Destination soi-même

« Punition divine ou fatalité sociologique, la solitude, quand elle est imposée, devient une terrible épreuve. […] Mais quand elle est désirée, la solitude perd son aspect funeste et prend une étrange douceur. Elle libère du désordre des passions et favorise tout à la fois le retour sur soi, l’expérience méditative, la quête du bonheur et de la plénitude ». Jean-Louis Hue

Depuis plusieurs années déjà existe ce concept de tourisme spirituel ou de ressourcement psychique. Qu’il s’agisse de marcher les lieux de pèlerinage, de vivre une quête de vision dans un désert, de faire une retraite, c’est un besoin profond de trouver des réponses aux questions ou problèmes qui nous tenaillent, d’être meilleur, plus heureux et bien orienté dans la vie qui s’exprime ainsi et cherche une voie pour s’accomplir. Les éléments qu’on retrouve toujours présents dans ces situations sont la solitude et sa sœur jumelle le silence. Ils peuvent être plus ou moins prononcés selon l’expérience choisie.

Dans un ermitage, un lieu paisible où on s’isole sans parler, la solitude et le silence sont à leur maximum. Imaginez qu’il n’y a ni téléviseur ni ordinateur; vous n’avez pas le téléphone pour impulsivement communiquer avec quelqu’un; il n’y a pas de tâches à accomplir qui ne vous accaparent ni de loisirs pour vous distraire; personne ne vous sollicite pour quoi que ce soit. Le temps et l’espace semblent se mettre à votre entière disposition. Que se passe-t-il? C’est comme si peu à peu, on se déplie, on se déploie. On s’impose peu à peu à soi-même, on se découvre comme une terre largement inconnue. On s’entend penser, on se ressent corps et émotions. Beauté et laideur, petitesse et grandeur, on peut toucher à sa propre vérité. Passé, présent et avenir. Sentiment d’unicité et de présence au monde.

Récemment une femme me dit : « J’ai voyagé beaucoup dans ma vie, j’ai vu les endroits les plus splendides et réputés du monde et pourtant c’est pendant mon ermitage de quelques jours, pas loin de chez moi, que j’ai connu les moments les plus intenses, les plus captivants ». Je lui ai alors fait remarquer qu’elle se faisait un grand compliment puisqu’elle venait de passer ce temps en sa propre compagnie et que c’était donc une façon de reconnaître l’intérêt qu’elle représentait à ses propres yeux! Elle était étonnée de mon commentaire et ravie d’en prendre la mesure. Épatée de s’apprivoiser à elle-même et d’en voir les bienfaits. Apprendre à se fréquenter et s’aimer soi-même c’est se disposer à mieux communiquer avec les autres et les aimer. Le bien qu’on se fait ainsi à soi, on le rend ensuite à toute la société par la qualité d’être qu’on développe.

Il y a deux grandes formes de ressourcement, de régénération. L’une consiste à se mettre en présence de nouveautés qui viennent de l’extérieur de soi. L’autre, celle que nous venons d’explorer, consiste à s’exposer aux inédits qui habitent notre intérieur. La première est bien connue et très pratiquée. La deuxième est encore trop méconnue quand on songe aux bénéfices irremplaçables qu’elle procure. Tourisme extrême que le voyage intérieur? Mais non, osez au moins pour une fois, vous en êtes capable!

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