Les livres de la vie

Mourir en Égypte

Ça sert à quoi, une vie? Quelle est notre raison d’être? Pourquoi sommes-nous sur terre? Bien des philosophes et des experts de toute sorte ont essayé de répondre à ces questions sans pourtant nous satisfaire. Cette chronique vous propose d’explorer ces questions essentielles en vous offrant diverses expériences transformatrices racontées par divers individus qui se sont tous posé cette question : elle sert à quoi ma vie?

D’après mon expérience, perdre un état de conscience supérieur est très douloureux. Quand vous avez connu et expérimenté personnellement cet état de bien-être, rien d’autre ne vous satisfait. C’est exactement ce que j’ai vécu environ 12 mois après ma première expérience de Kundalini.

Ma « nouvelle conscience » demeura avec moi près de 12 mois. C’était un état merveilleux et je me sentais vraiment comme si ça durerait toujours. Mais ça devait finir un jour. Graduellement, j’ai commencé à sentir que ma vieille personnalité reprenait le dessus. Selon mon expérience, perdre un état de conscience supérieur est très douloureux.

Graduellement, j’ai commencé à perdre mon sens inébranlable de bien-être et de joie intense. Avec le temps, j’ai commencé à croire que mon « expérience ’73 » avait été une aberration, un coup de chance. Un formidable coup de chance, mais quand même un coup de chance.

Puis, l’année 1980 me ramena à peu près la même expérience, mais cette fois dans un cadre et un contexte très différents, et avec beaucoup de changements dans les détails. Permettez-moi de m’expliquer.

Je participais à une visite guidée dans les temples de l’Égypte. Comme des milliers d’autres groupes avant nous, nous nous arrêtions à tous les sites clés du temps des pharaons. Comme nous visitions la grande pyramide à Gizeh, on nous guida jusque dans la chambre intérieure. Nous étions peu nombreux, nous profitions donc de plus d’espace et de liberté de mouvement que d’autres groupes du genre. Pour m’amuser, j’ai profité de l’absence momentanée de notre guide pour me faufiler dans l’espace de pierre occupé jadis par le sarcophage. Un des membres du groupe me photographia alors que je souriais et saluais de la main, debout dans le tombeau. Notre guide fut bouleversé. Il n’a rien dit sur le coup, mais j’ai su plus tard qu’il avait dit à quelqu’un du groupe que les individus qui font ce que j’ai fait étaient frappés d’une malédiction, condamnés à mourir, victime des pharaons. Je ne soupçonnais pas alors à quel point ces paroles devaient s’accomplir.

Quelques jours plus tard, nous avions quitté le Caire et naviguions sur le Nil dans un bateau habitable qui devait remonter le fleuve de ville en ville et nous permettre de visiter les sites le long de la Vallée des rois. Un bon après-midi, je m’étais joint au groupe qui se rendait au tombeau de Tuthankamen. On nous avait dit de nous aligner le long des larges marches de pierre du tunnel menant au tombeau pour attendre le groupe qui nous précédait. Comme nous nous dépêchions de descendre les larges marches de pierre, j’ai perdu pied parce qu’un gros morceau de pierre manquait à la marche sur laquelle je pensais poser le pied.

Mon pied descendit d’un bon 16 pouces et je me suis foulé la cheville. La douleur que j’ai ressentie a été courte et intense. Je l’ai sentie passer directement dans ma cheville à mon cerveau comme le flash rapide et aveuglant d’une lumière blanche. Je me suis tourné vers la personne à côté de moi, j’ai vite mis mes bras autour de son cou et lui ai chuchoté « tenez-moi, je pense que je vais m’évanouir! ». Et je suis tombé lourdement comme un sac de riz.

Il s’est trouvé que le groupe que j’accompagnais incluait un ambulancier et une infirmière. On m’a dit qu’ils ont tous les deux pris la situation en main immédiatement et ont aidé à transporter mon corps hors de l’escalier dans un espace dégagé. Voyant que j’étais inconscient, ils cherchèrent mon pouls, sans pouvoir le localiser. Ils ont commencé la procédure de réanimation et je suis revenu à moi au bout d’environ 5 minutes.

J’étais seul à savoir ce qui m’était arrivé pendant que mon corps était allongé sur le sable de la Vallée des rois. Je me suis retrouvé volant (ou en chute libre), les pieds devant, le long de ce grand tunnel menant à une lumière brillante. Autour de moi, les murs de ce « tunnel » semblaient décorés de peintures ressemblant à des hiéroglyphes qui se sont mis à vivre, à me pointer du doigt et à me saluer quand je passais devant eux. Ils semblaient me connaître et me reconnaître, me saluant et m’appelant par mon nom. Même si le nom qu’ils employaient n’était pas « Marcel », mon nom actuel, je me souviens que je répondais à leurs salutations en disant : « oui, c’est moi! Salut les gars! Ça va? ».

Quand j’ai repris connaissance, on m’aspergeait la figure avec de l’eau et on me tapotait les joues pour me réanimer. Je me souviens d’avoir entendu d’abord une voix très faible. Je me souviens d’avoir voulu rester dans ce monde merveilleux que je venais de visiter, mais c’était impossible. Je revenais définitivement à la vie, et j’étais en Égypte, allongé sur le sable, regardant un cercle de visages, pour la plupart étrangers, penchés sur moi avec différents degrés de surprise et d’inquiétude.

Mystérieusement, la douleur qui avait déclenché cet épisode avait disparu. Plus aucune douleur à la cheville. Peu importe. Les gens du groupe ne voulaient prendre aucun risque. Je fus transporté à l’autobus et ramené à ma cabine sur le bateau avec comme directive de rester au repos pour l’après-midi. Je voulais bien. J’avais réellement besoin de temps pour comprendre ce qui venait de m’arriver. Avant de sautiller jusqu’à mon lit, j’ai regardé mon image dans le miroir et j’ai vu que la peau de ma figure, de mon cou et de ma poitrine était complètement blanche, comme si j’étais un fantôme. Je me souviens d’avoir pensé : « mais où est passé mon teint bronzé! ».

J’avais déjà vécu ça, donc je savais ce qui était arrivé. J’ai réalisé que j’avais probablement eu une expérience en dehors du corps. En ce qui me concerne, j’avais déjà eu une autre de « ces » expériences. Quelques heures plus tard, je me réveillais d’un sommeil réparateur et j’avais retrouvé mon teint bronzé, mais mon esprit était à jamais transformé, d’une façon qu’il me restait encore à découvrir.

Dans les heures et les jours qui suivirent, j’ai commencé à redécouvrir la vie comme un être détaché de son corps en quelque sorte. Encore une fois, j’étais conscient du sentiment d’habiter Marcel plutôt que d’être véritablement Marcel. Encore une fois, je savais ce que la vie signifiait. Encore une fois, je savais que le monde autour de moi était une illusion cachant l’énergie véritable de toute vie.

Alors que dans les semaines précédentes de mon voyage, je me sentais et j’agissais comme un typique « touriste occidental gâté, inquiet de son confort et de ses dépenses de voyage », maintenant, je me sentais mystérieusement connecté aux nombreux Égyptiens qui nous entouraient, qui fournissaient un transport par chameau ou chariot, guidaient nos visites dans les tombeaux, servaient nos repas et nous traitaient généralement comme des rois. Je me voyais maintenant fuir la compagnie de mes confrères de voyage canadiens, préférant plutôt la présence des Égyptiens, qui, pour la plupart, pouvaient à peine dire quelques phrases en français ou en anglais. J’ai pris la résolution de me lever à l’aube pour voir le soleil se pointer sur le Nil. Dans chaque petite ville, debout sur le quai, en parfait silence, je fixais des yeux ce spectacle lumineux tout en partageant une cigarette avec eux.

Revenu au Canada dans le blizzard de février, je me souviens de l’impression d’être déconnecté alors que j’essayais d’incorporer cette dernière expérience à ma vie quotidienne. J’avais changé encore une fois, et je savais que les choses ne pouvaient plus simplement s’effacer. J’en dirai plus long sur la question une autre fois, Pour le moment, disons simplement le jour du départ venu, j’ai pleuré et pleuré encore. Je ne voulais vraiment pas quitter cette terre où je me sentais maintenant chez-moi. Je me souviens du regard de l’Égyptien qui conduisait notre autobus. Il ne parlait presque pas l’anglais, mais ses yeux semblaient vraiment comprendre que j’avais vécu une expérience intense de l’Égypte et que je ne voulais pas partir, que je ne serai plus jamais le même.

La marche afghane

Marcher plus vite, sans effort supplémentaire pendant une plus longue période
Lors d’une récente recherche sur Internet concernant des associations de marche dans la région, j’ai trouvé sur le site de Rando Québec une description fort intéressante des types de marche. Sous le sous-titre Clubs de marche sont détaillées les différentes marches spéciales possibles que l’on peut pratiquer : la marche Audax, la marche Dynamique, la marche Volksmarche, ainsi que la marche afghane. Mais c’est surtout cette dernière, la marche afghane, qui attira mon attention.

La marche afghane est décrite comme suit : 
« La marche afghane est une tech­ni­que de marche au cours de laquelle on synchronise ses pas et sa respi­ration, tout en s’adaptant à la topographie du terrain et à l’effort physique. » — Rando Québec
1
En tant qu’athlète retraitée de calibre international, adapter la respiration abdominale au mouvement n’est pas un nouveau concept pour moi. Mais jusqu’à ce jour, je n’avais jamais entendu parler de la marche afghane, aussi appelée le yoga de la marche2.

La marche afghane a été conçue par un Français du nom d’Édouard­ Stiegler qui s’est rendu en Afghanistan au début des années 80 dans le cadre d’une mission des Nations Unies.

Stiegler est devenu totalement fasciné par le style de vie des nomades caravaniers et fut surtout intrigué par leur marche méditative dans les sentiers étroits de l’Afghanistan.

Il écrit ceci dans son livre Régénération par la marche afghane : « Les hommes, la plupart d’âge moyen, le visage buriné, le regard fixé à quelques mètres devant eux, parfois vers l’horizon, avançaient en tenant leur dromadaire par le licol, cheminant à pas réguliers, larges et rapides, avec une ardeur que rien ne semblait devoir fléchir. Absorbés en eux-mêmes,­ résolus comme leurs bêtes surchargées de ballots énormes, j’appris par un passant qui parlait leur langue qu’ils venaient du sud, un voyage de 700 km, d’une seule traite, à part les bivouacs nocturnes. Ils offraient le spectacle de grands voyageurs poussiéreux, mais non celui de gens fatigués. »3

Ce voyage de 700 km se traduit par 60 km par jour ou 38 km en moins de 6 heures. Si l’on considère que le temps moyen pour une femme pour terminer un marathon est de 4:45:30 h et qu’un homme prend 4:20:13 h (Running USA), marcher 38 km en moins de 6 heures est tout un exploit.

Édouard Stiegler se mit véritablement à explorer ces différents types de marche et a rapidement réalisé que cette façon de marcher était également vécue dans d’autres pays, où le seul moyen de transport est la marche et dont les terrains difficiles obligent à de longues journées d’effort. Développer une technique de respiration spéciale était essentiel pour harmoniser la respiration avec le pas et Stiegler a conclu que la pratique de la marche afghane est comme une sorte de « suroxygénation naturelle » prônée dans diverses formes de yogas.

Le marcheur afghan coordonne donc sa respiration et ses pas suivant­ un rythme de base dit 3-1. Trois pas d’inspiration, un pas de rétention à poumons pleins et trois pas d’expiration, et le cycle recommence. Il y a aussi des rythmes plus longs et, en terrain accidenté, des rythmes plus courts.

Les bénéfices sont la réduction des risques de maladies cardio-vasculaires, de l’anxiété et du stress, la perte de poids et la maîtrise de la pratique mentale de vivre le moment présent. Je vous encourage à approfondir vos connaissances sur la marche afghane et à enfiler vos chaussures de marche, ainsi qu’à profiter du coloris automnal à son « max ».

Allons-y !  1, 2, 3, pause, 3, 2, 1, pause, 1, 2, 3…

1 Rando Québec | https://Randoquebec.ca/

2 Sylvie Alice Royer | La marche afghane pour tous (2018)

3 http://www.marcheafghanequebec.com

Du rêve à la réalité

Partir en voyage autour du monde pour une année, mon rêve depuis si longtemps…

Alain : Partir en voyage autour du monde pour une année, mon rêve depuis si longtemps. Un rêve qui me semblait lointain, difficilement atteignable, dans le cadre de ma vie d’employé permanent du gouvernement ayant un chez-soi confortable à Chelsea. Au fil des ans, ce cadre deviendra ma prison dorée. À couler dans mes veines pendant si longtemps, le rêve devient de plus en plus fort et m’habite entièrement. Je VEUX le réaliser et accoucher de ma nouvelle vie. Si je ne le fais pas, l’image de mon futur semble teintée de regrets… Finalement, au prin­temps 2013, tout tombe en place, et je décide de quitter mon emploi et de louer ma maison. Si ce n’est pas maintenant, à 41 ans, ce sera quand? Ce qui me semblait impossible se concrétise. C’est le voyage du mitan. Je prépare le terrain pour la seconde moitié de ma vie.

Le plus difficile sera sans aucun doute de me séparer de ma fille, maintenant adulte, durant toute une année. Mais, comme un bon ami me l’a déjà dit, « À chaque décision, il y a un renoncement ». Puis, un imprévu : je tombe follement amoureux. Vais-je mettre de côté mon rêve de vie pour une histoire d’amour? Non, c’est trop important… J’annonce donc à Emmanuelle que je pars, mais que j’aimerais partager une partie de cette aventure avec elle. Elle tergiverse et finit par accepter, emballée à l’idée de découvrir le monde. Après trois mois de riches aventures en solitaire au Cambodge, en Thaïlande et au Laos, je vais retrouver ma bien-aimée au cœur d’une des villes les plus occupées du monde, Hô Chi Minh-Ville.

Emmanuelle : Je pars rejoindre Alain au Vietnam. Je suis fatiguée, mais l’excitation de retrouver mon amoureux me vivifie! Jusqu’à la dernière minute, il y avait tant à faire : préparer une année sabbatique, clore ma session universitaire, déménager et faire mes au revoir. Enfin, par une froide nuit hivernale, je me retrouve seule à l’aéroport, avec mon sac-à-dos un peu trop lourd! J’y suis. Qui l’eût cru! Ça faisait longtemps que je rêvais de dépaysement, de partir loin et pour longtemps, mais je repoussais toujours le projet. Et puis, ce fut la rencontre, l’amour inattendu, la possibilité d’un voyage, une occasion à ne pas manquer et, surtout, à vivre! La peur et l’envie m’habitaient. Étais-je prête à mettre de côté ma carrière pour un temps, à vendre le superflu et à remiser le reste pour partir avec mon nouvel amoureux? Finalement, ma certitude s’est imposée : je veux y aller; je décide de suivre l’élan de vie qui m’appelle et je saute!

Et une rafale d’aventures mémorables s’ensuit : les péripéties du sentier Hô Chi Minh en moto, la pratique du yoga dans sa plus pure tradition, l’exubérance du Rajasthan, les grandioses chaînes de l’Himalaya et les villages perchés, la retraite de méditation à Dharamsala, la mysté­rieuse Cappadoce en Turquie, le camping, les plages et les sardines grillées du Portugal, l’effrayante « via­ ferrata » de Gruyère et sa fondue réconfortante, les caves de Châteauneuf-du-Pape et de Porto, la route de Compostelle, la Normandie de nos ancêtres et tous les accueils chaleureux sur notre parcours. Mes découvertes et aventures ont été enrichies et colorées par le partage de ces beaux moments.

Nous sommes de retour depuis quelques mois et nous tentons d’intégrer de nouvelles perceptions à notre réalité à la suite de cette pause dans notre vie qui nous a permis de nous rapprocher de nous-mêmes et l’un de l’autre. Un lien solide nous unit maintenant. Notre regard sur le monde est un peu ébranlé. Nous ne souhaitons pas rentrer dans le même carcan. Notre besoin de réussir dans la vie s’est quelque peu estompé; nous voulons réussir notre vie et nous donner l’espace pour bien vivre. Désormais, nous ne voulons plus courir, mais marcher tranquillement, et c’est maintenant que nous voulons être heureux. Vivre légèrement nous a fait goûter à une liberté que nous voulons cultiver. Être riches avec peu de besoins!