La poésie de la vie

Je ne me rends pas toujours compte que c’est une grâce que d’être en vie. Je ne me rends pas toujours compte que la vie m’a été donnée gratuitement. Je ne me rends pas toujours compte que donner, en accord avec soi-même, c’est aller dans le sens de la vie.

Le soir, lorsque je suis couché dans mon lit, que je respire profondément et que j’entends mon cœur battre, je me dis que même si la vie est puissance, elle ne tient qu’à un fil, que la vie est fragile.

Plus je suis à l’écoute, plus je ressens, plus je considère tout ce qui m’arrive comme étant important. Ainsi, ma manière de voir change. Je ne vois plus de la même façon. Je réapprends à voir, je réapprends à vivre. La fonction de mon regard change.

Je sens que tout devient important. Tout devient important à chaque moment. Quand je vais choisir les fruits et légumes au marché, quand je marche sur le trottoir, quand je souris à un enfant, quand je répare une crevaison, quand j’attends quelqu’un, je ressens qu’il n’y a rien de meilleur. Je considère qu’il n’y a rien de meilleur que ce qui m’arrive peu importe ce qui m’arrive. La vie revêt un caractère sacré.

Je me suis rendu compte que même si je pouvais penser, décider et agir, je ne suis pas le maître de ma vie, mais que la vie est ma maîtresse. Et je ne suis pas là que pour en profiter. Je la remercie et, le plus souvent possible, je suis à son service, à son écoute. J’écoute les signes qu’elle me présente au quotidien et j’essaie de voir comment je me sens dans chacune des situations, en les vivant pleinement.

Il n’y a pas de situation idéale; il n’y a que ce qui nous arrive. Je considère ce qui m’arrive comme étant précieux. Je me considère chanceux d’être en vie et de pouvoir vivre. À simplement dire cela, je me sens plus léger. Je me sens devant de multiples possibilités, je me sens plus ouvert. Je sens que la vie est belle et généreuse, qu’il nous suffit seulement d’être présent et à l’écoute pour l’apprécier et de toujours aller dans son sens.

Je me rends compte que tout est dans la façon dont j’aborde ce qui m’arrive. Qui suis-je pour décider ce qui doit m’arriver? Qui suis-je pour me prendre pour le grand juge, le commentateur et le critique de premier plan? Certes, je ne suis pas là pour cesser de souhaiter réaliser des projets ou entreprendre des actions. Qui suis-je donc, pour vouloir tout contrôler, surtout la tournure des événements?

La vie commence maintenant. La vie est belle. La vie est pleine de possibilités. La plus grande possibilité, c’est ce que nous sommes maintenant, peu importe ce que nous faisons, ce que nous avons, ce que nous représentons, peu importe notre situation ou les problèmes qui nous accablent. Ce qui est merveilleux à constater, c’est qu’à n’importe quel des moments de notre vie, nous sommes, tout simplement. Malheureusement, nous l’oublions souvent.

La vie nous a été donnée et comme disait Nietzsche dans sa jeunesse : « Le monde te prend tel que tu te donnes. ».

J’ai besoin d’être aimé

Inextricablement lié au fonctionnement relationnel, le besoin d’amour est un besoin vital chez l’être humain, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux théories qui considèrent le besoin d’amour comme un besoin de dépendance. L’amour constitue la nourriture psychique la plus importante chez l’être humain. Tenter de se convaincre rationnellement qu’on peut vivre sans être aimé et sans aimer, c’est tout simplement renforcer, par la rationalisation, son système défensif et masquer ainsi la souffrance que suscite le manque d’amour. La dépendance ne vient pas du besoin d’aimer et d’être aimé, qui est un besoin naturel, mais de l’attitude irresponsable qui met l’autre à la source de ses manques d’amour : on est dépendant quand on attribue aux autres la cause de nos problèmes. La dépendance est le pouvoir que l’on donne aux autres sur notre vie. Trouver les moyens de satisfaire ses besoins vitaux et fondamentaux d’amour équivaut précisément à se dégager de ses dépendances. L’être dont le besoin naturel d’amour est comblé est beaucoup plus libre et indépendant que celui qui est à la recherche de la satisfaction de ce besoin.

L’homme qui mange à sa faim n’est pas obsédé par le manque de nourriture. Parce que son besoin physiologique est comblé, il peut s’en dégager et se livrer à d’autres activités. L’enfant qui manque d’amour est un enfant très dépendant qui s’accroche et qui accapare toute notre attention. Quand son besoin d’amour est comblé, il peut très bien se détacher de nous pour quelque temps et se trouver d’autres occupations sans se sentir abandonné. L’amour, c’est la clé de la motivation, c’est ce qui donne envie de vivre, de créer, de se propulser et de propulser les autres.

Évelyne, que j’ai reçue en consultation, me disait un jour à peu près en ces mots : « Tu ne peux pas savoir combien je souffre de me sentir si seule. Le fait de n’avoir personne au monde qui m’attende, qui pense à moi, et le fait de n’avoir personne à accueillir ou à aimer m’est insupportable. J’ai l’impression que plus rien ne me retient à la vie. Rien ne m’intéresse. Il est des jours où je voudrais mourir tellement la vie me semble vaine et inutile. » Jacinthe, une amie, m’écrivait récemment : « Ma solitude me fait souffrir, je ne me trouve plus belle parce que je n’ai personne à aimer. » Jusqu’où peut-on aller pour satisfaire son besoin d’amour?

Sylvain a 28 ans. Il vient me consulter parce qu’il vit sa huitième peine d’amour. Toutes les femmes qu’il a aimées l’ont abandonné. Pourtant, il a tout fait pour les garder. Jamais il ne leur a refusé quoi que ce soit pour ne pas les perdre. Le besoin d’amour est tellement fort chez l’être humain qu’il est parfois prêt à se nier, à se détruire, à devenir une marionnette dans les mains des autres pour ne pas perdre cet amour.

Autant il est néfaste de nier son besoin d’amour par la rationalisation, autant il est nuisible de devenir dépendant pour ne pas perdre l’amour des autres. On ne règle pas un manque d’amour en donnant toute la place à la pensée rationnelle ou en la cédant dans son entier à « l’autre ». Dans les deux cas, il y a négation de soi. Dans les deux cas, il y a un manque d’amour de soi. La capacité d’aimer et d’être aimé est directement proportionnelle à la capacité de s’aimer soi-même. On revient ici à l’importance de la relation. Comment apprendre à s’aimer si on n’a pas été aimé? La personne qui ne s’aime pas a manqué d’amour, a été rejetée, jugée, niée dans son vécu. C’est alors le rôle des éducateurs et des thérapeutes de lui faire vivre une expérience d’amour véritable. Entouré d’influences agréables, le psychisme se transforme. C’est l’amour de l’entourage qui éveillera notre propre amour et qui nous permettra d’aimer dans le respect profond et inébranlable de ce que nous sommes. S’aimer, aimer et être aimé sont les trois composantes indissociables du besoin vital d’amour dont la satisfaction donne à l’être humain la clé de son équilibre et de son évolution intérieure.