Journal intime

Cette année 2011 se termine, et cette transition vers l’hiver s’accompagne, bien sûr d’une diminution de l’ensoleillement. Parfois on tente de retrouver son soleil intérieur. Comment faire?

Il suffit alors de prendre un temps d’arrêt, de retraite. Si l’on veut, on pourra s’asseoir et écrire… son journal intime. Ceci dans le but, de faire le point, de dialoguer avec soi-même, peut-être, dans certains cas, de faire un genre de rétrospective de l’année 2011, ou peut être simplement de se donner un compagnon de route, avec qui on peut tout partager. On choisit d’être témoin de soi-même, et aussi témoin de son époque. Peut-être souhaitez-vous exprimer des sentiments que vous n’avez pu livrer à des amis proches ou même au conjoint ou à la conjointe, ou à cette ancienne flamme qui a décidé de couper tout contact avec vous, ou à ce parent qui est décédé? Mais avant tout…

Qu’est-ce qu’un journal intime?

Selon Wikipedia, c’est un écrit qui aborde généralement les sentiments, pensées et aventures intimes de son auteur. Il a la particularité d’être rédigé régulièrement, souvent à un rythme quotidien, et ses entrées sont datées. Il peut ainsi relater des périodes variées de l’existence : maladie, travail, guerre, deuil, amours, problèmes familiaux…

Il est en général destiné à être gardé secret, temporairement ou définitivement. Il peut aussi être transmis à un fonds de conservation, tel que le propose l’Association pour l’Autobiographie. La lecture peut alors en être autorisée ou interdite, selon les souhaits de l’auteur. Pour l’instant, gardons à l’esprit que, d’une façon plus ou moins consciente, nous avons peut-être consigné certaines pensées sur nous, sur notre entourage, sur notre époque, comme bien d’autres l’ont fait avant nous à travers l’histoire de l’humanité. Faisons un mini-tour d’horizon de ce phénomène.

Dans la culture gréco-romaine des 1er et 2e siècles, c’est Épictète qui met en scène l’écriture comme exercice personnel de réflexion. Emmené à Rome, il passe son enfance comme esclave au service d’un maître cruel (il lui aurait cassé la jambe, d’où le surnom donné d’Épictète le boiteux). Il aurait prévenu son maître en disant « la jambe va casser » sans plus de plainte, et une fois le malheur arrivé, aurait conclu par un « je t’avais prévenu ».

Épictète combinait l’écriture du journal intime et la méditation, pour se préparer à affronter le réel, qui n’était pas toujours rose! Il est vrai que ces deux activités s’accompagnent bien.

Plus tard, Jean-Jacques Rousseau, qui a vécu de 1712 à 1778, s’est mis, comme Épictète, au journal intime. Il voulait montrer l’humanité à travers un homme particulier, mais un homme révélé dans son intimité et ses secrets. Lorsqu’il présente ses Confessions, il bouscule toutes les bienséances de l’époque, et se trouve en rupture avec les hommes de lettres parisiens qui le considèrent hors norme et irrévérencieux.

Les confessions de Rousseau constituent une biographie des 53 premières années de sa vie en 12 volumes. Stendhal qualifie même l’écriture autobiographique de complaisance vaniteuse. L’auteur du roman « Le rouge et le noir » écrit à sa sœur en 1805, qu’il trouve un peu dangereux « l’habitude blâmable de parler de soi. »

Plus tard, au cours du 19e siècle, on conseillera plutôt l’écriture du journal intime aux jeunes filles. Avec Jules Renard et Georges Sand, (Amantine Aurore Lucile Dupin, une femme qui écrivait sous le nom d’un homme), le journal intime sera réhabilité. Ce n’est que vers 1910 que le journal intime sera considéré comme un genre littéraire. Peut-être y a-t-il un côté impudique au journal de bord, que nous avons gardé dans l’inconscient collectif…

La période de la deuxième guerre mondiale permettra aussi, plus près de nous, à des jeunes filles d’utiliser le journal intime pour traverser leurs épreuves. Anne Frank, avec son Journal, est la plus connue. Il y a aussi Ruth Maier.

Le Journal d’Anne Frank témoigne de la vie d’une enfant juive pendant la Seconde Guerre mondiale, contrainte de se cacher dans une annexe d’un immeuble à Amsterdam pour échapper à la déportation. Il s’agit d’une œuvre majeure, et le document le plus lu dans le monde après la bible. Pourtant, Anne Franck disait dans son journal en juin 1942 : « Il me semble que, plus tard, ni moi ni personne ne s’intéressera aux confidences d’une écolière de 13 ans ».

Et pourtant…

Il faut comprendre que le journal d’Anne Frank, qui est morte en 1945 dans un camp de concentration, aura des vertus thérapeutiques, puisqu’il sera publié et vendu à plus de 100 000 exemplaires au Japon en 1953. Pour le peuple nippon, Anne Frank est une jeune victime qui invitait à espérer dans l’avenir plutôt qu’à s’enfermer dans un sentiment de culpabilité. Elle était attendue!

Quelques participantes à une conférence sur la thérapie par l’écriture, donnée en août 2011, m’ont confié, après ma prestation, ce goût de faire publier un journal intime, et ce goût de répandre cet espoir en l’avenir. Je souhaite que le monde de l’édition soit sensible à leurs prières. Nous avons tous besoin d’histoires inspirantes, d’histoires de transformations qui nous guérissent. Cette histoire, vous la portez peut-être en vous! Comme je l’ai portée en moi, et j’ai pu la partager, par les aventures de Caméléon, depuis septembre 2009.

Merci de votre attention, et bonne quête de votre soleil intérieur par le journal intime!

Le courage d’être soi et de réaliser ses rêves

J’ai toujours rêvé d’écrire et à ma retraite, j’ai plongé tête première dans l’écriture d’un roman.

Pourquoi ce saut périlleux dans une mer de mots, alors que je n’avais aucune esquisse de roman sur laquelle poser les pieds entre deux brasses?
L’onde ensorcelante est impitoyable, avec elle vient la peur de buter sur des récifs et d’être submergée par la vague.

Qu’est-ce qui expliquerait mon engouement pour le verbe?

Serait-ce parce que j’admire les écrivains à la pensée fluide?

J’ai senti un appel irrésistible qui m’a charmée au plus profond de moi et guidée par l’astrolabe de la connaissance et de l’intuition, je me suis laissée guider vers l’inconnu.

L’écriture est comme un journal intime sur lequel je revenais avec plaisir. Au fil des mots, des personnages ont pris corps et se sont imposés à moi, ils sont devenus une nouvelle famille.

Alors que je travaillais à peaufiner mes phrases, la magie créatrice s’opérait et mes héros m’entraînaient dans de troublantes aventures.

Il m’a fallu plus de dix ans de recherches et d’écriture pour boucler mon roman Shamseh de Delphes dont la trame se situe au XIe siècle en Méditerranée orientale. Je voulais montrer comment une Grecque chrétienne percevait l’Islam des lumières. J’y ai fait de belles découvertes dont je parle dans mes conférences sur l’Islam au temps des Mille et une Nuits.

Comme bien des auteurs, j’espérais publier mon roman dans une maison d’édition. Quand un manuscrit est prêt à être publié, la gestation est complétée, l’œuvre demande à naître, il faut accoucher. Malheureusement, trop de maisons d’édition ressemblent aux salles d’attente encombrées et anonymes des hôpitaux. J’espérais rencontrer une sage-femme pour accueillir mon bébé, je ne voulais pas que mon projet avorte en phase finale. Alors, un sage homme, mon conjoint, me proposa de créer notre maison d’édition et de publier mon roman.

Nous avons relevé le défi : toutes les étapes du livre ont été complétées à la maison, incluant la première de couverture réalisée avec l’aide d’une de nos filles. Nous sommes fiers de notre réalisation. Le manuscrit a été envoyé à l’imprimerie Gauvin, les corrections d’épreuves se faisant directement, sans intermédiaire, c’était efficace et rapide. Ainsi, trois mois après avoir pris la décision d’autoéditer mon roman, nous avons célébré le lancement de Shamseh de Delphes à la Maison des auteurs de Gatineau en août 2011. Je jubilais.

Mon parcours est la preuve que l’autoédition est accessible aux auteurs qui acceptent d’en assumer les coûts. L’autoédition me semble une intervention qui rappelle le pontage. Elle permet de rétablir la circulation en contournant un obstacle. Quand un auteur essuie un refus, une voie alternative s’ouvre à lui pour permettre à la vie créatrice de reprendre son cours, c’est bon pour la santé, c’est bon pour le moral.

L’autoédition est une expérience gratifiante à tous points de vue, si bien qu’en 2013, deux auteures nous ont demandé de publier leurs manuscrits. Je suis à écrire le tome II de Shamseh de Delphes. Mes personnages ont fui Bagdad et se sont réfugiés à Venise où ils m’attendent… Comme le disait Rumi, un poète perse du XIIIe siècle :

« Laissez-vous être silencieusement attiré par la force de ce que vous aimez vraiment. »