Malsaine, la compétition?

Nous connaissons tous l’expression « La survie du plus fort ». Mais Darwin se serait-il trompé? Les évidences commencent à monter dans ce sens. En tant qu’homme et contemporain de la révolution industrielle, Charles Darwin était prédisposé à percevoir la compétition comme la seule avenue vers la survie. Il en était de même pour les industriels, les financiers et les entrepreneurs britanniques de son époque. Ceux-ci ont profité de sa théorie de l’évolution pour justifier leur exploitation agressive des populations et des ressources de la Terre.

Les premiers peuples de la terre avaient une saine relation avec Gaïa, la Mère Nature. Elle représentait l’ordre naturel des choses. Les religions païennes enseignaient un respect profond pour la Nature et les hommes savaient qu’ils faisaient partie d’elle, ils comprenaient que leur survie dépendait de leur collaboration avec elle.

L’homme se croyait supérieur

Les philosophes de la Grèce antique furent parmi les premiers à promouvoir une perspective opposée. Selon eux, l’homme ne faisait pas partie intégrante de la nature. Il lui était supérieur. Ce fut le début d’un long processus de séparation entre l’homme et la nature. Quelques siècles plus tard, le philosophe français Descartes poursuivit cette même pensée en décrivant la Nature comme une machine qui pouvait être comprise et dominée par les humains.

Il en fut de même pour Charles Darwin qui expliqua l’évolution naturelle comme un champ de bataille compétitif où seulement les espèces les plus fortes survivaient aux dépens des autres. Cette théorie trouva oreille attentive auprès de l’élite capitaliste, manufacturiers et banquiers se sentant justifiés dans la création de leurs systèmes, puisque Mère Nature semblait combler de succès les plus forts et les plus audacieux.

Une obsession masculine

Cette vision masculine d’un monde basé sur la compétition continue toujours à distordre notre compréhension de la nature. « La survivance du plus fort » continue d’être utilisée comme justification pour perpétuer les inégalités économiques et expliquer l’agression entre les individus, les entreprises et les nations. Incapables de percevoir la vision du tout, nous continuons de ne voir que les séparations entre les espèces et entre nous tous. Nous sommes incapables de voir les connexions entre les différentes formes de vie; de même que nous échouons à développer des systèmes viables pour vivre harmonieusement entre nous.

L’inverse est vrai

Et pourtant tout dans la nature confirme que l’inverse est vrai. Il existe entre tous les organismes vivants des niveaux de coopération et d’interaction très sophistiqués. En fait, la biologie moderne démontre que la compétition n’est qu’une étape dans l’évolution de certaines espèces. Même les espèces qui nous apparaissent compétitives savent rediriger leur agression de façon à garantir la survivance du plus grand nombre.

Il importe de noter que les espèces qui ne parviennent pas à dépasser l’étape de la compétition ont tendance à disparaître.

Encore une fois, la nature suggère la mère. Elle jongle avec les ressources pour assurer le bien-être de chacun des membres de la famille. Elle s’affaire constamment à résoudre les différends afin que la survie soit un projet coopératif. Ayant mis l’évolution en mouvement, elle continue d’y investir en fournissant la conscience créative; chaque cellule, chaque planète, chaque galaxie, chaque système planétaire utilise les mêmes processus de croissance.

Une spirale de croissance

Plutôt que de rester figé sur la compétition et l’agression comme le sont les hommes, la nature a créé un cycle de vie harmonieux dans lequel tous les types de comportements ont leur place. Ce cycle prend la forme d’une spirale qui se répète en séquence et qui inclut chacune des étapes suivantes : unité, individuation, compétition, conflit, négociation, résolution, coopération, nouveau niveau d’unité, et ainsi de suite.

Évidemment, notre civilisation est encore obsédée par la compétition. C’est pourquoi nous concevons nos sociétés comme des machines agressives dans lesquelles chaque groupe et chaque individu doit se battre pour sa survie et sa suprématie. Notre histoire entière regorge de guerres interminables durant lesquelles nous nous entretuons parce que nous ne savons pas comment coopérer. On a même fait la guerre froide simplement pour décider quel système avait le meilleur modèle social! Il en va de même pour nos inventions. N’étant pas autocréatives, nos technologies deviennent vite périmées parce qu’elles sont incapables de changer et d’évoluer.

La coopération est la fondation

Encore une fois, la nature s’y prend tout autrement. Elle s’adapte et se réorganise, modifiant constamment ses diverses formes de vie de façon à leur permettre de mieux survivre. En fait, en regardant de plus près les systèmes naturels, il devient clair que la coopération est la fondation nécessaire au succès et à la survie. Il est vrai que plusieurs espèces passent à travers une phase hostile de compétition. Mais ce n’est qu’une étape dans leur évolution. Normalement, cette étape correspond à l’adolescence de l’espèce en question. Quand elles atteignent la maturité, la plupart des espèces apprennent à régler leurs conflits et à négocier des schémas de vie coopératifs pour leur bénéfice mutuel. C’est une leçon importante que l’humanité se doit d’apprendre.

La terre Gaïenne a déjà développé un réseau coopératif extrêmement complexe de dépendances mutuelles. Elle a aussi évolué d’innombrables schémas capables de résoudre nos intérêts conflictuels. Il ne nous reste plus qu’à en devenir conscients. C’est une leçon que nos biologistes commencent enfin à comprendre. Mais elle n’a pas encore été saisie par nos diverses autres disciplines. C’est pourquoi nos psychologues et nos sociologues ont souvent tendance à soutenir qu’il n’y aura pas de fin à la cupidité économique ni aux guerres politiques. La nature a beaucoup à nous apprendre dans ces domaines. La véritable coopération économique et politique pourrait tout changer.

Quatre milliards d’années

En nous mettant à l’écoute du tissu naturel de coopération, nous découvrirons que la pollution et la pauvreté ne font pas partie du futur d’une espèce en évolution. Pour survivre, nous devons réévaluer notre rôle en tant que partie intégrante de la Nature, et non séparé d’elle. Mère Nature s’est occupée elle-même de nourrir et de prendre soin de toutes les espèces qui l’habite. Elle le fait depuis au moins quatre milliards d’années. Nous serions sages de lui porter attention. Naturellement, plus tôt que plus tard!

Ensemble, nous pouvons aller bien plus loin!

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peut changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé. » − Margaret Mead

Quel bonheur pourrait-on éprouver à grandir dans un jardin? À faire ses premiers pas dans une communauté qui accorde la plus haute importance à l’éducation, où l’enfant peut ressentir le soutien et la cohérence entre son foyer, son école et son environnement? Mais, pour réaliser ce grand rêve, il faut être plusieurs. Nous devrions pouvoir compter sur nos voisins comme sur les membres d’une équipe. Alors, il faut réapprendre à vivre ensemble, gérer nos conflits, nous exprimer, jouer, prendre des décisions… Et, j’y pense, il faut aussi repenser notre relation à la richesse, à l’équité, au partage et à
la responsabilité… Mais, est-ce que je rêve en couleur?

Eh bien, si vous partagez ce rêve aussi, sachez qu’il est possible. Oui, ce jardin, cette vie communautaire, c’est ma réalité depuis ma naissance. J’ai grandi sur 700 acres de terrain de jeu, entourée d’amis, de parents et de grands-parents. Je ne suis pas seule. Plusieurs centaines d’enfants ont cette chance, car ils sont nés au sein d’un réseau émergent de communautés durables. Ces petits villages font la promotion du respect, celui que nous devons porter à notre mère la Terre, à toutes les créatures vivant dans ce monde et à soi-même. Oui, c’est possible, effectivement, cela n’est pas pour autant toujours facile. L’élément le plus enrichissant, mais à la fois le plus complexe est le social. Heureusement, plusieurs professionnels se penchent sur la question et des éléments et outils de résolution sont accessibles. J’ai envie d’en partager quelques-uns avec vous. Après tout, nous vivons tous dans une communauté, que ce soit notre famille, notre cercle d’amis, nos collègues ou nos voisins. Nous pouvons tous profiter d’un entourage plus coopératif et plus harmonieux, car seuls, nous pouvons aller plus vite, mais ensemble, nous pouvons aller bien plus loin!

Voici quelques éléments susceptibles de faire ressortir le meilleur de vos expériences communautaires.

  • Rester à l’échelle humaine. Si le groupe devient trop grand, certaines situations peuvent devenir trop complexes pour être gérées de façon participative.
  • Promouvoir une communication claire et efficace qui met en lumière les différents besoins de chacun. Cela facilite et limite une grande partie des conflits.
  • Respecter l’équilibre personnel et collectif. Il est primordial de garder des moments et des espaces où l’on peut se retrouver seul afin de donner le meilleur de soi-même lorsqu’on est en groupe.
  • Partager les tâches et les responsabilités. Certaines tâches peuvent devenir accablantes si elles sont confiées à la même personne. Un exemple bien simple est le ménage des espaces communautaires. Voici une suggestion : accordez-vous un moment, avec de la musique, pour faire l’entretien tous ensemble.
  • Bien se connaître. Connaître ses limites, les respecter et arriver à bien les communiquer à ses collègues.
  • Être prêt à faire des compromis. Notre idée, plus celles des autres, peut générer des solutions gagnant-gagnant. Il faut alors accepter que tout ne soit pas toujours fait à notre façon.
  • Avoir du plaisir. Toutes les occasions sont bonnes pour célébrer le chemin parcouru ensemble.

J’aimerais terminer en partageant avec vous quelques mots sur ma passion. Depuis plusieurs années, je travaille à faire rayonner ce mode de vie. J’encourage les jeunes à voyager, à découvrir de nouveaux horizons, à trouver leur passion.

Je crois profondément qu’il est possible, ensemble, de créer des communautés où chacun a la capacité de développer son plein potentiel.

Je vous invite donc à découvrir ce magnifique réseau de communautés durables, constitué de plus de 3 000 écovillages qui m’inspire tant : GEN (Global Ecovillage Network).