Oser s’amuser!

« Le sens de la vie, c’est justement de s’amuser avec la vie. » – Milan Kundera

Comme plusieurs travailleurs autonomes, j’ai ressenti beaucoup de culpabilité à faire plus de place à l’amusement dans ma vie. Est-ce que j’ai assez travaillé aujourd’hui? Est-ce que je devrais solliciter plus de contrats? Voilà deux questions qui me perturbent quotidiennement depuis que j’ai quitté mon emploi régulier. Après quatre années de pratique intense, j’ai découvert qu’en faisant un petit pas par jour vers mon idéal professionnel, je pouvais avancer rapidement sans me priver de délicieux moments de plaisir dans ma journée.

Mais comment s’amuser? En interviewant de nombreuses personnalités féminines aux vies extraordinaires, j’en suis venue à la conclusion que fatalement, les plus grands plaisirs sont souvent les plus ordinaires. Que ce soit la lecture, prendre une marche dans la nature, écrire un journal ou aller au cinéma, on n’a pas besoin de la grosse vie pour s’amuser. Contrairement à bien des hommes qui cherchent davantage à améliorer constamment leur situation professionnelle, les femmes ont cette merveilleuse aptitude à accorder plus d’importance à leur vie personnelle. On découvre alors qu’en s’amusant dans leur vie personnelle, leur travail devient inévitablement moins ardu! Et surtout, ces femmes développent l’énergie et la force qui donne sens à leur vie.

Car dans toute démarche personnelle, il y a cette recherche constante de sens. À mon humble avis, la vie n’a d’autre sens que celui qu’on lui donne, que nous sommes l’artiste de notre propre vie, de notre réalité. Dès lors qu’on en vient à croire cela, on peut se donner le choix entre vivre une vie de souffrances et d’obstacles ou vivre une vie agréable remplie de plaisirs. Oui, oui, je sais, tout n’est pas rose, il y a les responsabilités, les obligations et les épreuves. Mais tout est dans l’importance qu’on leur accorde.

Chaque jour, je fais le choix de mener une vie riche en plaisirs. La meilleure façon d’y arriver pour moi a été de retrouver mon côté enfant et de développer mon aptitude à ressentir le moment présent.

Tout comme l’enfant, j’aime patauger dans ma baignoire, me plonger la tête sous l’eau en faisant des bulles. Ma salle de bain est en sorte devenue mon carré de sable. Et je dois l’avouer, mes jouets se sont transformés en petits pots-de-crème… Je ne les considère pas comme des outils m’aidant à conserver une éternelle jeunesse auprès des miens, mais bien comme des éléments pour me dorloter et exacerber mes sens grâce à leur odeur ou leur onctuosité rassurante.

Tout comme l’enfant, quand un ami me propose d’aller marcher dans le parc en plein mercredi après-midi, je dis oui tout naturellement, même si j’ai de la vaisselle ou du lavage à faire. Je n’hésite pas à me balancer dans la balançoire des grands pour refaire le monde avec lui. On oublie alors le jour et l’heure, en se concentrant sur le vertige que nous procure la hauteur. Je ne peux vous dire à quel point ces moments d’insouciance remplissent ma vie d’inspiration et de ce bonheur qui permet de soulever les montagnes.

Tout comme l’enfant, je ne me casse pas la tête à lire des livres qui m’ennuient. Je me plonge dans des romans qui me passionnent et me font vivre par procuration toutes sortes d’aventures. Avec un bon livre pour me distraire, comment puis-je me plaindre de la vie? Et quand mon amoureux se plaint de la lumière dans la chambre, je m’installe sous les couvertures, avec ma petite lampe de lecture, et je lis jusque tard dans la nuit… hi hi hi! Quoi? Il faut bien que la vie d’adulte ait ses avantages!

Tout comme l’enfant, je passe des heures à observer la nature et les animaux. Le héron qui veut dominer mon étang, la petite famille de canard qui semble faire de la nage synchronisée et mes deux chiens pour qui le temps n’existe pas. C’est dans ces moments de totale évasion que je redécouvre une façon positive de percevoir le monde.

Quand j’arrive comme l’enfant ou le héron, à me concentrer uniquement sur le présent, mes besoins deviennent pratiquement inexistants et mon temps lui, devient infini. C’est vraiment dans cet espace que je me divertis le plus, car tout est permis, sans aucune limite.

Et une fois que j’ai fini de jouer, eh bien, je remets mon chapeau d’adulte, je regarde ma montre et j’attaque ma liste de choses à faire. Et je me mets à la tâche avec le sourire, car je sais qu’il y aura toujours le moment présent pour m’amuser…

Marcher, un acte de créativité existentiel

Les poissons nagent, les oiseaux volent et nous, les humains, nous marchons. Marcher est notre principale activité et donc l’expression la plus évidente de notre attitude face à la vie. De plus, nous sommes les seuls mammifères à marcher sur deux pattes. C’est toute une affaire, quand on y pense! Toute cette lourde et grande structure anatomique est non seulement posée sur deux toutes petites surfaces, mais elle a aussi le projet audacieux de se déplacer! Il n’est peut-être pas étonnant que nous mettions tant de temps avant de faire l’apprentissage de cette formidable posture d’« être humain debout et ambulatoire ». Quand les autres mammifères à quatre pattes se déplacent aisément dès la naissance, le petit de l’humain a besoin de temps et de persévérance pour arriver à faire ses premiers pas. Cela relève du miracle, car marcher sur deux jambes, c’est accepter d’être en état constant de déséquilibre. Quelle est-elle, cette vive intelligence qui œuvre dans l’ombre pour que nous en venions à marcher sans même y penser? Et pourtant, notre civilisation est en train de se sédentariser au point de perdre le sens profond de la marche.

La marche résume notre façon bien personnelle d’aller vers et dans le monde. Elle exprime de façon directe comment nous créons notre existence. L’inverse est tout aussi vrai : en retrouvant le plein potentiel de notre marche, nous pouvons récupérer notre pouvoir de créativité existentielle. La première clé est notre capacité à nous engager pleinement dans l’acte de marcher, car nous ne sommes pas conçus pour ne marcher qu’avec nos jambes; c’est tout notre corps qui avance et s’investit à 100 % dans cette action. Marcher provoque alors de la joie lorsqu’on s’y engage de tout son être. Et s’engager dans sa marche, c’est s’engager dans son existence, c’est incarner dans notre mouvement de vie nos valeurs profondes.

C’est en marchant que l’on revient chez soi : en soi. Avec une grande simplicité, la marche permet de nous établir à chaque pas dans l’ici et maintenant. Le passé terminé et l’avenir inexistant, il n’y a vraiment que le présent. On avance alors avec légèreté sans traîner le sac à dos du passé et libéré des attentes face à l’avenir. On peut alors enfin profiter du paysage et commencer à remarquer les signes sur notre route qui nous indiquent la direction de notre vie.

À chaque pas, la plante de nos pieds touche le sol et nous embrassons toute la vie de la terre avec notre présence. Nous pouvons parcourir le chemin de notre vie comme des somnambules ou bien nous pouvons nous éveiller à chaque pas. Lorsque toute notre attention participe à la marche, les pensées et les histoires du mental se calment; nous respirons, nous réalisons le privilège d’être vivant et nous revenons à notre vraie nature. C’est comme si nous devenons notre marche.

Rappelons-nous que nos pas sur cette planète laissent notre empreinte. Alors, que souhaitons-nous laisser en héritage? Car nous foulons le sol de nos ancêtres et nous sommes nous-mêmes les ancêtres de demain. Nous pouvons aussi marcher pour ceux et celles qui ne peuvent plus marcher et leur offrir notre marche en offrande.

Peut-être notre humanité a-t-elle besoin d’apprendre de nouveau à marcher afin de créer un monde plus humain? Profitons ensemble de ce temps de l’année pour nous remettre à marcher et pour retrouver cette qualité inhérente à notre humanité : nous sommes à la fois le cheminement et le chemin. Marcher, c’est créer un espace pour être pleinement humain, car ainsi debout, entre le Ciel et la Terre, nous assumons notre nature terrestre et notre nature céleste. Marcher est la toute première danse qui célèbre ce que nous sommes véritablement : cette rencontre amoureuse entre le Ciel et la Terre. Nous pouvons dès maintenant choisir de marcher tous ensemble dans la fraternité, créant pas à pas notre paradis terrestre.

Lettre d’amour à l’été

Belle saison tant chérie,

Nous t’écrivons ces quelques mots pour rendre hommage à ton éblouissante beauté que tu déploies avec une créativité infinie. Nous n’allons pas te le cacher : depuis longtemps, nous nous habillons le cœur pour ta venue et attendons le retour de ta lumière dans le quotidien de nos vies. Te voilà enfin, étirant la longueur des jours et éclaboussant le ciel d’une chaleur remplie de tendresse. Alors comment pouvons-nous nous rapprocher de toi afin d’entrer, nous aussi, dans ta danse si magnifique?

MARCHER. L’été, nous pouvons enfin marcher légèrement vêtus et laisser la douceur de l’air caresser notre peau. Lorsque la température extérieur se rapproche de celle de notre corps, une sensation émouvante de faire partie de notre environnement nous enveloppe. Les pores de notre peau s’ouvrent pour laisser entrer toutes les notes de la symphonie de l’été. Pendant qu’on marche, le mental se tait momentanément avec révérence et laisse place au ressenti du corps en mouvement. Osons aussi aller pieds nus… dans l’herbe fraîche, dans le sable fin, sur les roches et la terre humide. Marchons de tout notre être, embrassant affectueusement la terre avec la plante de nos pieds. Chaque pas n’est-il pas une occasion de laisser sur la planète notre empreinte de joie et de paix? Chacun de nos pas devient une offrande d’amour à la terre et nous rappelle immédiatement notre appartenance à cette nature vibrante.

OUBLIER. Et si, pour un moment d’éternité, nous arrivions à oublier le nom des choses? Car en apprenant les mots, peu à peu, nous avons commencé à nous méprendre, à penser que l’arbre est simplement un mot : arbre, alors que ce qui s’élève majestueusement, avec des bras qui embrassent le ciel et d’autres bras qui embrassent la terre, est un pur mystère. Le mot est utile, bien sûr, mais il n’est pas la chose. Le mot fleur ne nous dit rien de la délicate danse de l’ouverture de ses pétales ni de l’enivrement de son parfum unique. Il devient donc urgent de lever le voile sur des concepts que crée le mental qui est sans cesse occupé à étiqueter, à évaluer et à comparer. Sortir de notre tête nous permet de percevoir directement à partir d’un espace au-delà des mots. Lorsque le cœur regarde le monde, il touche immédiatement le tissu vivant de l’existence.

SE DÉTENDRE. Lorsque que tombe le voile des concepts fabriqués par le mental, un état de profonde détente nous gagne… une sensation paisible d’être ici dans le maintenant. Ce lâcher-prise est une grâce toujours accessible. Ce maintenant de l’instant présent est extrêmement important, car il est tout ce que nous avons et tout ce qui est réel. Lorsqu’on accorde peu d’importance à nos pensées, celles-ci nous abandonnent; elles s’éloignent et finissent pas se taire; nous plongeons malgré nous dans l’expérience de vivre. À prime abord, cela semble trop simple et presque insignifiant. C’est que la beauté de l’été est timide et a besoin de notre attention pour commencer à se dévoiler. Soyons bien attentif à nos perceptions sensorielles : le vent qui frémit dans les arbres et joue dans nos cheveux, la pureté du gazouillis des oiseaux et la sensation émouvante d’être en vie à chaque respiration. Soudain, il n’y a que la vie qui reconnaît la vie. Alors que se ferme le fossé qui nous sépare de notre expérience, nous nous retrouvons dans une profonde intimité avec l’instant. De là, notre relation avec notre expérience ne peut que se remplir d’amour. Cueillir le présent d’un seul instant est un pur miracle.

Cher été, merci de tes caresses qui parlent de l’amour de la vie pour la vie. Merci pour ta beauté qui reflète notre propre beauté. Merci de nous rappeler le chemin du retour vers le cœur de notre être, là où nous sommes pure présence. Merci de nous ré-enchanter. Comme nous t’aimons! Et c’est signé : les humains et humaines, frères et sœurs des oiseaux, des arbres et des ruisseaux.