Choisir le bonheur

Ce que la chenille appelle la mort, le papillon l’appelle la naissance. Violette LeBon

La cinquième attitude à développer pour être heureux est sans doute la plus complexe et la plus difficile. C’est la capacité de développer une spiritualité personnelle.

Qu’est-ce que la spiritualité? C’est la capacité de donner un sens à ce qui nous arrive et donc un sens à notre vie (notez que le mot sens veut aussi dire direction). La religion nous offre souvent un sens à la vie. Religion veut dire relier, relier à Dieu, et, dans ce sens, la religion peut être un élément de la spiritualité. Mais la spiritualité dépasse toutes les religions et les englobe toutes. Il est donc possible de développer une spiritualité en dehors de toute religion.

Chacun doit attribuer son propre sens à la vie et il est parfois dangereux de s’en remettre à un gourou qui vous dit quel sens donner à votre vie (le sien). Donner un sens à sa vie est un choix personnel que nul ne peut faire à notre place et un choix qui mérite temps et réflexion. Personne ne peut dire à personne quel est le sens de la vie, c’est à chacun de prendre le temps de trouver quel est le sens de sa vie.

Réfléchir sur le sens de sa vie, réfléchir sur ses apprentissages et son vécu peut sembler du temps perdu. Il est évident que nul ne peut prouver que son sens est le bon de façon irréfutable. Cependant, refuser de clarifier le sens de notre vie est l’équivalent pour moi d’une maladie mortelle. Je vois parfois des gens en thérapie qui ont tout ce que l’on peut souhaiter sur le plan matériel et qui pourtant sont suicidaires parce que, disent-ils, « la vie n’a pas de sens ».

C’est souvent après une épreuve, un décès, un échec, en regardant les autres ou tout simplement avec l’âge que montent les questions « Pourquoi suis-je sur la terre? Qu’est-ce que je suis venu faire ici? Quel est le sens de la souffrance? Est-ce que ça vaut la peine de vivre ou de mourir pour ça? ».

La spiritualité passe par une clarification, un élargissement et une réappropriation de ses valeurs. On pourrait regarder par exemple, une valeur comme l’amour. Ma vie peut prendre un sens par l’amour que je donne et que j’accepte de recevoir. Une dame de cinquante ans, divorcée, à la retraite, bien pourvue et en pleine santé me dit : « Mes enfants sont grands, ils n’ont plus besoin de moi. Je ne sers plus à personne. Ma vie est vide ». Et je ne peux m’empêcher de songer à toutes les personnes qui ont besoin d’aide et d’amour et qui pourraient tellement en profiter si des personnes comme cette dame acceptaient d’élargir leur notion d’amour à tout l’univers. L’amour pourrait continuer à donner un sens à leur vie.

Un autre exemple de valeur est l’apprentissage. Je suis sur terre pour me développer, me créer, apprendre au sens large. Lorsque je vis dans cette perspective, tout devient positif. À chaque épreuve ou difficulté, je peux me demander : « Qu’est-ce que je peux apprendre de cela? ». Bien sûr, la difficulté reste difficile à vivre, mais quand je reconnais ce qu’elle m’apporte, la souffrance est plus supportable. Nietzche disait : « He who has a why can bear most any how ». Ce qui peut se traduire par : lorsqu’on a une raison importante, on peut supporter à peu près n’importe quoi.

Après la mort de ma fille, je n’ai pas crié de joie et je ne me suis pas dit : « Youpi, la vie m’apporte une leçon! ». Non! Comme tout le monde, j’ai pleuré et je me suis révoltée. Mais, maintenant après plusieurs années, quand je regarde en arrière pour voir ma vie, je vois quelle transformation sa mort a apportée dans ma vie, quelle richesse et quelle profondeur cette souffrance m’a apportées. Et maintenant, je pense à ma fille morte avec reconnaissance pour tout ce que sa vie et sa mort m’ont appris. Dans cette optique, il n’y a plus d’erreur. Il n’y a que des leçons ou des cadeaux.

Peu importe la ou les valeurs que vous choisissez : la vérité, la beauté, la justice, l’évolution, chacune d’entre elles apporte avec elle un cadeau, chacune d’entre elles vous aide à passer à travers les difficultés de la vie avec plus de sérénité. Nelson Mandela avait choisi de venir apporter sur terre des valeurs d’égalité, Gandhi des valeurs de non-violence et ces valeurs leur ont permis de devenir des êtres d’exception qui ont changé la planète.

Carolyn Myss, une enseignante spirituelle que je respecte beaucoup, dit qu’il y a trois stades d’évolution. Le stade un ou stade de la tribu est le stade où la question fondamentale est : « qu’est-ce que les autres vont penser de moi? » et où l’accent est mis sur la réussite et l’acceptation sociale. Au stade deux ou stade personnel, la question fondamentale y est : « qu’est-ce que je pense, qu’est-ce que je veux et comment puis-je créer cela dans ma vie? » et l’accent est mis sur l’exploration psychologique et la prise en main de sa propre vie. Au stade trois ou stade spirituel, la question est : « que puis-je apprendre de cela? » et l’accent est mis sur des valeurs qui nous dépassent et nous supportent. À ce stade seulement, nous pouvons connaître la joie profonde, la sérénité, le sentiment de participer à l’évolution de l’univers et de nous accomplir pleinement.

C’est ainsi qu’ayant vécu des événements difficiles dus à un manque d’affirmation de moi, j’ai pu réfléchir à mes valeurs et à mes agissements, apprendre beaucoup au sujet de l’estime de soi et créer un cours que j’ai enseigné de multiples fois et qui a servi de base à un cours donné dans les maisons pour femmes battues. Ma souffrance a pu être acceptée parce qu’elle a servi à me faire grandir et à faire grandir les autres.

L’aide la plus efficace pour les alcooliques est l’association AA où les anciens alcooliques témoignent de leur expérience et aident ceux qui sont encore aux prises avec le problème. Ce stade où j’aide les autres à profiter de mon apprentissage est vraiment l’aboutissement de la démarche de guérison. Un deuil ou un apprentissage n’est pas terminé tant que je ne peux pas voir le cadeau qu’il m’apporte et le transmettre aux autres.

Au stade un, on subit le problème, au stade deux, on guérit le problème, au stade trois, on utilise le problème comme tremplin pour acquérir plus d’amour, plus de compassion, plus de connaissance de soi, des autres et de l’univers.

Est-ce à dire que seule la souffrance nous fait évoluer? Non, la souffrance seule ne produit rien. Ce qui nous fait évoluer, c’est la sagesse, la réflexion, l’apprentissage, le dépassement auquel la souffrance nous pousse. Et cet apprentissage pourrait se faire avec moins de souffrance si nous avions la sagesse de prendre le temps de méditer, d’être présent à nous-même, de réfléchir sur nos expériences et sur celles des autres.

Je peux décider de changer d’alimentation parce que j’ai le diabète. Je peux décider de changer d’alimentation parce que la santé est une valeur que je choisis de vivre ou que j’ai pu apprendre ou observer l’importance d’un style de vie sain. Je peux être amputé des deux jambes à cause du diabète et malgré tout ne pas choisir de me préoccuper de ma santé. Ce n’est pas la souffrance qui sauve. La souffrance n’est que l’aiguillon qui me pousse à une prise de conscience et à un dépassement et je peux la subir sans en tirer de leçons. Bouddha a atteint la sagesse en méditant sur les souffrances des autres.

Les gens heureux sont des gens qui font le choix de se regarder, de regarder leur vie et de vivre en fonction de valeurs auxquelles ils croient profondément. Ce sont des gens qui choisissent de s’ouvrir, d’accueillir la vie telle qu’elle est, de lui donner un sens, de s’ouvrir à l’amour. Les gens heureux sont des gens pour qui le cheminement intérieur et la réflexion sont aussi et souvent plus importants que le cheminement extérieur et la réussite. Et, encore une fois, je termine par mes petits conseils sur l’acquisition de cette attitude de spiritualité :

  1. La spiritualité, c’est la capacité de donner un sens à ce qui nous arrive. C’est un travail qui demande réflexion, conscience et sagesse.
  2. Nous ne sommes pas seuls, l’univers est rempli d’amour et de vie, nous pouvons contacter cet amour (en nous) : prière, méditation, …
  3. Tous les hommes sont nos frères, nos sœurs, nos parents, nos enfants. Nous sommes liés et reliés à tous. L’amour est guérisseur autant pour celui qui le donne que pour celui qui le reçoit.
  4. Tout ce qui nous arrive a un sens dans une perspective plus large que notre perspective humaine immédiate.
  5. Tout est apprentissage et apprentissage de l’amour.
  6. Il y a à l’intérieur de vous une zone de paix, d’amour inconditionnel et de grande sagesse. Votre âme est le chef d’orchestre et vous parle par la voix du cœur.
  7. Tout est parfait. Tout est choix.
  8. Prenez le temps d’arrêter, de méditer. Quelles sont vos valeurs? Quel sens voulez-vous donner à votre vie? Qu’êtes-vous venu faire sur la terre?
  9. Soyez lumière et partagez votre lumière. Soyez heureux et partagez votre bonheur.

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