L’expérience prénatale et la personnalité de nos enfants

Les enfants élevés dans une même famille, issus des mêmes parents, ont souvent de grandes différences de personnalité dès leur sortie du ventre maternel et qui se précisent au fur et à mesure qu’ils grandissent. Au-delà des variations du climat familial qui affectent chaque enfant, la psychologie pré et périnatale offre des pistes pouvant expliquer certaines de ces différences de fond. Nous verrons que les couples qui conçoivent un enfant peuvent faire beaucoup pour favoriser le développement optimal de leur enfant.

Les études récentes démontrent que la santé physique du bébé et de l’adulte qu’il deviendra dépend non seulement des facteurs génétiques présents à sa conception, mais de son environnement utérin. L’alimentation de la mère et son niveau de stress durant la grossesse sont des facteurs importants. Sur le plan de la personnalité, le cheminement du bébé serait comparable à son développement physique. Si on en croit les revécus d’expériences prénatales, dont certaines ont été corroborées par la mère ou les proches, le bébé serait non seulement conscient, mais capable de réagir et d’emmagasiner dans son inconscient toutes les expériences qu’il vit dès sa conception.

Les gènes physiques présents à la conception deviennent le « plan d’architecte » selon lequel le corps du bébé, et de l’adulte, se formera, si le milieu physique, la santé et l’alimentation de la mère le permettent. Sur le plan psychologique, c’est un peu comme si les « gènes de la personnalité » étaient activés au moment de la conception. Ces « gènes de la personnalité » sont formés de l’ensemble énergétique vécu par les parents au moment de la fécondation : ce qu’est chaque parent dans son être profond, ainsi que tous les sentiments, désirs et pensées qui accompagnent l’acte sexuel. Cet ensemble devient le « tableau de fond » de la personnalité de l’enfant à naître.

Les parents peuvent donc aider leur enfant avant même sa conception en se préparant physiquement, psychologiquement et spirituellement à le concevoir. Au-delà de cette préparation, le lâcher prise sur le résultat est ensuite essentiel. Ce « tableau de fond » de la conception peut être différent d’une conception, d’un enfant à l’autre. Dans certains cas, les parents ont consciemment un grand désir d’avoir un enfant et dans d’autres cas, l’enfant peut être conçu dans des conditions moins favorables, du moins en apparence. Cependant, toute conception humaine sans exception se passe à l’intérieur de l’enveloppe de ce qu’on pourrait appeler l’explosion du désir de la force de vie, qui permet qu’une vie humaine débute. Sur le plan spirituel, toute conception est désirée. Même l’enfant conçu dans la colère ou la violence a tout le potentiel pour devenir un être lumineux, tout autant que l’enfant conçu dans l’amour.

Sur le plan psychologique, la dynamique de la personnalité du bébé, ayant déjà sa base dans le « tableau de fond » de la conception, se dessine ensuite selon les couleurs de la vie de sa mère, de ses préoccupations, de ses activités et de ses attitudes de vie. Le père a une influence moins directe, mais très significative. La manière dont la mère, et ensuite le père, gère son désir de l’enfant durant la grossesse continue d’influencer la personnalité émergente du bébé. La base de l’estime de soi de l’enfant se construit : par exemple, « je suis accepté, désiré et désirable », ou bien « je dérange et on préfère que je disparaisse ».

D’ailleurs, si la conception et la grossesse surviennent à un moment problématique, l’amour des parents pour leur bébé durant la grossesse peut transformer le « tableau de fond sombre » en « œuvre d’art ». Le lien d’amour entre les parents et le bébé durant la grossesse permet de dire, d’exprimer ce qui se passe et de transformer les expériences difficiles. Les difficultés affrontées peuvent s’apprivoiser, se comprendre. Parler, rencontrer le bébé avant sa naissance peut faire une grande différence pour les parents et l’enfant.

Les parents qui désirent être soutenus dans leur travail d’éducation prénatale et de sécurisation du bébé, peuvent par exemple suivre la démarche proposée par la préparation affective à la naissance. Cette approche aide les parents à sécuriser leur bébé par le toucher affectif durant la grossesse et au moment de sa naissance. Le père y joue un rôle très actif de soutien de la mère et du bébé lors de l’accouchement.

Aussi, le jour de la naissance est une autre étape très importante pour la personnalité du bébé. La naissance est parfois traumatisante, car elle est souvent une expérience de grand stress et peut être vécue dans une grande solitude si personne n’est conscient de l’expérience physique et affective du bébé. Par contre, une naissance durant laquelle la mère et le bébé sont bien accompagnés et entourés a des conséquences positives, sécurisantes, pour la vie de l’enfant. La mère en retire aussi une plus grande confiance en elle-même comme femme et comme mère.

Évidemment, ce n’est pas tout. La personnalité continue de se construire après la naissance du bébé. Beaucoup de blessures prénatales guérissent lors d’une éducation remplie d’amour et d’expériences positives que la vie offre à l’enfant. Si votre enfant est plus vieux et que vous soupçonnez qu’il lui reste des blessures non guéries qui datent de son expérience prénatale, parlez-lui franchement de ce qui s’est passé. Laissez-le exprimer sa peine, la peur qu’il a vécue. La souffrance exprimée, partagée et reçue par quelqu’un qui nous aime, grandit et enrichit la personne concernée.

Le toucher, un outil de communication avec le fœtus

Lorsque l’ouïe du bébé est assez développée pour entendre les bruits du monde extérieur, autour de la 20e semaine de gestation, il perçoit déjà depuis plusieurs semaines les vibrations de la voix de sa mère sur tout son corps. Le toucher est en effet le premier sens à se développer chez le bébé dans le ventre maternel. Vers la 8e semaine, les fibres nerveuses qui permettent la réception des messages sensoriels s’étendent jusqu’aux extrémités du corps. Dès la 9e semaine, le bébé ferme la paume de sa main si elle est touchée. Sa paupière réagit aussi à l’effleurement.

La démarche proposée par la préparation affective à la naissance utilise cette sensibilité au toucher pour communiquer avec le fœtus, le sécuriser et construire ainsi son estime de soi bien avant la naissance. On peut commencer dès la 12e semaine, parfois avant. Le père, ou la mère, pose sa main avec tendresse sur un côté du ventre maternel en invitant le bébé à venir s’y blottir. Dans la plupart des cas, le bébé répond en se déplaçant pour venir à la rencontre de la main parentale. On sent le contact du bébé comme un chatouillement, une sensation de chaleur ou un toucher subtil à l’intérieur de la main. Si on invite le bébé de la même façon de l’autre côté du ventre, il s’y déplace. Parfois le bébé choisit de ne pas bouger, mais on le « sent » détendu et attentif à notre présence. Ces expériences nous permettent de constater que le bébé est très tôt un être social, demandeur de contact avec le monde extérieur.

Il arrive qu’un bébé réponde d’une façon à sa mère et d’une autre façon à son père. Un bébé avait l’habitude de se détendre dans la profondeur lorsque sa mère lui communiquait son amour au moyen de sa main sur son ventre. Quand son père posait à son tour sa main sur le ventre, le bébé venait rapidement vers la surface rencontrer cette main. Il avait la même réaction à mon invitation. Et cela s’est répété pendant plusieurs mois, autant à la maison que lors de nos rencontres. On pourrait croire que ce bébé se détendait, plutôt contemplatif, avec maman et qu’il avait envie de jouer, d’être plus actif avec papa et avec cette dame que ses parents rencontraient à intervalles réguliers. Cette réponse différenciée démontre aussi que le très jeune bébé perçoit la différence entre les personnes qui l’approchent pour communiquer avec lui.

Les mères savent d’instinct, depuis toujours, que les bébés sentent l’affection transmise par leur main sur leur ventre durant la grossesse. C’est pourquoi elles touchent souvent leur ventre avec amour. Quelle joie de pouvoir aussi, par notre toucher, sentir une réponse du fœtus à notre tendre invitation.

En outre, quand le bébé a l’habitude d’être un interlocuteur actif dans la communication avec ses parents, il devient possible, par exemple, de l’inviter avec succès à se retourner s’il se présente en siège en fin de grossesse, ou à se replacer dans une position plus avantageuse et moins douloureuse au moment de sa naissance. On peut aussi faire des jeux d’invitation avec un jumeau, puis avec l’autre, facilitant ainsi l’individualisation de chacun avant la naissance. Dans le cas de jumeaux qui se développent inégalement, on peut inviter le plus développé des deux à faire l’expérience d’un espace plus restreint, et inviter le plus petit à occuper un espace plus grand. Cela permet de tendre vers une égalisation des poids de naissance de ces jumeaux.

Au-delà des jeux avec le bébé, la préparation affective à la naissance enseigne aux parents l’art du prolongement du toucher et son efficacité dans la réduction de la perception de la douleur. Les parents pratiquent donc durant plusieurs mois le prolongement de leur sens du toucher, même à distance, afin de pouvoir utiliser cet outil lors de l’accouchement, C’est par le toucher, direct ou en prolongement, que les parents accompagnent physiquement et affectivement leur bébé dans son processus de naissance. Le prolongement affectif des parents réduit la douleur du bébé et lui permet de sentir ses parents bien présents avec lui dans cette aventure stressante qu’est sa naissance.

Avec le prolongement, la douleur de l’accouchement devient plus facile à gérer pour la mère. Elle se sent réellement accompagnée par son conjoint, ce qui lui permet d’être encore plus présente à son bébé. De son côté, le père joue un rôle très actif durant la naissance du bébé. Il offre continuellement la présence de son cœur et de son toucher à la mère et au bébé.

Si la mère est envahie par la douleur ou des émotions difficiles, elle n’est en général plus capable d’accompagner son bébé en train de naître. Le père demeure présent à la mère, l’aidant à se recentrer, et au bébé, afin qu’il ne se sente pas abandonné. C’est un peu comme si la mère et le bébé étaient ensemble dans une tempête en mer et que le père, sur la berge, guidait leur navire à bon port au moyen du fil de son toucher rempli d’amour.

Une naissance ainsi vécue nourrit le cœur et l’âme de ceux qu’elle touche et tisse pour la vie des liens d’amour forts entre le père, la mère et l’enfant.