Je me sens toujours coupable

Comprendre la blessure de culpabilité

La blessure de culpabilité est une de celles qui sont le plus fréquemment réveillées dans les relations affectives. Sur le plan émotionnel, la personne blessée vit une peur exagérée de l’erreur et de l’échec. Pour éviter l’humiliation de la faute possible, elle développe un sens excessif du devoir. C’est une perfectionniste qui ne calcule pas ses efforts et qui travaille sans relâche. Elle ne s’accorde ni repos, ni détente,­ ni plaisir quand elle travaille et même ailleurs dans sa vie. Cette personne est asservie au regard des autres qu’elle perçoit comme des juges. Elle a tendance à minimiser ses succès et à dramatiser ses échecs. Comme elle se croit souvent « incorrecte », elle recherche les punitions pour se déculpabiliser quand elle ne se punit pas elle-même. Elle a énormément besoin de l’accord des autres et besoin, surtout, d’être aimée.

Dans sa forme défensive, la personne affectée par une blessure de culpabi­lité s’exprime parfois par le jugement et l’autojugement. Elle peut devenir, dans ses relations avec ses proches, un justicier, au sens où elle peut parfois réagir en punissant ses déclencheurs et en se punissant elle-même quand elle a été blessée. Lorsqu’elle est inconsciente de sa culpabilité, elle culpabilise. Née d’une éducation faite d’humiliations, de honte, de chantage affectif, de reproches, la personne blessée par la culpabilisation peut même se sentir coupable non seulement de ses erreurs et de ses fautes, mais aussi de tout plaisir, sexuel ou autre, et coupable de ses pensées. En fait, sa culpabilité est déclenchée chaque fois qu’elle ne respecte pas les principes religieux et moraux qui lui ont été inculqués, ce qui l’amène à se sentir responsable du malheur et de la souffrance des autres. Au plus profond d’elle-même, elle se sent même coupable d’exister, surtout si sa blessure de culpabilité est jumelée à la honte.

Pour mieux comprendre cette blessure, voyons l’exemple d’Yvan.

Yvan avait environ 40 ans lorsqu’il a entrepris une thérapie. Il avait quitté sa femme, Hélène, quelques mois plus tôt parce qu’il étouffait dans cette relation qui durait depuis cinq ans. Étant incapable de retourner vivre avec elle par besoin de liberté, il n’en vivait pas moins une grande culpabilité du fait de l’avoir quittée. Il se jugeait égoïste et irresponsable. Il donnait ainsi beaucoup de pouvoir à Hélène, qui, inconsciemment, se servait de sa vulnérabilité pour le dominer. Le sentiment de culpabilité était tellement fort chez Yvan qu’il avait tendance à mettre sur lui tous les torts de l’échec de son couple. Il n’avait aucune raison, se répétait-il, de l’avoir laissée. Aussi se sentait-il très coupable de lui faire vivre la souffrance causée par son départ. Pour se déculpabiliser, il allait la voir régulièrement même s’il n’en avait aucune envie et il prenait en grande partie la charge de leur petite fille de deux ans. En fait, il s’organisait pour payer très cher sa liberté.

Un grand nombre de ceux qui souffrent d’une blessure de culpabilité ont tendance, comme Yvan, à prendre, pour se déculpabiliser, la responsabilité entière des problèmes et des souffrances des autres, ce qui est très lourd à porter et qui décuple leur propre souffrance. D’autres, comme Hélène, rejettent toute la responsabilité de leur vécu et de leurs difficultés sur les autres. Dans les deux cas, leur vie relationnelle s’en trouve largement atteinte. En effet, en mettant la responsabilité de l’échec de leur couple sur le compte d’Yvan, Hélène ne se remettait pas en question et ne tentait rien pour se changer. Elle travaillait plutôt à changer son mari par des reproches, des accusations et des manipulations. Une telle attitude ne pouvait que nourrir sa déception et sa souffrance. Tenter de changer l’autre et attendre qu’il change, c’est nécessairement vivre des insatisfactions permanentes.

De son côté, en prenant la responsabilité de son vécu et de celui d’Hélène, Yvan faussait complètement la relation. Pour se déculpabiliser, il se niait et ne se respectait pas. À cause de son manque d’authenticité, il communiquait en permanence à sa femme des doubles messages qui rendaient toute communication authentique impossible. Par le système relationnel dysfonctionnel qui les liait, il s’est créé entre Yvan et Hélène une interdépendance insupportable. Même s’ils ne vivaient pas ensemble et se faisaient mutuellement beaucoup souffrir, ils étaient incapables de se quitter. Pour sortir de ce système aliénant, Yvan a dû apprendre à récupérer le pouvoir sur sa vie en remettant à Hélène la responsabilité de son vécu. Au début, après avoir pris conscience de son processus psychique, il a adopté devant Hélène une attitude défensive opposée à celle qu’il avait toujours eue. Il s’est mis à ressentir de la haine à son égard, sentiment qu’il vivait depuis longtemps, mais qu’il avait toujours refoulé. Puis, il a rejeté sur elle de nombreux blâmes. Son attitude défensive prenait sa source dans son vécu refoulé pendant des années.

Cet homme en voulait à son épouse de l’avoir culpabilisé et de l’avoir maintenu ainsi dans la dépendance. Il comprit plus tard qu’il avait largement contribué à nourrir cette dépendance. Il comprit aussi qu’il répétait avec Hélène un système qui avait caractérisé toutes ses relations affectives passées parce qu’il avait, toute sa vie, entretenu une attitude de « coupable » qui attirait à lui tous les reproches et tous les jugements condamnables qu’il ne voulait plus entendre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il avait quitté sa conjointe tout en restant empri­sonné dans la relation. Il comprit enfin que, pour éviter la culpabilité suscitée par les reproches, il avait redoublé d’attention, ce qui n’était pas de tout repos pour lui parce qu’il agissait dans le sens contraire de sa vérité profonde. De toute façon, Yvan s’était toujours senti coincé dans ses relations affectives. Au cours de sa démarche thérapeutique, il a appris que seul un travail sur lui-même pouvait le libérer de ses sensations d’étouffement et qu’il devait s’occuper de sa blessure de culpabi­lité pour trouver la liberté intérieure.

Les blessures, ne l’oublions pas, sont nées d’émotions intenses et traumatisantes vécues dans le passé. Ces émotions se ravivent chaque fois qu’un déclencheur extérieur rappelle à l’inconscient la souffrance de l’événement initial. Le meilleur moyen de soulager cette souffrance est de l’accueillir sans se victimiser, de l’accepter et d’apprendre à s’en protéger.

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PORTELANCE, Colette. Petit cahier d’exercice pour identifier les blessures du cœur et Petit cahier d’exercices pour soulager les blessures du cœur, Saint-Julien en Genevois, Suisse : Jouvence Éditeur, 2013.

Le lecteur trouvera des informations importantes sur « le processus de changement » et sur « les mécanismes de protection » dans mon livre : Relation d’aide et amour de soi. Montréal : Éditions du CRAM, nouvelle édition mise à jour, 2014, 529 p.

Entrez dans votre zone de découvertes!

Depuis trois ans, un événement important intitulé Le forum des artisans du changement a lieu. Le saviez-vous? Après Montréal en 2011 et Val-Morin en 2012, c’est à Québec que s’est déroulé le forum 2013 en novembre dernier.

Le forum des Artisans du changement est le plus grand rassemblement de personnes qui se posent des questions et désirent poser des actions pour créer une société inspirante, une société où nos actions sont des déclencheurs pour les autres.

À quand remonte la dernière fois où vous avez été un déclencheur dans la vie de quelqu’un, en racontant un projet réussi et duquel vous êtes fier?  Jusqu’à quel point réalisez-vous la différence que vous pouvez faire dans la vie des gens? Qu’est-ce que vous êtes prêt à accomplir pour raconter votre expérience et entraîner d’autres personnes dans l’action? Voilà le but du forum des Artisans du changement : partager, s’exprimer, écouter et mettre en commun  des expériences enrichissantes et des projets nourrissants. Il n’y a pas de petits ou de grands projets, il y a des projets, ceux qu’on a réussis et ceux qu’on veut entreprendre.

Si un jour il vous est arrivé de vous lever, de vous retrousser les manches et de vous dire : « je vais faire quelque chose pour mon quartier, ma ville, mon milieu de travail, ma planète » alors, vous êtes déjà un artisan du changement car vous portez l’intention. Pour passer à l’action, joignez-vous à d’autres artisans du changement lors du forum de 2014. L’originalité du forum? Chaque participant peut contribuer à la programmation!

Le forum des Artisans du changement, ce n’est pas un mouvement politique, c’est un mouvement collectif pour créer des projets et tisser des liens! En participant au forum des Artisans du changement, vous rencontrerez des personnes issues de domaines très variés, vous ferez grandir votre réseau et vous aurez un impact plus grand dans votre milieu.

Un rassemblement où l’énergie positive est un moteur de changement, c’est extraordinaire.

« On se rencontre avec l’intention d’agir ensemble », affirme Marie Couture. Pour sa part, Richard Cormier s’empresse de dire : « C’est là où on apprend vraiment que l’expérience de l’un peut nous être bénéfique et vice-versa. Qu’est-ce qu’on attend pour se connaître? ».

Se brancher sur une énergie créatrice, c’est puissant et ça nous sort des sentiers battus. Le miroir du changement, quand on s’y regarde, c’est pour y voir une métamorphose, si petite soit-elle. Richard et Marie sont des artisans du changement. Et vous, comment serez-vous un artisan du changement?


NOTE : Un merci spécial à Carole Verdon, pour son apport précieux à la rédaction de cet article lesmotsdanslencrier@gmail.com

Marie Couture et Richard Cormier