Le pouvoir thérapeutique de l’animal sur l’humain

La zoothérapie
Madame S., atteinte de la maladie d’Alzheimer, ne sait plus ce qu’est un lapin; elle ne se souvient plus comment le flatter. Mais quand je pose l’animal sur son cœur, elle fredonne et le berce. Elle a sans doute déjà pris soin de sa famille. Grâce à ma formation et à mon expérience, j’ai su l’amener au-delà de sa maladie et de ce qu’elle n’est plus… pour qu’elle puisse communiquer à un niveau cœur à cœur, avec son être réel, son énergie.

Autiste, le petit bonhomme, G., n’établit pas de liens avec les animaux. Pourtant, il développe la capacité d’entrer en relation avec mon chien Bilou. Il se déplace avec lui et, lorsqu’il est assis près de lui, ses mains se promènent joyeusement sur la douce fourrure – un timi­de sourire! Il ne sait pas que c’est un chien, ne comprend pas ce que nous faisons, ne parle pas. Il est heureux d’être lui-même, tout simplement!

L’objectif ultime de toutes nos interventions en zoothérapie est d’améliorer la qualité de vie de nos clients tout en tenant compte de leurs limites, de leurs capacités et de leurs préférences. La réalité de la personne change avec la présence bienfaisante d’un animal.

La zoothérapie… jusqu’à moi
Depuis les années 1970, des hôpitaux, CHSLD, résidences-services et établissements psychiatriques d’Amérique du Nord, notamment des États-Unis, font appel à la zoothérapie pour atténuer les sentiments d’isolement et de stress chez leurs patients. Ce fut une découverte pour moi en 2009, alors que je me trouvais en transition professionnelle.

Jusque-là, je m’étais consacrée à la mise sur pied et à la coordination de Leucan Outaouais, pour œuvrer auprès des familles dont l’enfant a un cancer. Désirant passer à autre chose, ma recherche à partir des mots animaux et relation d’aide m’a amenée à zoothérapie, ce que j’appelle aujourd’hui le bien-être par les animaux.

Ce que le Dr B. Levinson, pédopsychiatre, a découvert dans les années 1950, je le vis tous les jours auprès de ma clientèle : un intérêt naturel de l’humain envers l’animal.

Les bienfaits de la zoothérapie
Ce que beaucoup de gens qualifient­ de flattage de toutous va bien au-delà du bien-être spontané qu’apporte la présence d’un animal; la vision de la zoothérapie a évolué depuis les années 1970 – je parle ici de l’amélioration ou du maintien au niveau psychologique, émotif, physique, cognitif et social.

Un récent article publié dans le magazine Science & Vie fait état d’une recherche qui a été faite pour démontrer les bienfaits de la zoothérapie auprès des enfants ayant un cancer. Il conclut à une baisse du taux de cortisol, du stress, du rythme cardiaque et du niveau d’anxiété des participants.

Les percées de la zoothérapie
Nous voyons maintenant des appli­cations pour des problématiques comme le TDA/H, l’anxiété, les troubles langagiers, les troubles d’apprentissage, la dynamique familiale, la fin de vie, le deuil.

Quand faire appel à un intervenant en zoothérapie?
Si vous aimeriez profiter d’un accompagnement pour passer au travers d’une réalité quotidienne ou d’un défi spécifique, consultez un spécia­liste. Pour travailler sur des objectifs spécifiques, il utilisera la présence de l’animal pour faire ressortir la motivation et le bonheur spontané nécessaires pour améliorer votre qualité de vie. Faites appel au bien-être par les animaux!

Ma guérison

« Najoua, ma fille, merci pour ces belles années passées dans nos vies; tel était ton chemin… »

Quand, à six ans, on se forge une bedaine de maman.

Quand, à sept ans, on entend sa mère, assise au salon à boire du thé avec la voisine, supplier cette dernière de faire semblant que vous êtes la gardienne de son fils de huit mois.

Quand, à 23 ans, on se marie pour faire vite cinq enfants tellement on veut être mère.

Quand, à 26 ans, enfin le premier bébé s’annonce et qu’on le perd à huit mois de grossesse.

Le but d’avoir des enfants, n’est-ce pas de les regarder grandir, et non de les enterrer avant nous?

Un grand manque d’énergie et une petite bosse sur la cuisse m’incitent à forcer ma fille Najoua, alors âgée de 19 ans, à voir un médecin. La fatalité frappe sans aucun avertissement : un rhabdomyosarcome. En ce beau jour de septembre, le choc est si inattendu! Dans l’auto, personne ne parle. Moi, en cachette, je me donne des coups de poing au ventre en me disant : « Pourquoi vouloir des enfants? » La culpabilité en 5e vitesse!

Elle nous a quittés le temps d’une grossesse. Neuf mois entre la vie et la mort. Abominable! Voilà ce que j’ai ressenti à plusieurs reprises. Et pendant ces neuf mois, je l’ai accompagnée, impuissante, entre Hull, Sainte-Justine et Toronto. Impuissante, alors que je voulais crier aux médecins de faire mieux que mieux. Impuissante devant les faux espoirs qui font mal jusque dans les entrailles… Tellement impuissante devant ces maudites machines qui me la tuaient de toute manière. J’ai réalisé que, malgré toutes mes prières, je ne pouvais pas endosser la maladie de ma fille. Alors, je lui ai promis et je me suis promis d’être là pour elle.

Lors d’un court séjour à la maison, avec son fauteuil roulant, elle arrive dans la cuisine pour me dire : « Tu sais maman, je n’ai pas peur de mourir. C’est pour Joffrey et Gaël que je suis inquiète. » Je me jette à ses genoux et lui dis : « Non, non, Najoua, c’est trop tôt pour parler ainsi… » et je réalise que j’ai plus peur qu’elle. On communique par des silences qui en disent long ou par des encouragements, vrais ou faux ou faibles… On l’aime tant. Ça fait tellement mal que ça nous engourdit. Être là sans y être.

C’est le jour de la fête des Pères que ses souffrances se terminent enfin, à 20 ans. Comme j’ai de la grosse misère à regarder quelqu’un souffrir, je suis prête à la laisser partir… mais ça, on ne peut pas le dire; ce serait mal vu. Ses derniers mots furent pour son père. Appuyée contre lui, elle réussit à soulever son masque et à lui dire : « Papa, je t’aime. » Quel beau cadeau! Comme une automate, je tiens sa main qui reste chaude et lui offre un sentier de lumière en forme d’escalier recouvert de pétales de roses, je lui parle et j’exige que la musique d’Enya continue de jouer. J’invite la famille à prendre sa main encore chaude (moment de folie, je crois); ça fait tellement mal et ça soulage tellement que je pleure en dedans.

La semaine suivante, je veux absolument me reposer à la ferme de chèvres laitières dont je suis propriétaire avec mon conjoint. La fatigue, le questionnement, la rage et la tristesse tardent à partir. Je n’étais pas encore prête à comprendre que la souffrance de ma fille n’était pas la mienne. Mais je savais que je ne me nourrirais pas éternellement de tous ces « mal-aises ». Et ça non plus, on ne le dit pas…

Des chèvres à ma rescousse. Une amie me dit un jour : « Connecte-toi le plus souvent possible à tes chèvres; elles t’aideront. » Dès lors, j’ai redoublé d’attention envers elles, et elles ont quadruplé leur gratitude envers moi.

Pendant des mois, malgré la routine qui reprend sa forme, à chaque ombre qui passe devant les fenêtres, à chaque mouche ou abeille qui se pose sur ma main, je suis persuadée que c’est Najoua qui vient me parler.

Gênant, n’est-ce pas? Oui, tout cela passe. On se sent toujours coupable de ne plus y penser aussi souvent. Puis, ça passe davantage.

Cet automne-là, pure coïncidence, en sortant de la Caisse, je rencontre une connaissance qui m’offre ses sympathies et me quitte pour aller à son cours de yoga. Clic! Bon mot, bon moment et je suis rallumée. Quel yoga? Qui enseigne? Où? La semaine suivante, je commence à récupérer plus sérieusement. Enfin, pour moi, la porte d’entrée ou de sortie, c’est selon. Je pense bien que Najoua y est pour quelque chose. Elle m’a poussée dans les fesses pour me sortir de ma petite routine de tristesse. Grâce à elle, je me suis reconnectée à la vie spirituelle.

Un jour, j’entends Najoua me dire : « Maman, recommence donc à fabriquer du savon. » Le projet des Savons de l’Espoir est alors né. J’ai mis la main à la pâte et, depuis, je confectionne des savons au lait de chèvre. Une partie des profits de la vente est remise à Leucan Outaouais. C’est un bonheur et un honneur pour moi de fabriquer des savons haut de gamme tout en venant en aide aux familles ayant un enfant atteint de cancer. Les fonds sont utilisés uniquement pour donner du répit aux familles. C’est une matinée de plaisir et d’amour quand les grands-mamans viennent habiller les savons à grands coups de rires, de beaux échanges, de collations et de tasses de tisane.

Il n’y a pas de mots assez grands pour exprimer ma reconnaissance aux commerçants pour leur grande ouverture du cœur et les espaces tablettes pour ces petits savons ainsi qu’aux utilisateurs.

Alors, du fond de mon cœur au fond de votre cœur, je dépose un immense merci. Merci à Najoua, à vous tous et à la vie.