l’art-thérapeute sur place que l’art ne m’intéresse pas, mais que j’ai besoin de me retrouver. Elle m’invite alors à prendre place et à choisir des images. J’accepte et commence un collage en ne sachant pas trop ce que cela me donne. Une fois le collage terminé, l’art-thérapeute et moi regardons les images et en parlons. C’est alors que je commence à comprendre ce que cela peut m’apporter. Je m’aperçois que chaque image parle de moi, de mon expérience, de mes goûts, de mes difficultés,­ de mon manque de confiance. Nous terminons la rencontre sur une note positive, et je retrouve enfin un peu d’espoir; je me dis que, finalement, j’arriverai à me sortir de cette mauvaise passe grâce à son aide.

À la séance suivante, je me lance dans une peinture à grands traits sur une grande feuille; tout mon corps est impliqué. L’art-thérapeute me guide et, alors, je commence à me sentir libre. Je peux être moi-même, me retrouver, vivre les émotions que je camouflais de peur de ne pas être assez bien. Je me laisse aller à pleurer, à exprimer ma rage et mon mal-être. Séance après séance, je découvre les pouvoirs de l’argile, du dessin, du pastel, de tous les médiums artistiques qui, dans le contexte de l’art-thérapie, m’aident à me découvrir, à retrouver le plaisir que j’avais depuis longtemps oublié et à prendre cons­cience de ma place dans la vie. Parfois, la séance est difficile parce que j’exprime des histoires douloureuses. Sur le coup, je trouve cela pénible et ne comprends pas ce que cette souffrance retrouvée m’apporte, mais par la suite, je ressens une grande libération, plus d’ouverture et de plaisir dans ma vie de tous les jours. Je vous ai raconté cette histoire qui n’est pas la mienne, mais qui aurait pu l’être. Je vous ai fait part, en gros, ce que mes clientes me disent à la fin d’un processus thérapeutique. C’est très spécial un processus en art-thérapie, et je vous le recommande si vous en ressentez le besoin. En fait, l’art-thérapie est pour toute personne qui cherche à mieux se connaître et à se sentir bien dans la vie.

Ce qui m’a amenée à devenir art-thérapeute, c’est un grand malaise dans ma vie. J’aimais beaucoup les arts et la psychologie. J’ai enseigné à des enfants qui rencontraient des difficultés, et les dessins qu’ils créaient me faisaient me questionner. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’ils vivaient et j’étais tellement habitée par leur mal-être que je me suis épuisée. C’est cela qui m’a amenée à faire des études en art-thérapie. J’ai alors découvert que l’art est un langage puissant qui nous donne accès à des parties de nous que nous refusons de voir ou qui restent dans l’inconscient et nous nuisent. Ce n’est pas seulement l’image qui est importante, mais tout son processus de fabrication, les gestes posés, l’intensité à travailler avec les médiums, les échanges entre celle ou celui qui consulte et l’art-thérapeute. Tout ce procédé fait en sorte qu’en bout de ligne, on se sent mieux, plus vivant, plus humain. Mon propre processus m’a amenée à faire des liens avec le passé, à donner plus de cohérence à ma vie. Moi qui enseignais aux tout-petits, me voilà maintenant professeure en art-thérapie. L’art-thérapie a vraiment transformé ma vie et, dès les premiers cours suivis, j’ai pu me rendre compte que je changeais. Je retrouvais ma joie de vivre, je redevenais passionnée. Plutôt que de voir le côté négatif des événements, je les transformais en positif par la couleur, la ligne ou la forme. J’aurais beau en parler longuement, il n’y a rien de mieux que de tenter l’expérience. Alors, je vous invite à vous inscrire­ à un atelier d’art-thérapie dès mainte­nant­ et à y découvrir tout ce que cela peut vous apporter.

L’art-thérapie est une profession qui s’est développée à partir des années 1940 aux États-Unis et en Europe.

L’art-thérapeute doit avoir fait des études dans le domaine, au moins au niveau de la maîtrise. C’est l’Association des art-thérapeutes du Québec (AATQ) qui régit la profession. Alors, si l’art-thérapeute que vous consultez en fait partie, vous savez qu’elle a développé les compétences nécessaires.

La gratitude

Lorsqu’on m’a demandé si ça m’intéressait d’écrire un article sur la gratitude, j’ai accepté spontanément en y voyant la synchronicité à l’œuvre. En effet, j’ai eu à réfléchir sur ce sujet au cours des derniers mois, depuis qu’on a diagnostiqué un cancer chez mon conjoint. Cette nouvelle nous a fait passer par toute la gamme des émotions! Heureusement, il a eu la chance d’être opéré rapidement et de guérir. Soulagement et gratitude! Merci la vie!

Pour approfondir ma réflexion sur le thème de la gratitude, j’ai consulté quelques auteurs afin de trouver des réponses à mes questions et de vous en faire part. Qu’est-ce qu’on entend par « gratitude »? Quels sont les bienfaits de ce sentiment dans notre vie? Est-ce facile de « pratiquer la gratitude »? Comment peut-on cultiver cette attitude au quotidien?

On peut définir la gratitude comme un sentiment d’appréciation apparenté­ à la reconnaissance, à la joie et au bonheur. C’est un état de bien-être émotionnel dans lequel on savoure pleinement le moment présent. C’est remercier la vie d’être en santé, d’avoir des amis, d’être entouré de gens qu’on aime, d’avoir un travail, d’avoir accès à la scolarité, d’avoir un toit, de la nourriture et la chance de vivre dans un pays où il n’y a pas de guerre. Sans compter toutes les beautés de la nature qui sont source d’émerveillement en toute saison, toutes ces choses que l’on prend souvent pour acquises et allant de soi.

Prendre le temps de ressentir de la gratitude procure de nombreux bienfaits. Rosette Poletti1 cite une recherche démontrant que les gens ayant une attitude de gratitude ont plus d’énergie, plus d’enthousiasme, s’intéressent plus à ce qui les entoure,­ sont plus créatifs, plus joyeux, plus ouverts aux idées des autres, ont une meilleure résilience et ont de meilleures défenses immunitaires. Pourquoi passe-t-on si souvent à côté de belles occasions de ressentir un état de sérénité et de gratitude? Madame Poletti attire notre attention sur trois obstacles susceptibles de bloquer la route à cet état de bien-être émotionnel. D’abord, notre esprit a tendance à voir ce qui ne va pas plutôt que ce qui va bien dans notre vie. Et, nous avons aussi tendance à faire porter notre attention sur ce que nous n’avons pas plutôt que sur ce que nous avons à portée de main. En deuxième lieu, nous avons tendance à vivre dans le passé ou le futur. Lorsqu’on regarde le futur, on imagine facilement des scénarios catastrophiques basés sur nos peurs et, quand on vit dans le passé, on perd beaucoup de temps et d’énergie dans le ressentiment et les regrets. Dans ces conditions, il s’avère­ difficile de savourer le moment­ présent. Le troisième obstacle est relié à nos habitudes émotionnelles. Quelle est l’émotion qui vous est la plus familière? La joie, la peur, la colère, la tristesse? Les recherches ont démontré que « chaque émotion a son propre circuit hormonal dans le cerveau et que plus on vit souvent une émotion, plus son circuit se renforce et plus on y accède rapidement. C’est un chemin balisé qu’on connaît bien ».2  La bonne nouvelle, c’est que nous avons le pouvoir de choisir le sillon que nous voulons creuser. Et pourquoi ne pas se faire du bien en choisissant les sillons de la sérénité et de la gratitude?

On n’a rien à perdre et on a tout à gagner à devenir de plus en plus cons­cient des bienfaits de la gratitude. Un truc pour faciliter cet apprentissage est la création d’un Journal de gratitude dans lequel on prend le temps de consigner trois choses que l’on a appréciées au cours de la journée. Et dire simplement Merci (à la Vie, à Dieu, à l’Univers, peu importe)! Ce qui compte, c’est cet élan du cœur qui nous met en harmonie avec nous-mêmes et avec l’énergie de la vie.

Ma guérison (témoignage)

Passer par le corps pour guérir l’âme

Sixième d’une famille de douze enfants, je n’ai pas eu droit aux attentions parentales… comme tous les autres. À neuf ans, à la suite d’un accident, j’ai été expédié deux fois à l’hôpital, les yeux bandés, sans explications, sommé de res­pec­ter la règle du « Tais-toi et souffre en silence ». Pas de caresses ni de réconfort au retour. Grand-maman m’a montré comment manipuler mon œil arti­ficiel, car maman refusait de me toucher.

À douze ans, mes parents m’envoient dans un collège privé tenu par des frères pour poursuivre mes études. Dès la première entrevue, le frère directeur a voulu voir mon prépuce et ce qu’il y avait dessous. Pendant deux ans, j’ai pu échapper aux prédateurs sexuels en fuyant constamment, mais ce ne fut pas possible au cours des deux années sub­sé­quentes­ durant lesquelles un autre frère direc­­teur, d’un autre collège, s’assoyait sur le bord de mon lit, passait sa main sous les couvertures pour me tripoter. C’est à ce moment que j’ai appris « à faire le mort », à ne manifester aucun sentiment, aucune émotion, car beaucoup de prédateurs délaissent leurs proies quand elles sont mortes.

C’est au cours de ces deux années que j’ai appris à contrôler mes émotions, ma douleur, mes réactions physiques et émotives, jusqu’à devenir hyper-contrôlant de moi-même, dans tous les aspects de ma vie, sans même m’en rendre compte.

La pédophilie laisse des traces indélébiles marquées au fer rouge. Même si on ne veut pas regarder les plaies, on est forcé d’en sentir la chair brûlée.

L’an dernier, je suis ressorti de l’urgence avec un cancer de la prostate et de nombreuses métas­tases osseuses. Le Lupron m’a rendu impuissant, sans sperme, sans testostérone, sans libido, sans mes repères masculins habituels, avec des idées suicidaires, de l’ostéoporose grandissante et une multitude d’effets secondaires féminisants dégoûtants.

Après deux mois de dépression profonde, j’ai consulté une psychologue qui m’aide à m’en sortir. Je la rencontre aux deux semaines depuis huit mois. Une sexologue me soutient aussi pour gérer ma sexualité complètement détraquée.

Depuis l’automne dernier, je m’ouvre à mes filles et à mes proches. Il m’aura fallu 55 années pour me libérer de la pédophilie. Ce tripotage sexuel de mon adolescence me restait collé au fond de l’âme comme une croûte brûlée s’incruste au fond de la poêle sans décoller.

Il y a deux mois, sur un coup de tête, j’ai appelé une massothérapeute pour lui expliquer « mon cas ». Je ne voulais pas être massé pour soulager un muscle endolori ou une articula­tion coincée, mais pour qu’elle passe­ par mon corps pour rejoindre mon âme. C’est en me pressant très vigoureusement le dos, en me compressant comme un gros tube pour en faire ressortir la pâte malsaine, qu’elle a fait sortir de ma psyché les gestes pédophiles de mon adolescence. Depuis longtemps, j’étais convaincu que seuls des touchers sains pouvaient neutraliser, voire effacer, définitivement le souvenir de touchers malsains.

Soudain, le petit garçon devenu borgne n’était plus abandonné et rejeté. On l’accueillait en petit héros avec son œil de pirate, enlacé par les bras de sa maman en pleurant de joie, les cheveux brossés par la main de son papa. Et encore plus loin, j’étais devenu un gros bébé naissant. Pas seul dans son berceau, mais soulevé par des mains « maternantes », réchauffé par la chaleur d’un sein, bercé par le rythme d’un cœur, ébahi par le sourire d’une maman et embrassé comme seules les mères savent le faire.

L’automne dernier, à 67 ans, pour la première fois de ma vie, j’ai enserré vigoureusement dans mes bras quel­ques­-uns de mes frères. J’ai même osé leur dire « Je t’aime ». Des gestes impossibles à poser, et une attitude impensable à imaginer, il y a de cela à peine un an. Aujourd’hui, « ici et maintenant », j’erre à la recherche d’une nouvelle compagne de vie. Je veux être son Loup dans la fourrure duquel elle pourra se lover. J’espère découvrir une autre Petite Rudbeckie dont je m’enivrerai du parfum et caresserai les pétales.
LL

La caresse : la clé du succès amoureux

Bien qu’essentiel à l’épanouissement de l’être humain, le toucher demeure souvent perçu comme étant associé à la sexualité ou plutôt à la relation­ sexuelle. Je constate souvent la problématique de couples qui ont une difficulté à dissocier le toucher de la sexualité. En se touchant, on suppose qu’une relation sexuelle s’ensuivra. On se prive donc des bénéfices de la caresse si on n’a pas envie de faire l’amour.

Le toucher s’avère très stimulant sur le plan affectif. Avant même la naissance, c’est la première capacité sensorielle du fœtus. Après la naissance, le toucher assure non seulement la sécurité physique de bébé, mais il développe le sentiment de sécurité affective et, surtout, l’attachement. En clinique, les gens qui souffrent de problèmes d’intimité amoureuse ont souvent été privés d’affection dans leur enfance. Aussi, puisque les caresses renforcent l’estime de soi chez les enfants, ceux qui ont été peu cajolés souffrent davantage d’immaturité affective, causant ainsi des difficultés conjugales et sexuelles.

Chaque être humain a des besoins affectifs fondamentaux : se sentir désiré, écouté, compris, considéré, reconnu, soutenu, etc. Si le toucher est si important en bas âge, c’est qu’il assure l’assouvissement de ces besoins. Il permet fondamen­talement de se sentir aimé et sécurisé. Une fois adulte, ces mêmes besoins sont tout aussi présents et nécessitent d’être comblés. Cela dit, si, dans un couple, les individus ne se touchent plus, ils peuvent ne plus se sentir aimés.

L’expression « faire l’amour » suppose l’harmonie de deux corps qui s’offrent une connexion tant charnelle­ qu’émotionnelle. Le tou­cher est directement lié à ces deux dimensions. Il fait d’abord appel au plaisir physique en ce qui concerne la peau, l’organe des sens. Le toucher permet également une expérience émotionnelle qui se vit au travers de l’érotisme.

Maintenant, que s’est-il passé au sein du couple en difficulté qui ne se touche plus? Premièrement, il peut exister une mauvaise gestion émotion­nelle engendrée par des exigences élevées. On appelle cette pression interne anxiété de performance. Il s’agit du stress ressenti à la suite d’un sentiment de culpabilité. Ce qui amène la personne à fuir l’intimité pour ne pas avoir à gérer cette angoisse. Aussi, l’accumulation de stress quotidien, s’il n’est pas évacué sainement, empêche la personne d’être disponible émotionnellement pour l’autre et, donc, de le toucher avec une intention d’amour.

Deuxièmement, la passion qu’on retrouvait au début de la relation conjugale peut avoir fait place à autre chose. La sensualité, la tendresse et les caresses ont été mises de côté, par manque de temps. Être pré­occupé par les tâches ménagères, le travail ou les enfants, c’est « anti-érotique ». J’entends les gens souffrir d’un mode de vie effréné, qui entraîne une baisse de libido, mais également une perte de motivation à aller vers l’autre par la tendresse.

Enfin, si une mauvaise « hygiène émotionnelle » s’avère la cause principale de la disparition des caresses, la solution sera de prendre une « douche émotionnelle » quotidienne. À chacun sa façon d’éliminer les tensions de la journée, comme faire de l’exercice, prendre un bain ou méditer. D’ailleurs, il faut noter que le toucher fait partie de cette solution, car la caresse produit de la dopamine favorisant la bonne humeur. La dopamine atténue également la dépression, diminuant même le stress et l’anxiété. Une fois détendue, la personne devient ainsi réceptive à la rencontre sensuelle et sexuelle.

Quant au manque de temps, la solution pourrait être de réserver de « l’espace-temps » au quotidien pour permettre au couple de se retrouver. Nul besoin d’avoir un bloc de trois heures devant soi, une caresse prend une minute. Il se peut également que, si le toucher a disparu, c’est parce que l’amour s’est tout simplement éteint. Il peut donc être recommandé de consulter un professionnel tel qu’un(e) sexologue pour accompa­gner le couple dans la compréhension et la gestion de cette situation.