Le printemps : une belle saison pour cultiver l’éros.
Commençons par faire la différence entre éros et libido.
Libido : énergie sexuelle qui alimente la force de vie.
Éros : énergie du cœur qui alimente la puissance amoureuse.
Chacun sait que l’on peut éveiller la libido par des moyens chimiques ou artificiels, mais sait-on que l’on peut booster sa libido avec l’éros, son énergie-cœur?
Comment? En nourrissant son envie d’avoir envie.
Comment?
1) Par le plaisir d’être en vie.
Comment être puissamment érotique, c’est à dire un grand amoureux, une grande amoureuse, si on n’est pas d’abord et avant tout un amoureux de la vie? Si on n’est pas heureux d’être né?
Première étape : dire un oui inconditionnel à sa naissance en dépit de ses parents, de sa famille, de son passé… Tant qu’on ne s’est pas réconcilié avec son incarnation, la pulsion de mort dominera la pulsion de vie dans nos échanges et l’éros aura bien du mal à convaincre notre libido de s’activer.
Pour pouvoir dire oui à sa naissance, il importe de guérir ce que j’appelle la nostalgie de l’ailleurs – renoncer à l’absolu, au désir d’avoir ou d’être « tout », sous toutes ses formes : besoin de fusion et/ou de perfection, en bref renoncer au prince charmant, à la princesse de rêve ou au couple parfait…
2) Développer son corps amoureux en apprenant à relier par la pensée le cœur et le sexe.
« L’énergie suit la pensée » : si vous amenez votre conscience sur votre envie d’avoir envie, et votre pensée sur la région du cœur, vous déclenchez l’éros, la pulsion amoureuse. L’énergie-cœur qui en découle va dynamiser l’énergie sexuelle… et on constatera ce que je défends ici, à savoir que la libido dépend beaucoup plus de la tête, du bon usage de notre cerveau, qu’on pourrait le croire… sans oublier le cœur au passage!
Rappelons que nous avons tous en nous une énergie masculine et féminine, un yin dans le yang et un yang dans le yin, et qu’il y a donc deux Mars et deux Vénus dans la danse amoureuse d’un couple! L’homme comme la femme doit apprendre à connecter leur énergie-cœur à leur énergie sexuelle, l’organe cœur à l’organe sexe, à partir de l’envie d’avoir envie et du plaisir d’être en vie, s’ils veulent se rencontrer vraiment pour une relation sexuellement durable.
3) S’engager à travailler sur son féminin-masculin intérieur reste la condition sine qua non pour devenir entier et ne pas attendre de l’autre notre complétude.
Il s’agit là d’en finir avec la plainte et l’insatiable besoin d’attention, propre au féminin négatif, de ceux que j’appelle les passifs-agressifset de sortir du rapport de force, dominant-dominé, qui caractérise le masculin négatif des doux-tyrans.
Travailler à cela ouvre une danse plus harmonieuse entre le donner et le recevoir, le prendre en charge et le prendre soin du plaisir à faire plaisir à l’autre (à ne pas confondre avec le vouloir plaire).
« Aimer, c’est prendre soin de la solitude de l’autre sans prétendre la combler » dit l’écrivain Christian Bobin… J’ajouterai qu’aimer, c’est aussi prendre en charge son envie d’avoir envie sans attendre que l’autre la réveille…
On ne naît pas amoureux, on le devient en s’ouvrant à l’infini du désir, au voyage inachevable de la jouissance… Jouissance de l’artiste, la part créative en chacun de nous, qui sait que pour cultiver un talent, on ne doit jamais cesser de faire ses gammes.
Il nous arrivera en chemin de rater des notes, d’avoir à retravailler notre partition, à revenir sur des passages de plus en plus subtils du passif-agressif ou du doux-tyran : autant d’efforts pour des moments de grâce où l’on se dira que le chemin en vaut la peine. Et comme amoureux, comme amoureuse, on sera de plus en plus fier(e) d’être en cohérence et en congruence avec l’idée d’une vie réussie : une vie où l’on aura appris à mieux aimer et à mieux se laisser aimer… imparfaitement, mais créativement.


