Silence… on médite!

« Je consens et j’accepte de ne rien faire sauf de me concentrer sur mon être, mon corps, mon mental, ma respiration. Je suis consciente qu’il n’y a aucun but, aucun résultat à atteindre, mais seulement le chemin et l’intention pure de me concentrer sur moi-même sans aucune distraction. »

Ceci a été ma déclaration que j’ai écrite dans mon journal à l’aube de mon expérience de méditation silencieuse d’une durée de dix jours dans un centre situé au cœur de la nature au nord de la Californie. Un lieu propice à une telle pratique, là où, je savais, évidemment, qu’aucune parole n’était permise ni exercice quelconque ni même le yoga, aucune écriture ni lecture et aucun contact des yeux avec d’autres participants n’était toléré. L’élément que j’appréhendais le plus était qu’au souper des fruits seulement y étaient servis.

J’étais prête mentalement à vivre ce périple à l’intérieur de moi-même afin d’expérimenter ce que « je suis » vraiment sans l’influence de toutes les distractions que peut offrir notre environnement ou nos activités. J’entrevoyais par cet isolement une capacité à mieux ressentir ce qui fonctionne pour moi ou non, de façon à faire des choix plus conscients et plus directs vers ma réalisation et le bonheur.

Mais qu’est-ce qui a bien pu me pousser à aller faire une telle expérience me diriez-vous?

Ce qui m’a d’abord invitée fut la lecture de « The Art of Living » par William Hart et S.N. Goenka, (traduction française : L’Art de Vivre), qui m’a été prêté par une amie dans des circonstances inoubliables sur la Grande Île d’Hawaii. J’avoue que je ne trouvais pas particulièrement attirant ce livre tout bleu pas très épais avec une roue comme illustration. Ah là, tout le sens de ne pas juger son livre par sa couverture! Je le lu entièrement, et j’ignorais encore, à ce moment-là, qu’il aurait un aussi grand impact sur ma vie. Et comme il est expliqué dans le livre, la méditation est comme tout autre chose de la vie et comme par exemple, la natation, on peut savoir tous les bienfaits, les différentes techniques pratiquées, tout savoir sur le sport en question en lisant des textes, mais en ne sautant jamais à l’eau, il nous sera impossible d’apprendre à nager.

Alors, j’ai plongé et j’ai décidé d’aller faire un cours d’introduction de méditation. Le premier cours est obligatoirement d’une durée de dix jours, le temps nécessaire pour intégrer la technique. Il comporte des règles précises à suivre dont un code de discipline et il est entièrement gratuit. En fait, l’organisation dans laquelle je me suis inscrite est basée sur le principe « payer pour le suivant ». Un ancien étudiant a déjà déboursé, selon son budget et son appréciation pour qu’un nouvel étudiant puisse suivre le cours sans frais.

Ce qui m’a vraiment poussée à y aller, c’est de voir à travers cette opportunité d’investissement de temps en moi-même de pouvoir modifier mon approche à la vie. Évidemment, je ne savais pas trop à quoi m’attendre ou ce que j’allais y découvrir, mais je savais que les résultats ne pouvaient qu’être positifs. Le moment était des plus propices, car j’envisageais de me reconstruire une nouvelle vie, il fallait bien, car celle que j’avais mise tellement d’efforts à mettre en place avait éclatée plus de dix-huit mois auparavant. Une tournure d’événements digne d’une nouvelle littéraire, mais au lieu d’une fin d’histoire, il fallait continuer à vivre. Je remettais tout en question, chaque geste, je recherchais inévitablement un sens à ma vie et surtout une nouvelle façon de l’aborder comme si je cherchais à mettre fin à cette démarche sur des œufs écrabouillés. Je m’étais retrouvée à Hawaii, un voyage improvisé qui jour après jour s’est avéré d’une période de neuf mois. Le temps d’une gestation. Avant mon départ, un jour, quelqu’un m’a dit que c’est un lieu où les guérisseurs vont pour se guérir, un site sacré de recyclage d’âme, un terrain de pratique de vie, c’est rassurant de rencontrer d’autres âmes abîmées! Néanmoins, ce périple de méditation devenait une étape importante pour ma libération avant que je retourne à ma résidence principale pour tout vendre, me libérer d’ancrage du passé pour ensuite m’aventurer vers une toute nouvelle vie.

Qu’est-ce la technique dite « Vipassana »?
Vipassana signifie voir les choses comme elles le sont vraiment. C’est une des techniques de méditation les plus anciennes de l’Inde, visant la transformation par l’observateur en soi. Elle comporte une approche très directe et simple se basant sur la loi de la nature en observant les sensations du corps, l’observation de l’impermanence. Elle focuse sur la profonde interconnection entre le mental et le corps, ce qui s’expérimente directement par une attention disciplinée des sensations physiques qui sont formées dans le corps et qui s’interconnectent continuellement par les conditions de vie du mental. En devenant de plus en plus habile avec cette technique, le plus rapidement quelqu’un va se sortir de la négativité. Graduellement, le mental devient libre des défilements, il devient pur. Un mental pur est toujours plein d’amour, d’amour inconditionnel pour les autres, rempli de compassion pour ceux qui souffrent et demeure équanime devant toute situation. Le fait qu’elle ne comporte aucune visualisation et imagination et qu’elle ne préconise aucune religion ont été les éléments déterminants à ma décision de poursuivre cette méthode.

Quels genres d’expériences peut-on s’attendre à vivre?
Il y a autant d’expériences différentes qu’il y a de personnes, puisque nous vivons notre réalité chacun à notre façon. Dans mon expérience, j’ai eu l’impression d’être nez à nez avec l’anxiété. J’étais étonnée de prendre conscience qu’après deux ou trois jours seulement, je comptais le nombre de jours restant avant la fin du séjour. J’avais pourtant délicatement choisi de vivre cette expérience de dix jours. Et comme nous vivons chaque moment de la façon dont nous vivons notre vie, je me suis aperçue en jetant un coup d’œil vers le passé, que c’est aussi la façon que j’avais abordé mes études, en prenant le plus grand nombre de cours possibles, pour en finir au plus vite, donc, à peine commencé, déjà le sentiment anxieux d’avoir terminé. Je me suis dit que c’est probablement avec la même attitude que je vivais ma vie. Quelle belle réalisation ce fut! Croyez-vous que je sois la seule à vivre ainsi? Si ce séjour ne m’avait qu’apporté cette prise de conscience, ce serait déjà très gagnant. Nombreuses sont les découvertes sur nos états d’âme lorsqu’on n’y met toute notre attention.

Évidemment, il y a des périodes éprouvantes comme se sortir du lit et piétiner sur la rosée fraîche guidée de la lampe de poche pour se rendre à la salle de méditation pour 4 h 30 du matin. Toutefois, ces moments s’apprivoisent et deviennent des occasions d’émerveillement devant la beauté de la nature et les possibilités infinies que nous offre cette aventure. Aussi, il y a ces énormes bols remplis de fruits à l’heure du souper qui reçoivent des regards un peu perplexes. Cependant, il est intéressant de constater la différence de la qualité du sommeil et de la facilité du réveil lorsque nous mangeons plus légèrement le soir, à moins de ne pas manger assez et qu’on ne puisse s’endormir! Aussi, en soirée, il y a un visionnement audiovisuel qui est présenté en guise d’accompagnement dans la démarche.

J’ai réussi à compléter le programme de dix jours et j’ai trouvé une façon d’apprécier le moment présent. J’ai eu le temps de replacer des moments de ma vie et de comprendre que mes efforts à préserver l’amour, le confort, la sécurité n’a rien à voir avec l’évolution d’une situation. Le dernier jour, j’ai ressenti de la tristesse, et même une certaine crainte, en quittant l’endroit le plus paisible au monde pour revenir dans le « vrai » monde, jusqu’à moment où j’ai réalisé que cet endroit fait partie de ma personne et que je peux y accéder à n’importe quel moment.

Le retour à l’usage de la parole après une telle période de silence est une expérience qu’il faut vivre pour comprendre. À la fin, les sourires accrochés, les yeux pétillants, le teint resplendissant, les initiés respirent le bien-être et la légèreté. La vibration de la joie et de l’amour est palpable. C’est normal puisqu’on s’est offert un tellement beau cadeau, celui d’avoir su mettre absolument tout de côté pour s’être donné enfin l’occasion de vivre pleinement sa rencontre avec soi-même. Une transformation irréversiblement positive, en plus de ramener à la maison une technique de méditation intégrée.

Je me sens privilégiée d’avoir eu la chance de rencontrer il y a maintenant six ans, cette technique de méditation sur mon parcours. Depuis, je continue à pratiquer la méditation régulièrement et je me devais de partager cette expérience avec vous.

Photo 101 : Se permettre du noir et blanc

Nous nous souviendrons du temps gris et des pluies abondantes du printemps 2011. C’était parfois difficile pour le moral. Je me suis même aperçu que la température m’affectait. Période d’ermitage, d’isolement. Petite déprime. Manque de motivation. Et comme je clique à tous les jours de l’année en participant au Défi photo 365, les changements d’humeur sont « visuels » et bien perceptibles. Consciente de tout cela, tout en ayant confiance que le soleil allait bientôt revenir, je me suis amusée à trouver des symboliques photographiques. Période sombre, période de lumière. Explorons.

Univers gris

L’intérieur peint de pluie et de gris, mon œil n’avait plus envie de regarder la vie en couleur. Il ne la voyait plus en fait. Comme si mon cœur et mon doigt, normalement alignés, eux qui appuient sur le déclencheur de mon appareil, s’étaient éteints. Panne de courant. Tout était désaturé. C’est au jour 153 du Défi que j’ai décidé d’explorer visuellement ce que je vivais depuis quelques semaines. Ici, des fleurs, du muguet. Petites clochettes blanches, tiges et feuilles très vertes… Et si je les montrais en noir et blanc? Ce serait inattendu! Désaturées, transformées, question de refléter mon état. Une nouvelle expérience sensorielle? On perd certains sens, on ne les voit plus d’un même œil. Ici, on a presque l’impression qu’elles sentent moins bon. Leur parfum de miel s’est un peu dissipé. Leur douceur s’est durcie. Est-ce une illusion ou le ressentez-vous aussi? En noir et blanc, je regarde les courbes, la grâce. Les tiges alignées. L’unité. La cohésion du groupe. La douceur dans l’essence. Du muguet, oui, même en noir et blanc, pourquoi pas! L’idée symbolique d’associer le noir et blanc à une période plus sombre de sa vie.

L’obscurité aspire ou inspire?

On m’a dit que ce côté mélancolique et blasé, que l’on associe souvent aux artistes, est très « occidental », que c’est en quelque sorte « bon » ou « accepté » par la société que les artistes soient déprimés, qu’ils aient du vague à l’âme. « Les artistes eux, ils ont le droit. » Alors qu’en Orient, si j’ai bien compris, les peintres ou autres artistes seraient encouragés à présenter des œuvres réalisées dans un état d’esprit serein, méditatif et empreint de joie. Je ne connais pas la source de cette idéologie, alors je peux me tromper, mais ce concept est tout de même intéressant. On s’entend que du Baudelaire ou de la musique « country », ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus joyeux, ça peut être triste, dramatique, agonisant! On aime ou on déteste, mais c’est tout de même de l’art! Donc le fait de puiser dans la noirceur de notre être a toute une puissance d’innovation, une raison. C’est fascinant.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus en création? Les moments joyeux ou les peines d’amour? Les regards d’enfants ou la sécheresse? Les mariages heureux ou le documentaire désolant? Peu importe. Vous avez raison. Affirmez-vous. La photographie est un médium d’expression exceptionnel qui nous permet de démontrer toutes ces facettes de la vie. Nos choix de scènes ne sont qu’un reflet de ce qui se passe à l’intérieur de nous ou de ce que nous cherchons à éviter à tout prix. Si je crois que la dépression est « mauvaise » en soi, je chercherai à montrer des scènes joyeuses dans mes photos. Si je crois que les scènes de bonheur extrême sont fausses, je me dirigerai vers le documentaire réaliste. Si je ne suis pas confortable avec mes propres émotions, j’irai peut-être explorer des sujets plus cérébraux. Ces exemples sont des extrêmes, mais l’idée est là. Qui suis-je comme photographe? Quel est l’état d’âme que je décide d’afficher? Apprendre à se connaître par les scènes que l’on se permet de prendre en photo. Le Défi 365 me fait réaliser que j’évite un bon nombre de sujets, je reste le plus souvent dans un connu confortable. Le beau, le gentil, le mignon… Mais si on est déprimé, il y a ce conflit intérieur qui n’a plus envie de montrer tout ce qui est positif tandis que d’autres, à l’inverse, se poussent à l’extrême pour y arriver quand même. Quel est votre mécanisme face à la noirceur et au manque d’inspiration? Et quand pour une raison ou une autre, les choses changent, le goût à la vie revient, que se passe-t-il…?

Et quand la couleur revient

Ah! Les étoiles dans les yeux sont revenues? Lumières de Noël! Bonbons! Sourires d’enfants! Champs de lavande! Chiots dans un panier! Bonjour!

Quand le soleil est revenu, à l’extérieur comme à l’intérieur, quel soulagement. Je n’avais plus assez de secondes dans une journée pour tout montrer ce que je voulais montrer!! Mes photos et mes textes reprenaient vie, enfin. Trop de choses, mes yeux étaient excités, stimulés, les couleurs soudainement tellement plus vives! Puis, je me suis souvenue de mon épisode d’obscurité. Avec du recul. J’ai eu de la gratitude. Mes yeux s’étaient reconnectés à mon cœur, puis à mon doigt qui clique, mais je pouvais maintenant comparer deux états, celui d’ombre, celui de lumière. Je pouvais maintenant apprécier.

« La nuit n’est qu’une partie du jour. » Traduction libre – Paulo Coelho

Pourquoi je vous dis tout ça? Je n’ai rien inventé avec ce concept, mais le message que j’ai envie de passer, est d’embrasser à part entière la personne que nous sommes. Avec nos hauts et nos bas. C’est le Yin et le Yang. Si tu ne connais pas la nuit, tu ne connais pas le jour. Le blanc existe par le noir. Le bon existe par le mal. Ce ne sont que des états de passage. Puis pourquoi ne pas explorer notre médium photo à travers toutes ces phases humaines et émotives.  Ça peut être tellement riche. Thérapeutique ! S’efforcer de prendre en photo ce que nous n’aimons pas voir. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Il s’agit d’être conscient de ce que nous vivons, et d’apprécier où nous sommes dans notre démarche personnelle. Déprimé ou pas.

Et si notre propre noirceur était présente pour nous amener à mieux apprécier la lumière quand elle revient? Et si notre noirceur était une source incroyable de créativité et d’exploration? …Plusieurs gens s’interdisent de vivre de la noirceur, la nient, la repoussent, et surtout ils s’interdisent d’en parler aux autres de peur d’être jugés. Elle fait peur, c’est une mal aimée de notre société, mais elle est importante. Selon moi, la noirceur est un dénominateur commun chez les gens, elle nous rassemble. Elle est. Elle est là. Elle est là pour nous rappeler comment la vie est belle. Pour nous rappeler comment la vie, en couleur ou en noir et blanc, a de multiples facettes, ni meilleures, ni bonnes ou mauvaises. Pour voir ces facettes, nous devons avoir confiance!

« Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont. Nous les voyons telles que nous sommes. » Traduction libre – The Green Children

Avoir confiance

Marcher dans le noir n’est pas agréable, mais il faut avoir confiance. Dans la seconde qui passe, je vois noir, mais j’ai la certitude que dans un futur rapproché, je verrai la couleur ou la lumière. Croire. S’autoriser. Se donner le droit. Se donner le droit de voir en noir et blanc de temps en temps. Être humain, dans toute sa splendeur, sa folie, son absurdité, sa confusion, son bien et son mal-être, c’est ça la vie! Remercier nos périodes d’ombre, pour mieux apprécier la couleur quand elle revient. Se permettre du noir et blanc…tout simplement!

Je vous souhaite un très bel été.

Pour se sortir du paradoxe de l’autonomie amoureuse

Quand on pense qu’en moyenne un couple sur deux se termine par une rupture, il y a fort à croire que les couples aujourd’hui vivent des enjeux plus que jamais sérieux.

Pour certains, la relation de couple est une source de confusion, de détresse. Parfois, les gens croient qu’ils doivent être heureux, comme si le bonheur leur était dû. Et ils attendent de leur partenaire qu’il leur apporte ce fameux bonheur sur un plateau d’argent… Si tel n’est pas le cas, que ce bonheur, ou leurs attentes, ne leur vient pas entre les mains, ils partent à la conquête, espérant le retrouver ailleurs… ou encore, on se laisse noyer par les blessures émotionnelles, les désillusions de la vie à deux et les silences.

L’isolement est un des enjeux majeurs pour les couples qui désirent une relation durable et favorisant la croissance des partenaires. En fait, l’isolement a fait un grand bond dans les mentalités des gens. On est loin des cultures familiales où les gens vivaient dans une grande famille et où la communauté était importante. Cette culture familiale permettait aux gens de développer un sentiment de confort et de sécurité, d’ouverture et de rapprochement puisque les gens étaient entourés d’un réseau de personnes en qui ils avaient confiance pour partager leurs joies et leurs difficultés. Cette culture s’étant effritée, il n’en demeure pas moins que l’attitude d’ouverture et de rapprochement et ces sentiments de confort et de sécurité sont importants pour la survie des couples. Les partenaires qui désirent un équilibre dans leur couple, mais qui, pour une raison ou une autre, sont confrontés à l’isolement, sont en quête de sécurité, de confort, d’ouverture et de rapprochement.

Un autre enjeu majeur pour les couples s’inscrit dans la recherche de l’autonomie. L’aspect déroutant associé à la culture actuelle des couples se retrouve dans l’intention de se rapprocher de ses désirs individuels, de son bonheur individuel et de son autonomie personnelle. Conscient de la fragilité du lien conjugal, on se méfie des liens trop attachants, et on se protège des blessures amoureuses. Pour ces raisons, on veut « choisir » le ou la partenaire qui nous permettra d’atteindre nos objectifs personnels, lesquels sont prioritaires à la vie à deux. On se soucie de sa propre autonomie et on tente de préserver l’autonomie de l’autre. On développe l’art de vivre « en parallèle » et sans savoir pourquoi, on finit par se sentir seul… même ensemble.

L’aspect déroutant pour les couples et qui conduit les partenaires dans la confusion et la détresse tient du fait que les couples vivent suivant le paradoxe : « Comment devenir autonomes ensembles? ». En cherchant à développer son autonomie personnelle, les partenaires finissent par s’isoler l’un de l’autre et n’arrivent plus à situer le besoin d’intimité du couple.

Malheureusement, le paradoxe dans lequel les couples sont plongés évoque un tiraillement entre soi et l’autre. Comment peut-on nourrir une relation durable et gratifiante lorsqu’on recherche l’autonomie et par conséquent, que l’on tend vers l’isolement? Ainsi, en parlant plutôt de besoins d’intimité relationnelle et de besoins d’intimité personnelle (plutôt que d’autonomie), les partenaires auront tendance à rester connectés à la vision du couple qui relie les trois entités : le soi, l’autre et la relation.

Le besoin d’intimité relationnelle (l’intimité dont il est souvent question dans les couples) rappelle les divers besoins de rapprochement, d’ouverture et de se sentir connecté à une autre personne (intimité physique, relationnelle, émotionnelle, sexuelle). Le besoin d’intimité personnelle, quant à lui, rappelle les divers besoins de l’estime de soi, de la connaissance de soi. Chaque partenaire prend conscience de ses émotions, des émotions de l’autre et devient responsable de respecter sa disponibilité et son ouverture à l’autre.

Le besoin d’intimité personnelle crée davantage l’ouverture à l’actualisation de soi (désirs, rôles, valeurs, etc.) contrairement au concept d’autonomie, qui suscite une « coupure ». Devenir autonome, c’est chercher à fonctionner ou à évoluer indépendamment de l’autre, ce qui conduit directement l’individu dans le tourbillon de l’isolement. « On vit ensemble, mais on se sent seul… » Les individus sont appelés à se différencier de leurs parents, à développer leur autonomie dans les divers apprentissages de la vie. Pour une relation de couple gratifiante, l’individu est appelé à se connaître, à croître et à s’ouvrir à l’autre, dans un espace sécurisant et propice au partage.

Pour une relation de couple durable et gratifiante, la recherche de l’équilibre entre l’intimité relationnelle et l’intimité personnelle est indispensable. C’est faire de sa relation un lieu sûr, sécurisant, créer une ouverture facilitant la décision de s’engager, de croître, de se réaliser dans ses rôles, ses désirs, ses valeurs… en présence de l’autre.

Le tour du monde pour les enfants différents

Je me souviens du jour où l’on m’avait fait lire le poème « Bienvenue en Hollande », cette métaphore qui m’avait tant fait pleurer.  Mon projet de voyage dans la maternité serait à tout jamais différent de bien des parents.  Les mots autisme, déficience intellectuelle, dysphasie, dyspraxie résonnaient en moi.  Le deuil de l’enfant parfait avait creusé en moi un puits de tristesse, c’était devenu ma réalité et ce n’est que dans les yeux lumineux et joyeux de ma petite que j’ai trouvé la force de continuer de croire en un potentiel encore méconnu, mal exploité, mal compris et mal aimé.

Cette préparation à un voyage authentique, mémorable et chaotique m’aura ouvert aux plus grandes possibilités : affronter mes peurs, mes impuissances, les regards méprisants des gens et surtout la peine de n’avoir pas toujours été aussi forte que je l’avais imaginé.  Ce voyage m’aura fait découvrir des endroits inexplorés.  Les plus beaux moments de vie en compagnie des enfants différents.  Même à en trouver une mission de vie.  Et maintenant, mon expérience me permet de voyager à travers le monde et de partager mes écrits, mes inspirations, mes sentiments, mes espoirs et tout l’Amour que comporte l’éducation des enfants et surtout des enfants différents.  Ces voyages me permettent de vivre des moments magiques et enfin j’ai transformé mon isolement, mes peurs et mes moments de découragement en expériences d’une profondeur incommensurable.

Je vis enfin la MISSION de ma vie.  Celle que j’ai découverte dans les moments de tristesse, de deuil, de découragement et de désespoir d’avoir une enfant différente.  Mais grâce à elle, après 13 ans à l’aimer et à tenter de comprendre comment l’éduquer, j’ai compris que la meilleure recette c’était de l’AIMER.  Cette mission de vie, je l’ai trouvée grâce à ce tout premier regard sur la différence, ces voyages se sont succédé et l’amour que j’éprouvais pour elle m’a permis de canaliser mon énergie du POURQUOI MOI, POURQUOI ELLE, en COMMENT AIDER?

Comment j’y suis arrivée?  C’est en touchant ma vulnérabilité, en frappant le fond, en criant ma rage, mais surtout en touchant le cœur des gens et des enfants.  Le yoga a été pour moi, ma médecine afin de reconnecter avec mon être, d’avoir la force d’accepter et de surmonter les défis et de forger mon amour-propre.

Le yoga m’a permis de garder espoir, il a ouvert mon cœur aux possibilités et m’a donné le goût de connecter avec les autres.  On a tous une destination prévue, tous le goût de donner un sens à notre vie.  Parfois, c’est dans les défis qu’on découvre notre être véritable.  Vous aimez voyager?  Quelle est votre destination?  Quelle sera votre contribution à l’humanité?

Partager, inspirer et communiquer sont les éléments clés que je vous propose.  Voici pour vous aider dans votre parcours, quelques mouvements et conseils de yoga pour vous permettre de rester bien ancré lors de votre périple!

Première posture, la Montagne :

  1. Prenez un moment de détente en position debout.  Que transportez-vous sur vos épaules?  Quel est le contenu de votre sac à dos?
  2. Ancrez bien vos pieds au sol, respirez profondément, ayez un regard vers votre intérieur.  Quel est le poids de ce bagage?  Gardez l’essentiel et libérez-vous du superflu de votre sac.
  3. Regardez vers le haut et faites un tout premier pas vers la destination de votre choix.  Tout commence par un tout petit pas pour l’exploration de cette destination, votre montagne!

Au plaisir de vous lire et de partager avec vous, Namasté (salutation yogique : ma divinité salue votre divinité et celle de vos enfants)

Rentrer en soi pour mieux se dire…

Je me suis joint à un groupe de parole et de soutien du Réseau Hommes Québec (RHQ) pour la première fois il y a maintenant sept ans. Je traversais alors une période difficile de ma vie et je me sentais complètement égaré et confus. J’étais victime de crises­ d’angoisse affolantes et j’étais habité d’un sentiment d’urgence constant. Mes efforts pour reprendre ma vie en main m’ont amené à faire plusieurs lectures et à demander de l’aide. Ma psychologue m’avait suggéré la lecture du livre Père manquant fils manqué, écrit par Guy Corneau, psychanalyste et cofonda­teur du RHQ. Cette lecture a été bouleversante pour moi. À la lecture des deux phrases suivantes dans les dernières pages du livre : « La tâche des nouveaux hommes est de briser les générations de silence masculin. C’est peut-être l’acte le plus véritablement révolutionnaire que nous puissions accomplir », j’ai été inspiré d’un élan de changement qui ne s’est pas encore essoufflé à ce jour.

Malgré cet élan intérieur et la certitude de vouloir collaborer à briser le silence des hommes, j’ai vite compris­ que la tâche n’était pas simple. Loin d’être magique, ou même une simple question de volonté, il s’agit d’une démar­che d’apprentissage qui demande­ des efforts très importants. Briser le silence des hommes, c’est d’abord briser mon propre silence, sortir de mon isolement émotionnel, avoir le courage d’écouter mon ressenti et d’en parler. J’ai rapidement identifié une grande difficulté à communiquer ce que je ressentais. D’abord, tout simplement parce que je n’arrivais pas à ressentir. À la question toute simple « Comment te sens-tu? », je n’arrivais pas à répondre. Soit je ne ressentais rien, soit je n’avais aucune idée ce que représentaient mes sensations. Lorsque j’arrivais à ressentir, j’avais une grande difficulté à nommer, soit par manque de vocabu­laire, soit par peur d’être jugé, pire ridiculisé. J’avais la croyance que la peur, la peine, la colère, le besoin de reconnaissance, le besoin­ de l’autre étaient des caprices d’enfants. Une fois adulte, je devais être au-dessus de tout ça, d’autant plus que j’étais un homme.

Essentiellement, j’ai compris, à force d’écoute et d’analyse de moi-même, que j’étais paralysé par la honte. Cette honte m’amenait à m’isoler, me cacher, m’éloigner de moi-même sur le plan émotionnel. J’avais honte d’avoir besoin des autres, j’avais honte de me sentir vulnérable, j’avais honte de ne pas être à la hauteur et j’avais honte d’avoir peur. Ça été très difficile pour moi de m’avouer vulnérable alors que­ cela me plongeait dans un sentiment de honte, un sentiment que j’ai toujours cherché à éviter à tout prix. J’étais pris dans la spirale de la honte et de l’isolement.

C’est au sein d’un groupe du RHQ que j’ai trouvé un milieu favorable pour m’apprivoiser, et cela, à mon rythme. J’ai trouvé essentiel d’être accueilli sans conseil ni jugement lorsque je me dévoilais. Aujourd’hui, je suis généralement beaucoup plus en paix intérieurement. Lorsque ce n’est pas le cas, j’ai le courage de m’arrêter et de tourner le regard vers l’intérieur afin de bien sentir et comprendre ce qui se passe. J’ai développé des relations beaucoup plus authentiques, autant en amour qu’en amitié, je m’affirme plus et je suis en paix avec l’homme que je suis.

Un groupe du RHQ[1], c’est un laboratoire, un espace d’expérimentation, avec des règles qui favorisent l’inti­mité et la confiance, de même que la confidentialité, le respect et l’égalité. Le RHQ ce n’est pas de la thérapie, car les groupes ne sont pas dirigés par un intervenant. Toutefois, on dit­ souvent que la participation à un groupe a un effet thérapeutique. C’est une démarche qui demande de l’engagement et du courage, donc une certaine dose d’effort et de discipline. Croyez-moi, les bénéfices sont énormes! Je suis comptable professionnel agréé et je suis convaincu que le meilleur investissement qu’on puisse faire, c’est d’investir en soi!

1Pour obtenir des informations et/ou adhérer à un groupe en Outaouais
Ligne sans frais: 1-877-908-4545

Courriel : rhq.outaouais@gmail.com