Bienvenue dans le silence

Voici le temps de l’année où la nature nous entraîne dans un mouvement de lenteur, de sobriété et de tranquillité… comme une douce invitation à rentrer à la maison. Nous sommes cette Nature qui nous entoure; elle est en nous. Seulement, notre société semble oublier ce lien lorsqu’elle poursuit son rythme effréné qui va à l’encontre du rythme ralenti de l’hiver. Tout ce qui nous entoure nous appelle à la tranquillité intérieure. Et si notre quotidien venait à répondre à cette invitation de la nature à entrer en intimité chez soi, avec soi? Si on prêtait attention au silence qui vibre en nous afin d’entendre son chuchotement?

Quand on rencontre le mot « silence », nous vient d’emblée à l’esprit la définition la plus courante : le silence est le contraire du bruit. Ce n’est pas ce silence qui nous intéresse ici, car ce silence-là est sans vie, fabriqué, « un silence de mort » comme le dit l’expression. C’est plutôt de l’autre silence, beaucoup plus rare celui-là, un silence bien vivant et bien vibrant, dont il est question. Ce silence embrasse tous les bruits, toutes les paroles et tous les cris. C’est dans ce silence que naissent et meurent tous les sons sans exception. Organique et lumineux, il nous invite à plonger en nous-mêmes dans un mouvement vertical sans équivoque qui échappe au mouvement horizontal de la pensée. En effet, lorsque notre attention suit nos pensées, c’est un peu comme si notre regard suivait notre main allant et venant devant nous. Lorsque cesse ce mouvement, le véritable silence s’installe aussitôt.

Pénétrer dans la demeure de ce silence bien vivant, c’est indiquer la porte de sortie à nos pensées et entrer dans un état de quiétude qui nous est naturel. Là, juste là, se trouve une paix, une sérénité accessible que nous sentons rapidement; il agit du retour à notre véritable nature. En fait, ce silence nous cherche; il nous connaît bien. De sa voix lointaine, il nous appelle à rentrer à la maison. Bien patiemment, il attend que nous lui accordions notre attention. La constante disponibilité et l’extrême simplicité de cet espace de tranquillité intérieure étonnent. Ce silence est irrésistible de par sa façon de faire surgir en nous la question essentielle : « Qui suis-je? » Comme notre mental ne sait pas répondre à cette question, il se tait et, en secret, le silence nous prend par le cœur et nous conduit dans son mystère. On goûte alors à une connexion à soi d’une intimité insoupçonnée. La question « Qui suis-je? » semble connaître le chemin… celui du silence.

Et si c’était là la réponse à cette question identitaire si fondamentale qui émerge tôt ou tard dans la maturité de notre quête de sens? Apprenons à entendre la beauté discrète de ce silence qui se manifeste dans un vide complètement plein. Un jour, nous sommes enfin prêts à le suivre sur la route qui mène vers la souvenance de qui nous sommes vraiment, vers la source de la vie. En visitant cette demeure intérieure du silence, nous pouvons ultimement commencer à percevoir une présence… un sentiment intense d’être en vie… une présence bienveillante et éveillée.

Dans sa grande humilité, le silence nous donne accès à ouverture remarquable, à une capacité d’aimer absolue et infinie. Il est une invitation sacrée à vivre de cette ouverture qui unifie tout ce qui est présent. Cette porte ouverte nous mène vers une nouvelle façon de vivre qui est insoupçonnée et inédite, une manière de vivre dans la réalité de ce qui est, et non dans notre mental qui rêve et qui s’illusionne de croyances et de pensées de toutes sortes.

Dans son secret, le silence nous ouvre les portes de la liberté intérieure!

L’expérience spirituelle

À la fin de mon premier article, paru en juin dans l’édition d’été de Cheminement, j’annonçais que, dans le numéro suivant, je traiterais de l’expérience spirituelle. Eh bien, voici. Pour moi, l’expérience spirituelle est le processus consistant à entrer en relation avec cette réalité beaucoup plus vaste que l’expérience que je peux en faire, soit la SPIRITUALITÉ. Un chemin intérieur me permet de découvrir l’expérience de mon être et de vivre une expérience spirituelle.

Lorsque je suis connecté à mon intérieur, mon esprit me fait vivre quelque chose qui me dépasse, quelque chose de plus grand que moi. Cela me permet d’apprécier aussi les biens matériels qui me permettent de vivre de façon la plus équilibrée possible. Je contemple les beautés de la Nature et le mystère de son harmonie. Cela a quelque chose de transcendant, d’humain et de divin à la fois. Mon Soi intérieur profond est comblé.

Le souvenir de la naissance de mes trois enfants me rend admiratif et reconnaissant. Ma vie a un sens, celui de donner et de rendre service. Une peinture me transporte. Un coucher ou un lever de soleil, ou encore une pleine lune me fascinent. Mon corps, mon âme, mon esprit, mes aspects social et religieux ne font qu’un et sont des dimensions complémentaires dans tout mon être. Par mes sens, je peux jouir des belles choses de la vie. Mon âme garde mon corps animé. Mon esprit est source de contemplation. Ma relation aux autres et à Dieu me fortifie et me fait me sentir unique, apprécié et aimé.

Les dimensions « bio-psycho-sociale-spirituelle-religieuse » sont à la fois interdépendantes et interreliées. Mon Soi profond contribue à intégrer tous ces aspects en moi. Mon inspiration provient aussi bien de mes sens que de mon esprit, de mon âme et de mes contacts avec les autres et avec le Tout-Autre. Une puissance supérieure et transcendante m’ha­bite. Je prends conscience de mes forces à tous les niveaux et de mes limites aussi. Je suis un et unique. Je mets l’accent sur le spirituel. J’apprivoise le caractère inconscient de ma dimension spirituelle et je cherche à la rendre de plus en plus consciente.

Je chemine pour que mon spirituel inconscient devienne de plus en plus conscient, en faisant appel à la méditation, à l’admiration de la Nature, à l’écoute attentive du plus profond de moi-même, au lâcher-prise, à mes réflexions personnelles, à mes lectu­res et à tout ce qui peut m’élever, tout en demeurant bien enraciné dans la réalité. Mon être global comporte donc plusieurs dimensions, lesquelles s’alimentent les unes les autres afin que je devienne meilleur chaque jour et que je sois heureux dans le moment présent, dans chacun des instants qui me sont donnés si généreusement.

Yvon R. Théroux a fourni la définition suivante de l’expérience spirituelle : « S’ouvrir à cette vie profonde et intime, entrer dans son intériorité et conformer son agir en conséquence, ce qui va conduire à donner un sens unifiant et fondamental à l’existence ». En terminant, je me permets de décrire brièvement quelques-uns des critères d’une expérience spirituelle :
• spontanéité : la surprise nous oblige à être naturelle et vraie;
• unicité : l’expérience ne peut réagir de façon répétée de manière identique;
• apprentissage : suscite une nouvelle croissance;
• intériorité : permet une transformation profonde quand on est branché à son Soi;
• liberté intérieure : procure une énergie nouvelle;
• relation aux autres : poser des gestes gratuits et solidaires;
• relation avec le Transcendant : explorer une dimension plus grande que soi;
• réalité : assumer le réel dans « l’ici et le maintenant »;
• quête de sens : chercher un sens à l’existence.

1Théroux, Yvon R., « Le cheminement spirituel : un processus de maturation? », conférence donnée à Châteauguay en avril 2005 (Google).

Marcher, c’est retrouver l’être essentiel

Merci au magazine Psychologies.com pour l’autorisation de publication.

Note aux lecteurs : En raison de la longueur du texte de départ et de contraintes d’espace, nous n’en avons reproduit qu’un extrait. Vous trouverez le texte complet à l’adresse suivante : www.psychologies.com en inscrivant le titre de l’article dans la case recherche.

Plus qu’une simple activité physique, la marche est avant tout un précieux outil pour éveiller ses sens et se reconnecter avec sa nature profonde. Pierre-Yves Brissiaud, psychothérapeute et auteur de Marche et Méditation (Éd. Jouvence, 2005), revient sur les bienfaits insoupçonnés de nos balades.

En quoi la marche nous permet-elle de nous retrouver?
Pierre-Yves Brissiaud : Depuis toujours l’homme est en quête de sens. Sans sens, nous tombons dans l’absurde. Pourtant, la démarche mécaniste de nos vies nous a bien souvent mené à faire ce que nous avons à faire, sans chercher le véritable sens de nos actions. Marcher permet de s’installer dans une réflexion en créant un temps dans le temps, en créant une rupture, en entrant dans un autre rythme. Cette réflexion peut commencer par des questions simples : est-ce que je marche vite ou plutôt lentement? […]

Avant même d’être instigatrice de réflexion, la marche n’est-elle pas surtout un éveil des sens?
Pierre-Yves Brissiaud : Quand nous marchons, l’éveil de nos sens n’est pas forcément une finalité. Lors d’une balade, nous allons d’abord renouer avec la sensorialité. La marche va être le lieu d’échange entre notre environnement extérieur et intérieur, nous permettre de comprendre les interactions entre « le dedans » et « le dehors ». Le vert tendre d’une clairière peut m’apporter une grande sensation de tendresse, l’odeur de l’herbe peut réveiller des souvenirs et susciter une émotion profonde. Mais ce n’est là qu’une première étape. Car marcher va également nous permettre de mettre le corps en mouvement, de sortir de l’immobilisme et de réveiller l’être. C’est seulement alors que nous sommes à même d’écouter les sens pour méditer, de prendre conscience d’une profondeur supplémentaire de notre être, de nous éloigner des sentiments de surface. La méditation relève de cette intentionnalité posée entre moi et moi-même, c’est une autre recherche, une réflexion du sens ET de la spiritualité.

Est-ce la condition préalable à « la réconciliation profonde de notre nature avec Dame Nature » dont vous parlez dans votre ouvrage?
Pierre-Yves Brissiaud : Je pense qu’il faut revenir aux cultures ancestrales pour comprendre ce lien puissant entre la nature et nous. Selon la culture Tao, nous sommes le tout dans le tout, une partie de cet uni­vers. Identiquement, les Indiens d’Amérique ne concevaient pas de séparation entre Mère Nature et leur propre nature. Aujourd’hui encore, leur philosophie est omniprésente. […] Effectuée dans un lieu serein, la marche va nous permettre de renouer avec notre profondeur, notre environnement intérieur.

En quoi la marche est-elle, comme vous le décrivez, un acte « existentiel »?
Pierre-Yves Brissiaud : La marche nous met en relation avec l’essence même de l’existence, cette partie subtile de l’être dont le citadin est souvent coupé, du fait de son rythme de vie, de son environnement. Comme nous le mentionnions précédemment, marcher constitue l’acte de mettre l’être et la locomotion au ralenti, de créer une rupture de rythme pour mieux exprimer ce que nous sommes. […]

En quoi le chemin que nous empruntons en marchant symbolise-t-il notre cheminement intérieur?
Pierre-Yves Brissiaud : Il y a là une dou­ble problématique. La marche peut d’abord relever de la spiritualité : marcher d’un endroit à un autre, nous donner un but, c’est réveiller une partie de notre symbolique intérieure et nous permettre de cheminer avec elle. Mais nous pouvons aussi chercher à nous déplacer pour lâcher prise, marcher sans but pour nous « vider la tête ». C’est l’association de ces deux types de marche qui donne à la pratique tout l’intérêt et le plaisir que nous pouvons en tirer. La marche ne nous laisse jamais indemnes, elle a toujours un effet sur nous. […]

Au final, que peut nous apporter la marche, au quotidien?
Pierre-Yves Brissiaud : En nous reconnectant avec notre nature profonde, la marche va nous permettre de l’importer dans notre quotidien, de déplacer notre expérience de la profondeur dans une sphère habituellement plus légère. Après avoir marché, peut-être aurons-nous moins envie d’être influencés, la superficialité et l’apparence aurons moins d’importance, contrairement au partage et à la réflexion.