L’art de la séduction

Le printemps vient bientôt cogner à nos portes et on commence à sentir ce petit quelque chose qui s’éveille et qui nous rend léger, ouvert aux autres ainsi que le goût de se sentir vivant et désirable. Nous éprouvons l’envie de nous rapprocher de l’autre en le séduisant, que nous soyons célibataires ou en couple ce phénomène est présent.

La séduction est un jeu, une danse que nous faisons avec l’autre. La séduction est un art qui réside dans l’élaboration de stratégie pour amener l’autre à répondre à son besoin. L’aspect esthétique et la physiologie de l’autre est importante dans la séduction. Il y a certains aspects dans le corps de l’autre qui attire notre œil, qui répond à nos codes d’attraction. C’est souvent notre premier contact vers l’autre.

Voici quelques notions importantes à mettre en place pour réussir notre pas vers l’autre :

  1. Identifier son besoin

Qu’est-ce qui nous motive à vouloir aller vers l’autre, à nous intéresser à l’autre. Nous voulons répondre à quel besoin? Est-ce un besoin affectif, c’est-à-dire que j’ai le goût d’une rencontre amoureuse, d’échanges et de partages tendres et romantiques, de tendresse et d’écoute. Ou c’est plutôt, de répondre à des besoins génitaux comme des relations sexuelles ou de contacts sexuels avec l’autre.

  • Observer l’autre

En observant l’autre, cela va me permettre de recueillir des informations qui vont m’aider à identifier la stratégie à mettre en place pour que l’autre ait le goût de se rapprocher de moi, en le séduisant.

  • Élaborer une stratégie

Nous allons utiliser des stratégies de séduction qui sont positives et invitantes pour l’autre, afin de répondre à notre besoin. Ceci peut se faire par l’utilisation de mots, de gestes, de mimiques du visage tout en jouant avec les distances corporelles. Souvent cela commence par un échange de regard, un sourire car en souriant nous faisons preuve d’ouverture.

Nous allons nous montrer désirable par : le haut du corps pour répondre à des besoins affectifs, le bas du corps pour répondre à des besoins génitaux. Notre posture va être droite et nous allons jouer avec des mouvements, qui vont amplifier notre féminité ou masculinité.

Notre façon de communiquer avec l’autre va être ouverte car nous voulons que l’autre s’intéresse à nous.

Voici quelques points à retenir pour démarrer une conversation

De quoi peut-on parler?
Aborder des sujets simples et légers même s’il s’agit de clichés comme le temps qu’il fait. Il n’est nullement nécessaire d’avoir un sujet de conversation ultra brillant pour débuter.
Parlez de ce que vous avez en commun avec l’autre.
Parlez de ce qui vous unis : les amis qui vous ont présentés, le bar, le cours que vous suivez ensemble, la destination touristique, le restaurant, le film, …
Parlez de vos passe-temps favoris, de sports, de voyages, d’animaux, de l’actualité, d’histoire, de l’art, de la nature, …

Adoptez un style léger et plutôt humoristique. Et tout cela avec le sourire dans la voix.

Montrez-vous intéressé à connaître davantage la personne. Posez-lui des questions ouvertes et utiliser l’information qu’elle vous a transmise.

Rappelez-vous que lorsque la glace est brisée et que l’autre personne semble intéressée à vous parler, il est important de procéder graduellement et ne pas tout dévoiler de soi au premier rendez-vous.

Donc, qu’est-ce que je vais développer chez moi pour répondre à mes besoins en fonction de ma démarche, de mes comportements, de mon apparence, de mon odeur afin de me rendre aimable et désirable aux yeux de l’autre?

Et quand nous abordons l’autre, nous aimerions savoir si elle est sincère avec nous ou si elle est en train de nous raconter des histoires. La meilleure façon de savoir si notre approche a porté fruit, c’est d’observer ses réactions à nos propres gestes : elle va faire les mêmes gestes que nous, donc une réponse en écho (un synchronisme corporel).

Souvent la réponse est inscrite dans son regard, donc il faut que nous observions l’ensemble de son comportement : ce qu’elle dit et ce que son corps dit (verbal et non verbal).

Est-elle en train de nous jeter un regard? De nous sourire? Répond-t-elle à nos questions? Nous avons l’impression qu’elle nous écoute quand nous lui parlons et elle nous donne de l’information sur elle-même. Nous pose-t-elle aussi des questions? Cligne-t-elle des paupières et la tête part-elle dans la direction du regard?

Si vous répondez oui à ces questions, c’est qu’elle est intéressée à vous.
Bonne chance

Je m’épanouis… un peu, beaucoup, passionnément

On entend souvent l’expression « être épanoui sexuellement », qu’est-ce que cela veut dire exactement, à quoi faisons-nous référence? Est-ce la fréquence des relations sexuelles, le nombre ou le type d’orgasme qu’on a obtenu, le nombre de partenaires qu’on a eu, l’absence de dysfonction sexuelle ou le degré d’intimité souhaité?

C’est plutôt ce que je désire retrouver dans ma sexualité. Un partenaire à l’écoute de mes besoins, être bien dans sa peau, vivre du plaisir dans la vie quotidienne et dans sa relation sexuelle, être à l’aise de nommer ses besoins, ses désirs et non de tenter de répondre aux stéréotypes… Mais peut-on être totalement satisfaite ou insatisfaite au plan sexuel qu’on soit seule ou en couple?

C’est le niveau de satisfaction qui va nous dire si on est épanoui sexuellement. La satisfaction est le plaisir qui résulte de l’accomplissement de ce que l’on désire. Chaque être humain a un potentiel érotique, c’est-à-dire la faculté d’avoir une sexualité qui lui ressemble, à partir de ce qu’elle est comme femme ou comme homme. Donc, quels sont les ingrédients de ma satisfaction sexuelle? Qu’est-ce qui me permet de me laisser aller au plaisir sensuel, sexuel et érotique de ma sexualité? Qu’est-ce qui me permet d’être bien dans mon corps de femme ou d’homme, d’exprimer ma féminité ou ma masculinité? Qu’est-ce qui me permet de m’abandonner à l’autre et de me réaliser?

Pour être épanoui sexuellement, il faut évidemment être bien dans sa peau, par conséquent avoir une bonne estime de soi. C’est lorsque nous avons confiance en nous-mêmes que nous pouvons nous laisser aller, exprimer nos besoins, arrêter de focaliser sur la performance et ne pas nous inquiéter si nous mettons du temps à atteindre l’orgasme!

Nous devons nous responsabiliser par rapport à notre vie sexuelle, oser dire à l’autre ce qui nous plaît et nous déplaît. Oser aller chercher son propre plaisir au lieu d’en rendre l’autre responsable. Si nous demeurons « en attente », nous n’aurons pas une sexualité qui nous ressemble.

La notion de responsabilité inclut également l’équilibre entre donner et recevoir. C’est difficile de recevoir quand on cherche trop à faire plaisir à l’autre. Être responsable de sa sexualité suppose aussi prendre le temps de savourer le moment présent, de jouir du plaisir vécu pendant la relation sexuelle et de s’amuser!

Ne passons pas à côté de ce qui est réellement important à vivre et à ressentir dans cette belle énergie de plaisir et de sensualité qui nous habite car…

Être épanoui, c’est de se réaliser sur tous les plans de notre vie, non seulement au plan sexuel mais aussi dans les autres dimensions de sa vie comme dans ses amitiés, ses loisirs, professionnellement…, autrement dit, de nous accomplir en tant que personne, en tant qu’être sexué et d’être à l’écoute d’abord de soi et de vivre ce qui est « in » pour soi.

Complice du plaisir

Le plaisir peut être yin, doux, sensuel, subtil, passif, contemplatif, ou il peut être yang, intense, brutal, extraverti, dominant, dynamique. L’un est apparenté à la délicatesse féminine, et l’autre à la virilité masculine. Qu’on soit femme ou homme, hétéro, bisexuel, ou gai, on a tous avantage à explorer la gamme du yin et du yang et à équilibrer notre être. Notre société tend à valoriser le yang et à dénigrer le yin, et la plupart d’entre nous ont davantage besoin d’explorer la féminité et l’aspect yin du plaisir.

Le plaisir pour moi, c’est un tremplin vers la spiritualité, l’illumination, l’extase… C’est indispensable à ma survie.

J’ai donc choisi comme complice, ma plume frémissante et délicate, pour vous inviter à pénétrer dans mon univers intime. C’est ma plume à l’encre de cerise rouge, qui se couche sur cette page d’histoire pour vous dévoiler les secrets de mes plaisirs charnels.

L’interdit du péché de la chair

Le plaisir, m’a-t-on enseigné dans ma tendre et timide enfance, c’était l’interdit du péché de la chair. Donc, si comme moi, vous êtes venu au monde dans la virginité d’une bonne famille puritaine et réservée, lisez ces lignes à vos risques. Je confesse qu’en fait, le plaisir s’est avéré un tremplin vers l’extase et la spiritualité (même l’illumination) et un outil de transformation personnelle indispensable à ma survie. Je suis honorée de vous confier le récit inédit du pèlerinage de mon voyage initiatique vers le plaisir extatique.

La peur de l’envahissement

Ma quête est une histoire à la fois banale et périlleuse. Elle débuta dans la prison de la tour de mon enfance, où féminité, affection, sensualité et sexualité sont confondues, emprisonnées dans le même tabou de ma ceinture de chasteté où parents, clergé, éducateurs et société m’ont enfermée, pour mon propre bien. Amen. L’ère du féminisme sonna pendant mon adolescence, et timidement, la princesse a revendiqué son émancipation sexuelle. Elle s’est métamorphosée en femme de carrière indépendante, portant le tailleur 3 pièces et même la cravate pour mieux se blinder. Inconsciente que mon aventure féministe me conduisait en réalité plus vers la masculinisation que l’émancipation, j’en ai tout de même profité pour sortir de ma tour fragilisante et faire basculer le pendule de ma quête (mon besoin) d’équilibre et m’enraciner dans des chaussures à talon plat, plus stables et sécures. J’avais recyclé (troqué) ma désuète ceinture de chasteté en bouclier protecteur, complété d’un masque à l’air hautain et invincible. Derrière se cachait ma peur. La peur des hommes, de l’autorité, de l’abus, de l’agression, de l’envahissement, de me faire embrasser contre mon gré, d’être consommée par l’incontrôlable testostérone, alouette!

Merci à la loi de la gravité et de l’équilibre qui a su ramener le pendule féministe trop yang, dans une direction plus yin, celle de la féminité, en passant par le centre du cœur et de l’amour de soi. Quelques prises de conscience s’imposaient.

Me dévoiler telle que je suis?

Ah oui, comment puis-je attendre de l’autre qu’il m’aime, me respecte et m’honore pour l’être authentique que je suis, si je n’ai pas appris à m’aimer moi-même et à me présenter sans masque ni bouclier (me dévoiler telle que je suis)? Comment peut-il me deviner et respecter mes besoins et désirs, si je n’ai pas appris à me connaître moi-même. Comment puis-je m’abandonner en toute confiance à vivre l’intimité, à être réceptive et accueillante, attentive et perceptive à l’autre, si je ne me fais pas confiance à moi-même. Bien sûr, si je sais m’écouter, me faire écouter (entendre), observer et exprimer mes désirs, je saurai, en toute assurance, trouver et inviter un partenaire digne de partager mes draps d’intimité.

Ah oui, j’avais du déblayage à faire pour départager affection, sensualité, sexualité et permettre à ma féminité de s’exprimer dans toute sa gamme vibratoire, avec tous ses atouts sensoriels, émotifs et spirituels. Bien sûr, je devais prendre le temps de m’initier et d’explorer les délices yin du plaisir et laisser fleurir la geisha* en moi. Je pourrais ensuite revêtir le kimono de la shakti**, incarner le plaisir, et inviter mon partenaire à découvrir la complice du plaisir.

Mettez vos récepteurs en appétit

Glissez-vous lentement et sensuellement dans un kimono de soie et mettez en appétit tous vos récepteurs sensoriels – vos papilles gustatives, récepteurs tactiles, cils olfactifs, vos tympans, vos rétines oculaires – pour découvrir la geisha en vous. Préparez-vous à la réceptivité, l’émerveillement de la découverte des sensations dansantes et imprévisibles, dans le moment présent, sans prendre pour acquis où vous mènera le sentier de cette expérience, l’altitude de votre ascension, ou la latitude de votre escapade. Soyez dans le sans attente, dans l’ouverture à ce qui est dans le moment présent. Différez le réflexe orgasmique à l’extase de caresser chaque cellule de votre être physique et subtil. Le plaisir est une perle précieuse. Le partager, en toute complicité, est un privilège.

Manouche

* Au Japon, la geisha est une artiste gracieuse et sensuelle (pour tous les 5 sens)

** Dans le système tantrique, le shakti est le principe yin.

Que ta volonté soit faite et te propulse à t’épanouir

La volonté est une puissante force motrice qui nous permet d’effectuer des changements notables dans notre vie en plus de nous inciter, à évoluer et à rendre notre vie meilleure. Notre cœur nous invite à sentir ce qui est favorable et défavorable pour nous, et notre conscience nous aide à choisir les actions justes à exercer pour être en accord avec nous-mêmes. C’est toutefois notre volonté qui nous pousse à nous organiser, à persé­vérer dans l’adversité, à agir avec détermination et constance dans le but d’atteindre nos objectifs et de réaliser nos rêves.

Lorsque la volonté est jointe à une intention sincère d’offrir le meilleur de soi, de se respecter personnellement et mutuellement ainsi que de donner un sens à sa vie, le pouvoir d’action s’intensifie, et la réalisation des objectifs conduit à l’épanouissement. Comme notre bonheur est proportionnel à notre capacité d’intervenir consciemment dans notre vie, d’être fier de soi, de se sentir utile et de répondre harmonieusement à nos multiples besoins, il est non seulement bon de savoir ce que l’on veut accomplir, mais extrêmement bénéfique de se connaître pour être heureux. 

Il est essentiel, au préalable, de distinguer ses besoins de ses désirs. Il faut savoir que les besoins appartiennent à l’individu, et lui seul est responsable de les satisfaire contrairement aux désirs qui impliquent une autre personne. Plus l’être est conscient que ses besoins lui appartiennent, plus il prendra la responsabilité d’y répondre en faisant les efforts nécessaires sans attendre quoi que ce soit de l’extérieur. D’ailleurs, si l’individu ne répond pas à ses besoins dans l’espoir que les événements de la vie finissent par lui fournir ce qu’il souhaite et blâme son entourage d’être responsable de son malheur, il est fort à parier qu’il sera insatisfait de sa vie.

Il importe de partir de la réalité et de voir de quelle manière nous pouvons combler nos besoins. Puis, d’entretenir des pensées positives, malgré les résistances justifiées ou non du mental perturbateur afin de visualiser la satisfaction de nos besoins. Ensuite, de faire des choix en accord avec soi-même qui vont stimuler le sentiment de bien-être au quotidien. Sans oublier d’être patient, de respecter son rythme, ses limites et celles des autres, de collaborer harmonieusement et d’être reconnaissant de l’aide reçue.

L’être humain est parfaitement imparfait. Ses talents lui permettent d’être utile à la société, et ses inex­périences l’obligent à demander de l’aide afin que tous nous
puissions collaborer à notre réalisation personnelle et collective. Donc, si une compétence est manquante, l’individu peut choisir de la développer ou chercher un collaborateur qui la possède afin de mener à bien ses desseins. En s’impliquant avec fierté dans la satisfaction de nos besoins, nous transmettons le meilleur de nous-même, nous propageons de la joie et du bonheur à notre entourage tout en nous réalisant personnellement et en nous épanouissant. 

À chaque fois que je vois une personne lever les yeux au ciel en disant : « Que ta volonté soit faite », j’aimerais lui répondre : « N’attendez pas après qui que ce soit d’autre que vous pour répondre à vos besoins. Il vous suffit de poser des gestes en accord avec vous-mêmes. » Soyez conscient de ce que vous avez à offrir et ayez la volonté de le transmettre en collaborant harmonieusement avec vos semblables afin que nous soyons une humanité de plus en plus unie et épanouie. Ce sont vos efforts vers votre bien-être qui vous combleront.

La sexualité… de l’insanité à la sanité!

À l’aube d’un été qui s’annonce chaud, plusieurs attendent impatiemment le retour des mini-jupes et des maillots de bain. Pourquoi? Parce qu’à la vue du corps dénudé, ils s’emballent et s’enivrent, et ce, jusqu’à s’en étourdir…  Je travaille comme sexologue et psychothérapeute en bureau privé depuis 2006 auprès de diverses clientèles, mais depuis quelques années, j’observe une augmentation d’une clientèle qui souffre du mal de vivre, du manque d’amour… que certains cherchent à combler au moyen de la sexualité. Voici donc un bref portrait de ce qu’est la dépendance sexuelle, qu’on appelle aussi sexolisme.

Ce qu’on cherche à comprendre au sujet de la dépendance sexuelle, c’est comment il se fait qu’on parle de dépendance alors que la sexualité est un besoin vital. Autrement, nous serions tous dépendants, tout comme il faut s’alimenter et que certains abusent de la nourriture. Le dépendant sexuel est celui qui a perdu le contrôle, qui n’a plus la liberté ni le pouvoir de choisir ou de modifier ses comportements sexuels malgré les conséquences négatives. On parle de sexolisme lorsque la sexualité est utilisée pour briser l’isolement, pour surmonter l’insécurité ou la peur; bref, pour cacher une émotion. On crée un appétit artificiel qui conduit à faire mauvais usage de la sexualité ou à abuser de cet instinct naturel. C’est, en définitive, une sexualisation de ses émotions.

Grâce aux données de Google Double Click Ad Planner, nous savons que les sites pornographiques génèrent 4,4 milliards de pages vues dans le monde entier tous les mois, et ce, sans compter les autres sources de consommation. Peu de recherches sont véhiculées à propos de cette dépendance. Elle est encore peu connue et très difficile à évaluer.

Mis à part la pornographie, il existe d’autres sources de consommation sexuelle (lignes téléphoniques érotiques, sites de rencontres à caractère sexuel, masseuses et danseuses érotiques, sextos, etc.). Quand on parle de dépendance sexuelle, il en résulte que beaucoup plus d’hommes que de femmes en souffrent, mais à vrai dire, cette dépendance se manifeste différemment. Les hommes la vivent de façon solitaire (masturbation jumelée à la pornographie) et les femmes, dans leurs relations (jeux de séduction en cherchant le regard désirant et approbateur des hommes). Le vide intérieur causé par le manque affectif peut expliquer pourquoi être désiré = être aimé.

En conclusion, je peux m’interroger. Si je n’avais jamais été en contact avec des messages ou des images­ hyper-sexualisées, quelle sorte d’individu serais-je devenu sexuellement? J’aurais reçu une programmation positive sur la sexualité : amour, respect, consentement, liberté, choix, tendresse, plaisir, etc. J’aurais une bonne estime de soi : je serais bien avec moi-même, heureux. J’apprécierais mon corps tel qu’il est, avec mes imperfections, et je mettrais en valeur mes atouts. Je ferais des choix éclairés, basés sur mes désirs, mes valeurs et mes besoins. J’aurais développé des habiletés de communication saine pour me sentir à l’aise de parler de sexualité. Je me respecterais, je ferais l’amour seulement quand j’en ai envie.  Je comprendrais et respec­terais les différences des sexes. Je serais en harmonie avec ma féminité/masculinité. J’apprendrais à connaître psychologiquement la personne aimée avant de la découvrir physi­quement. Je me laisserais séduire, je savourerais l’art de la séduction. Je mettrais la lenteur au cœur du processus de la rencontre intime et sexuelle, afin de nourrir la sensualité dans le moment présent. Je serais présent d’esprit, disponible émotionnellement, dans la pleine conscience corporelle. Je chercherais à vivre une expérience de connexion amoureuse, sexuelle et spirituelle sans chercher l’orgasme à tout prix. Enfin, j’aurais une sexualité saine parce que centrée, d’abord et avant tout, sur des valeurs intérieures.

Être heureux sexuellement influence-t-il le bonheur global du couple?

Les sexologues cliniciens s’entendent généralement sur le constat sui­vant :­ « Certains couples sont bien ensemble même si la sexualité leur pose des problèmes et d’autres se séparent même si leur sexualité est épanouie. »1 La sexualité constitue un élément fondateur du couple, mais elle n’en est pas la seule base. Il s’agit d’un facteur important et particulièrement précieux, car il est souvent exclusif. La vie sexuelle comporte bien sûr des hauts et des bas. Le plus important consiste à viser un bilan positif entre le plaisir relationnel partagé et les difficultés rencontrées dans la vie de couple.

La conception de ce qu’est une sexualité épanouissante demeure éminemment personnelle. D’où l’importance pour les partenaires de découvrir ensemble ce qui satisfait pleinement leurs besoins relationnels et sexuels. Voici quelques pistes de réflexion que je vous invite à considérer.

Cultiver la sensualité
L’amour ne se réduit pas à la sexualité. Le plaisir du contact physique sans caractère sexuel, comme s’embrasser et se câliner, contribue à l’épanouissement du couple par l’ouverture vers d’autres dimensions. On y apprend à communiquer avec son partenaire, même dans les moments où le sexe n’est pas possible ou souhaitable pour différentes raisons.

Comprendre le langage amoureux de son partenaire
Selon Gary Chapman2, il existe 5 principaux langages de l’amour, dont le toucher physique. Le toucher affectueux est un puissant moyen de communiquer à son partenaire qu’il est aimé et désiré. Il peut revêtir différentes formes, y compris les rapports sexuels. Pour certaines person­nes, le toucher représente le langage qu’elles comprennent le mieux et qui leur permet de s’épanouir sur les plans sexuel et émotionnel. Discuter ouvertement de l’art et de la manière dont chacun souhaite être touché et faire l’amour rendra leurs relations sexuelles encore plus bénéfiques et empêchera les non-dits de s’installer.

Apprivoiser les besoins d’intimité
L’intimité, et particulièrement l’intimité sexuelle, demande que chaque partenaire établisse des frontières entre soi et l’autre : des limites à la fois assez fermes pour ne pas se « perdre » dans l’autre ou se sentir envahi et assez souples pour permettre des rapprochements. Il s’agit d’un équilibre délicat entre le besoin de contrôle et le désir de connexion à l’autre.

Apprendre à relaxer et à jouer
Cet aspect est fondamental. La sexualité est un terrain de jeu et non d’enjeux! Les partenaires bien dans leur peau et dans leur tête n’ont rien à prouver et ne se comparent pas. Ils savent que le désir se nourrit de mystère et d’une certaine distance, le but de la sexualité n’étant pas l’orgasme à tout prix, mais le plaisir.

Gérer les conflits importants sans utiliser le sexe
Ce qu’on appelle communément « l’art de se réconcilier en faisant l’amour » (en anglais « make-up sex ») apaise certaines tensions physiques immédiates. La dispute crée une distance émotionnelle. Les partenaires peuvent alors ressentir un malaise qui les pousse à se rapprocher au moyen du sexe. Cependant, la sexualité ne règle pas les conflits de couple à long terme. Il appartient aux partenaires de trouver d’autres moyens de com­munication afin de gérer les situations conflictuelles.

Des partenaires qui cultivent une curiosité l’un envers l’autre, qui sont prêts à dialoguer librement et à explorer leurs besoins relationnels, pavent le chemin vers l’épanouissement de leur couple, là où la sexualité peut occuper une place de choix.

1 Dre Catherine Solano, médecin sexologue, dans Qui sont ces couples heureux? Surmonter les crises et les conflits du couple, Yvon Dallaire, 2006, Éditions Option Santé.
2 Gary Chapman, Les 5 langages de l’amour, 2008, Éditions Quotidien Malin.

Ma guérison (témoignage)

Passer par le corps pour guérir l’âme

Sixième d’une famille de douze enfants, je n’ai pas eu droit aux attentions parentales… comme tous les autres. À neuf ans, à la suite d’un accident, j’ai été expédié deux fois à l’hôpital, les yeux bandés, sans explications, sommé de res­pec­ter la règle du « Tais-toi et souffre en silence ». Pas de caresses ni de réconfort au retour. Grand-maman m’a montré comment manipuler mon œil arti­ficiel, car maman refusait de me toucher.

À douze ans, mes parents m’envoient dans un collège privé tenu par des frères pour poursuivre mes études. Dès la première entrevue, le frère directeur a voulu voir mon prépuce et ce qu’il y avait dessous. Pendant deux ans, j’ai pu échapper aux prédateurs sexuels en fuyant constamment, mais ce ne fut pas possible au cours des deux années sub­sé­quentes­ durant lesquelles un autre frère direc­­teur, d’un autre collège, s’assoyait sur le bord de mon lit, passait sa main sous les couvertures pour me tripoter. C’est à ce moment que j’ai appris « à faire le mort », à ne manifester aucun sentiment, aucune émotion, car beaucoup de prédateurs délaissent leurs proies quand elles sont mortes.

C’est au cours de ces deux années que j’ai appris à contrôler mes émotions, ma douleur, mes réactions physiques et émotives, jusqu’à devenir hyper-contrôlant de moi-même, dans tous les aspects de ma vie, sans même m’en rendre compte.

La pédophilie laisse des traces indélébiles marquées au fer rouge. Même si on ne veut pas regarder les plaies, on est forcé d’en sentir la chair brûlée.

L’an dernier, je suis ressorti de l’urgence avec un cancer de la prostate et de nombreuses métas­tases osseuses. Le Lupron m’a rendu impuissant, sans sperme, sans testostérone, sans libido, sans mes repères masculins habituels, avec des idées suicidaires, de l’ostéoporose grandissante et une multitude d’effets secondaires féminisants dégoûtants.

Après deux mois de dépression profonde, j’ai consulté une psychologue qui m’aide à m’en sortir. Je la rencontre aux deux semaines depuis huit mois. Une sexologue me soutient aussi pour gérer ma sexualité complètement détraquée.

Depuis l’automne dernier, je m’ouvre à mes filles et à mes proches. Il m’aura fallu 55 années pour me libérer de la pédophilie. Ce tripotage sexuel de mon adolescence me restait collé au fond de l’âme comme une croûte brûlée s’incruste au fond de la poêle sans décoller.

Il y a deux mois, sur un coup de tête, j’ai appelé une massothérapeute pour lui expliquer « mon cas ». Je ne voulais pas être massé pour soulager un muscle endolori ou une articula­tion coincée, mais pour qu’elle passe­ par mon corps pour rejoindre mon âme. C’est en me pressant très vigoureusement le dos, en me compressant comme un gros tube pour en faire ressortir la pâte malsaine, qu’elle a fait sortir de ma psyché les gestes pédophiles de mon adolescence. Depuis longtemps, j’étais convaincu que seuls des touchers sains pouvaient neutraliser, voire effacer, définitivement le souvenir de touchers malsains.

Soudain, le petit garçon devenu borgne n’était plus abandonné et rejeté. On l’accueillait en petit héros avec son œil de pirate, enlacé par les bras de sa maman en pleurant de joie, les cheveux brossés par la main de son papa. Et encore plus loin, j’étais devenu un gros bébé naissant. Pas seul dans son berceau, mais soulevé par des mains « maternantes », réchauffé par la chaleur d’un sein, bercé par le rythme d’un cœur, ébahi par le sourire d’une maman et embrassé comme seules les mères savent le faire.

L’automne dernier, à 67 ans, pour la première fois de ma vie, j’ai enserré vigoureusement dans mes bras quel­ques­-uns de mes frères. J’ai même osé leur dire « Je t’aime ». Des gestes impossibles à poser, et une attitude impensable à imaginer, il y a de cela à peine un an. Aujourd’hui, « ici et maintenant », j’erre à la recherche d’une nouvelle compagne de vie. Je veux être son Loup dans la fourrure duquel elle pourra se lover. J’espère découvrir une autre Petite Rudbeckie dont je m’enivrerai du parfum et caresserai les pétales.
LL

La caresse : la clé du succès amoureux

Bien qu’essentiel à l’épanouissement de l’être humain, le toucher demeure souvent perçu comme étant associé à la sexualité ou plutôt à la relation­ sexuelle. Je constate souvent la problématique de couples qui ont une difficulté à dissocier le toucher de la sexualité. En se touchant, on suppose qu’une relation sexuelle s’ensuivra. On se prive donc des bénéfices de la caresse si on n’a pas envie de faire l’amour.

Le toucher s’avère très stimulant sur le plan affectif. Avant même la naissance, c’est la première capacité sensorielle du fœtus. Après la naissance, le toucher assure non seulement la sécurité physique de bébé, mais il développe le sentiment de sécurité affective et, surtout, l’attachement. En clinique, les gens qui souffrent de problèmes d’intimité amoureuse ont souvent été privés d’affection dans leur enfance. Aussi, puisque les caresses renforcent l’estime de soi chez les enfants, ceux qui ont été peu cajolés souffrent davantage d’immaturité affective, causant ainsi des difficultés conjugales et sexuelles.

Chaque être humain a des besoins affectifs fondamentaux : se sentir désiré, écouté, compris, considéré, reconnu, soutenu, etc. Si le toucher est si important en bas âge, c’est qu’il assure l’assouvissement de ces besoins. Il permet fondamen­talement de se sentir aimé et sécurisé. Une fois adulte, ces mêmes besoins sont tout aussi présents et nécessitent d’être comblés. Cela dit, si, dans un couple, les individus ne se touchent plus, ils peuvent ne plus se sentir aimés.

L’expression « faire l’amour » suppose l’harmonie de deux corps qui s’offrent une connexion tant charnelle­ qu’émotionnelle. Le tou­cher est directement lié à ces deux dimensions. Il fait d’abord appel au plaisir physique en ce qui concerne la peau, l’organe des sens. Le toucher permet également une expérience émotionnelle qui se vit au travers de l’érotisme.

Maintenant, que s’est-il passé au sein du couple en difficulté qui ne se touche plus? Premièrement, il peut exister une mauvaise gestion émotion­nelle engendrée par des exigences élevées. On appelle cette pression interne anxiété de performance. Il s’agit du stress ressenti à la suite d’un sentiment de culpabilité. Ce qui amène la personne à fuir l’intimité pour ne pas avoir à gérer cette angoisse. Aussi, l’accumulation de stress quotidien, s’il n’est pas évacué sainement, empêche la personne d’être disponible émotionnellement pour l’autre et, donc, de le toucher avec une intention d’amour.

Deuxièmement, la passion qu’on retrouvait au début de la relation conjugale peut avoir fait place à autre chose. La sensualité, la tendresse et les caresses ont été mises de côté, par manque de temps. Être pré­occupé par les tâches ménagères, le travail ou les enfants, c’est « anti-érotique ». J’entends les gens souffrir d’un mode de vie effréné, qui entraîne une baisse de libido, mais également une perte de motivation à aller vers l’autre par la tendresse.

Enfin, si une mauvaise « hygiène émotionnelle » s’avère la cause principale de la disparition des caresses, la solution sera de prendre une « douche émotionnelle » quotidienne. À chacun sa façon d’éliminer les tensions de la journée, comme faire de l’exercice, prendre un bain ou méditer. D’ailleurs, il faut noter que le toucher fait partie de cette solution, car la caresse produit de la dopamine favorisant la bonne humeur. La dopamine atténue également la dépression, diminuant même le stress et l’anxiété. Une fois détendue, la personne devient ainsi réceptive à la rencontre sensuelle et sexuelle.

Quant au manque de temps, la solution pourrait être de réserver de « l’espace-temps » au quotidien pour permettre au couple de se retrouver. Nul besoin d’avoir un bloc de trois heures devant soi, une caresse prend une minute. Il se peut également que, si le toucher a disparu, c’est parce que l’amour s’est tout simplement éteint. Il peut donc être recommandé de consulter un professionnel tel qu’un(e) sexologue pour accompa­gner le couple dans la compréhension et la gestion de cette situation.