Huiles vivantes versus huiles mortes

Depuis l’Antiquité, nous retrouvons dans nos cuisines différentes huiles pressées à froid. À travers les âges, les moyens d’extraction se sont améliorés du simple mortier au pressoir. Dans les villages, les huiles étaient produites au pressoir à l’huile. Ces huiles étaient obtenues par pressurage hydraulique ou mécanique. Comme le pain, les œufs et le lait frais, l’huile était périssable. Donc, à cette époque, on devait se procurer ces denrées en petites quantités et les consommer dans les plus brefs délais. La nature et le rythme de vie des gens veillaient à alimenter le peuple avec des produits vivants.

Mais depuis la révolution industrielle, les méthodes d’extraction ont drastiquement changé. Ces chers industriels toujours à l’affût de profits à la hausse et de méga-production ont réussi à produire des huiles mortes, chimiquement raffinées. Ces huiles ont une plus longue durée de conservation, elles n’ont aucune odeur puis elles sont de couleur transparente. Et voyons voir pourquoi.

Ces huiles hydrogénées et raffinées subissent des traitements complexes. Premièrement, il n’y a pas de contrôle des pesticides et leur culture utilise des engrais chimiques. Il n’y a aucune sélection des graines de qualité. Ces graines subissent un nettoyage, un décorticage, un écrasage et un préchauffage à la vapeur entre 110o F et 180o F (45o C et 85o C). Elles sont enfin prêtes pour le pressoir à expulsion à grand volume. Elles sont seulement rendues au tiers de leur extraction. Avant d’être raffinées, elles se feront laver au solvant de hexane, passeront par le phosphate pour ensuite se faire distiller à la soude caustique. Elles devront encore subir les étapes du raffinage dont la neutralisation, le dégommage, un deuxième lavage, une addition de diatomite de 2 % à 3 % comme décolorant et enfin une désodorisation à la vapeur autour de 460o F (240o C). En général, on ajoutera à ce fameux produit impérissable des antioxydants synthétiques comme le BHA et le BHT. Ces huiles seront vendues dans des bouteilles transparentes avec le terme 100 % naturelle inscrit en gros caractères. Ces huiles ne contiennent aucune vitamine, minéraux ou acide gras essentiels.

Alors, comment produisons-nous les huiles non raffinées et dites pressées à froid? La recherche de la qualité est primordiale chez ses producteurs. Cette qualité dépend du produit de départ, de la méthode de culture, de la méthode d’extraction et de conservation. Recherchez une certification biologique, biodynamique ou Kashère. Les termes pressées à froid, première pression et extra-vierge nous offrent une bonne qualité. Ces graines seront sélectionnées avant d’être pressées. Elles seront tout simplement lavées et décortiquées. Lors de la pression, la friction élèvera la température entre 30o C et 50o C. L’huile sera immédiatement coulée et embouteillée dans du verre foncé non réactif. Le procédé traditionnel a été amélioré dans le milieu de production; il est dorénavant exempt de lumière et d’oxygène. L’extraction à froid préserve la couleur, la saveur et la véritable odeur des graines! Cette huile se conserve au réfrigérateur à l’abri de la lumière, de l’air et de la chaleur. Ainsi, elle conservera mieux sa valeur nutritive.

Premièrement, rectifions; les huiles ne contiennent pas de cholestérol, car celui-ci se retrouve dans les graisses animales. Les huiles pressées à froid sont composées de lipides (gras) de différentes structures et qualités.

  1. Acides gras saturés; d’assimilation plus difficile, les graisses animales en contiennent beaucoup.
  2. Les acides gras monoinsaturés; d’assimilation moyenne et d’une structure très stable à la chaleur, l’huile d’olive en contient le plus.
  3. Les acides gras polyinsaturés; d’assimilation facile, mais d’une structure instable à la chaleur.

Nous retrouvons dans les huiles au moins deux acides gras dits essentiels à l’organisme soit, l’acide linoléique (oméga 6) et l’acide linolénique (oméga 3). On les surnomme parfois vitamine F et nous les retrouvons majoritairement dans les huiles pressées à froid. Ce sont de puissants agents antioxydants.

Offrons à notre corps une belle qualité d’huile comme on offre la meilleure qualité d’huile à notre voiture! Les huiles ont-elles une utilité?

  • Elles sont reconnues comme une bonne source de chaleur pour l’organisme.
  • Elles offrent au corps une énergie très calorifique de 9 calories par gramme comparativement à 4 calories par gramme pour les protéines et les glucides, attention à l’excès.
  • Elles transportent les vitamines liposolubles A, D, E et K dans tout l’organisme.
  • Celles-ci rehaussent la saveur et la texture de nos mets préférés.
  • Elles ralentissent la digestion des fruits par exemple (amandes et pomme).
  • Les huiles stimulent la production de la bile (émulsification des gras).
  • Prise en petite quantité, elles offrent une peau douce et des yeux brillants.
  • Apport quotidien recommandé : 15 ml par jour.

Huile d’arachide
Une légumineuse qui pousse sous terre et non une noix; saveur délicieuse de noisette; riche en acides gras monoinsaturés; se conserve bien au frais; friture (avec précaution), sautés à l’orientale (cuisine Thaï et indonésienne).

Huile de canola
Goût prononcé; riche en acides gras monoinsaturés (60 %); contient des gras polyinsaturés; oméga 3 (12 %) et oméga 6 (21 %); point de fumée élevé, mais elle pétille lors de la friture; cuisson au four et vinaigrettes.

Huile de carthame
Famille du chardon; saveur délicate, agréable et peu prononcée; riche en acide linoléique (78 %) qui abaisse le taux de cholestérol; bon dans les régimes pour la perte de poids; contient 75 % de gras polyinsaturés; cuisson au four et vinaigrettes.

Huile de lin
Saveur agréable de noix, un peu prononcée; riche en acide linoléique (oméga 6, 15 à 20 %) qui abaisse le taux de cholestérol; riche en acide linoléique (oméga 3, 55 à 60 %); point de fumée très bas, il est déconseillé de la chauffer; se conserve seulement un mois après ouverture; convient pour la crème Budwig et le maïs soufflé; assaisonnements et vinaigrettes.

Huile de maïs
Saveur prononcée de maïs; riche en acides gras polyinsaturés dont acides gras essentiels linoléiques; contient du bêta-carotène; convient pour les pâtisseries, la boulangerie et la cuisson au four.

Huile d’olive
Saveur d’olive non salée; provient surtout de l’Espagne; riche en acides gras monoinsaturés (69 %) et acides gras essentiels oléiques; vitesse d’oxydation lente, se conserve à la température de la pièce; vinaigrettes, cuisson au four, sauces et sautés légers.

Huile de noisette
Saveur de noisette, assez prononcée; mélanger avec l’huile de carthame, cela est moins coûteux; vitesse d’oxydation lente, se conserve à la température de la pièce; vinaigrettes, assaisonnements, cuisson au four et légumes sautés.

Huile de noix de Périgord
Saveur de noisette; vitesse d’oxydation lente, se conserve à la température de la pièce; convient pour les vinaigrettes et les légumes sautés.

Huile de sésame
Saveur très prononcée de sésame si elle est grillée, utiliser en petite quantité; est utilisée depuis plus de 4 000 ans dans les pays asiatiques; riche en acides gras monoinsaturés (37 %); point de fumée élevée, pour empêcher qu’elle mousse, augmenter graduellement la chaleur; contient de la sésamoline et du sésamol ce qui rend les acides gras plus stables; sautés légers, cuisson au four, soupes, assaisonnements et vinaigrettes.

Huile de soya
Saveur de noix; riche en acides gras polyinsaturés et lécithine; point de fumée assez bas; fragile à la chaleur, car elle mousse; cuisson au four, assaisonnements et vinaigrettes.

Huile de tournesol
Saveur prononcée au goût de noisette; riche en acides gras monoinsaturés (24 %) et polyinsaturés (64 %) et vitamine E; oxydation très rapide à cause de ses gras polyinsaturés; mayonnaise, cuisson au four, assaisonnements et vinaigrettes.

Faites germer votre jardin d’hiver!

Même si le temps tourne au froid avec les premiers flocons de neige, mon jardin d’hiver jaillit de mes bocaux de verre étalés sur mon comptoir de cuisine. La luzerne, la lentille française, le trèfle, le radis et le fenugrec sont mes élus pour cet hiver. Ainsi que mes tapis de pousses de tournesol, de sarrasin et de roquette pour garnir mes salades favorites.

Quel loisir merveilleux de faire pousser de petites semences sous notre regard et les yeux de nos enfants et petits-enfants! En moins de deux à six jours, voilà mes bocaux agréablement fournis de verdure et, en moins de dix jours, les pousses sont prêtes à être taillées afin de garnir mes repas les plus succulents. Mes précieuses pousses sont consommées en salade ou en tartine avec végé-pâté garni de luzerne. Mes pousses garnissent mes repas du temps des fêtes. Mon plaisir est d’en servir un bol comme condiment quand la famille se réunit pour les repas, car on ne peut trouver plus frais lors de nos hivers au tapis ivoirin.

La germination réveille le métabolisme de toutes les graines entières (noix, céréales, légumes ou légumineuses) mises en contact avec l’eau, l’air et la chaleur; ainsi, la semence se met à croître en quelques heures. La germination devient une usine de fabrication de nutriments essentiels à l’organisme. Les graines sont débordantes de vie, riches en vitamines, en minéraux, en oligo-éléments et en enzymes. Plusieurs réactions chimiques ont lieu, dont la plus importante est la synthèse d’enzymes. Les enzymes sont indispensables à la vie; elles participent à l’éveil de la graine et aident à la digestion. La magie de la vie se concrétise : transformant l’amidon des graines; permettant la fabrication de vitamines; modifiant les gras en acides gras, les rendant plus digestes; favorisant la fabrication de certains acides aminés qui étaient inexistants dans la graine – incroyable, mais vrai!

Durant les mois d’hiver, c’est notre seul moyen d’être à la fois producteur et consommateur ainsi que d’exercer un contrôle sur la fraîcheur de nos aliments. La germination nous offre l’occasion de renouer notre contact avec la nature en devenant des jardiniers d’intérieur.

VERSION TEXTE DE L’IMAGE CI-DESSUS :

Matériel pour la germination en pots
Des bocaux de verre à large ouverture. Des carrés de mousseline, de toile moustiquaire ou de coton à fromage, des élastiques. Un endroit à l’abri de la lumière directe, votre comptoir de cuisine, à côté de l’évier, est idéal. De l’eau sans chlore, de l’air… et des graines!

Méthode
Déposer trois épaisseurs de graines dans le bocal. Fixer la mousseline sur l’ouverture du bocal. Rincer. Ajouter 500 ml d’eau. Laisser tremper toute une nuit. Au matin, vider l’eau et rincer. Placer votre bocal incliné à 45 degrés, l’ouverture vers le bas pour que l’eau s’égoutte. Rincer deux fois par jour.

Salade d’hiver
750 ml de lentilles, de sarrasin, de fenugrec ou de tournesol germés,
125 ml de persil,
60 ml d’aneth,
1 oignon vert émincé, 1 poivron rouge + 1 tomate + 1 branche de céleri coupés,
60 ml d’huile d’olive ou d’huile asiatique Orphée,
30 ml de citron pressé,
5 ml de cumin et cari.
Touiller le tout dans un saladier.

Connaissez-vous…
Mes sept livres de cuisine végétarienne internationale? Mon inspiration provient des fleurs comestibles, des produits du terroir et du plaisir que j’éprouve à partager mes connaissances.

Saviez-vous que…
L’eau de trempage de la luzerne, radis, trèfle et fenugrec est excellente pour vos plantes? Cours de cuisine hivernale : 23-24 janvier et 6-7 février.