Accueillons nos deuils – Apprendre à perdre sans se perdre

Nous sommes tous des endeuillés avec nos vécus respectifs. En fait, la vie se charge très tôt de nous placer devant cette réalité incontournable. À la naissance, ne devons-nous pas faire le deuil de notre mère, de notre cocon, de notre sécurité? Déjà, nous vivons inconsciemment l’expérience de la perte, du deuil. Cependant, dans notre société moderne, où tout est axé sur la rapidité et la productivité, le deuil semble plus ou moins bien compris et accepté. Dans un monde où tout va vite, on tolère mal la souffrance. On quantifie tout en fonction du temps. Après un « certain temps », on voudrait que la personne passe à autre chose, tourne la page, arrête d’en parler, croyant à tort que c’est la meilleure chose à faire. On voudrait tellement que la personne ne souffre plus; on a tellement peur que cette souffrance soit contagieuse que l’on tente de la repousser loin de soi. Je ne crois pas que le temps arrange les choses. Il permet d’adoucir la douleur lorsque nous accueillons notre deuil. Par contre, le temps peut aussi être notre pire ennemi si nous tentons d’éviter de vivre cette souffrance, qui nous habite, en nous faisant croire que tout est réglé. Au contraire, tôt ou tard, elle refera surface sous une autre forme : malaises physiques de toutes sortes, dépression, anxiété, ou elle sera amplifiée par une autre perte.

Et si nous choisissions d’accueillir nos deuils, d’en comprendre le sens profond? L’état dépressif qui accompagne le deuil n’est pas une maladie, mais un état souhaitable (difficile à vivre, certes) pour en arriver à nommer et à vivre chaque émotion, sentiment que nous ressentons, et ainsi traverser les étapes nécessaires du deuil. N’oublions pas que nous sommes des Êtres fondamentalement libres. Nous avons l’entière liberté de choisir notre attitude face aux expériences que la vie place sur notre sentier. Dans ces moments difficiles, il est essentiel de s’entourer de la famille, d’ami(e)s, de groupes d’entraide qui sauront nous écouter sans jugement ni conseils. Ainsi, il est possible de vivre nos deuils à notre rythme, à notre façon, avec nos outils, notre vulnérabilité et nos forces. Nous accédons alors peu à peu à un mieux-être intérieur et nous apprenons à perdre sans se perdre. Il est essentiel d’être bien entouré. Au besoin, il est préférable de demander de l’aide professionnelle plutôt que de s’isoler. Il est possible aussi pour différentes raisons, que le deuil soit inhibé (vécu intellectuellement), différé (mis en attente) ou chronique (bloqué, figé). Il est alors souhaitable d’envisager une thérapie du deuil pour en arriver à « perdre sans se perdre ». Si nous reconnaissons et acceptons notre vulnérabilité, nous aurons plus facilement accès à nos forces. C’est une preuve de courage, de respect et d’amour envers nous-mêmes essentielle à notre équilibre.

Bonne route.

L’honnêteté face à soi-même

De quoi nous plaignons-nous le plus souvent? Pour quel malaise consultons-nous le plus souvent un professionnel de la santé? La fatigue… Combien de fois entendons-nous – j’ai de la difficulté à fonctionner? Une machine fonctionne. Pas l’humain. Il n’est pas surprenant que nous soyons à bout de souffle. Nous vivons dans une société où, pour être reconnus, nous devons produire de plus en plus. Nous en sommes rendus à considérer la fatigue comme normale dans nos vies. Pourtant, une fatigue persistante n’est pas normale. Dans tous les cas, la fatigue est un message de notre système d’alarme intérieur.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière la fatigue? À mon avis, l’auteur Arnaud Desjardins répond à cette question :

Plus quelqu’un refuse de tenir compte de quelque chose qui est en lui, plus il veut le nier, plus il s’épuise, et plus il aspire en vain à la paix. La protection du mensonge épuise plus que tous les surmenages.

Tout est dans cette citation. Se mentir à soi-même crée un stress intérieur qui devient tôt ou tard insoutenable. La peur de s’avouer que l’on se ment pousse souvent à chercher à l’extérieur de soi les réponses. On peut même s’épuiser à sauter d’une thérapie à l’autre, d’une théorie à l’autre. Ne cherchons de modèle nulle part ailleurs qu’en nous-mêmes. Nous avons souvent peur du changement extérieur, mais encore plus du changement intérieur. Mettre de la résistance à admettre que notre monde intérieur change, évolue, peut occasionner une grande fatigue parce que nous nions qui nous sommes. Cette résistance est souvent inconsciente.

Nous tolérons trop la souffrance engendrée par ce que nous ne voulons plus dans notre vie. Le connu nous paraît moins menaçant. La peur de l’inconnu nous paralyse. Il faut une bonne connaissance de soi et de l’honnêteté face à soi pour réaliser que nos besoins intérieurs d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a 1 an, 2 ans et même 10 ans. Il faut aussi une certaine dose de courage pour arriver à mettre en place les changements nécessaires.

La recherche de la vérité (et de la paix intérieure qui nous nourrit) n’est en fait que la reconnaissance de tous les mensonges que nous entretenons et qui nous épuisent. Il faut les reconnaître un à un, au fil des ans, comme on pèle un oignon, pelure par pelure. Une bonne dose d’humilité et d’amour de soi sont essentiels pour arriver à prendre le temps d’aller dans cette avenue plus difficile, à prime abord, mais combien plus enrichissante, stable et durable.

Bonne route dans l’harmonie.