Célébrer le sacré de la vie

Ah! La voilà enfin la belle saison… celle où la nature se pare de toute sa beauté sous nos yeux d’humains émerveillés. Au cours d’une promenade, voilà que les couleurs nuancées d’une fleur nous vont droit au cœur. Mine de rien, quelque chose d’important se passe dans l’invisible : nous sommes touchés par la qualité sacrée de la vie. En effet, c’est bien le regard que nous portons sur les choses qui leur accorde leur dimension sacrée. Or, tout de la vie est sacré, sommes-nous en train de l’oublier?

À nous regarder vivre en société, il est facile de constater que celle-ci n’agit pas en cohérence avec les valeurs de la vie. Des forces très puissantes, une espèce de culture antivie nous éloignent progressivement de tout ce qui est vivant. De la surcon­sommation d’objets inanimés à l’intelligence artificielle, des produits alimentaires vides de nutriments à nos amitiés désincarnées en médias sociaux… tout contribue à créer un écart grandissant entre nous et ce qui est vivant. Déjà, en 1934, Albert Schweitzer, médecin, pasteur et théologien, sonnait l’alarme en rappelant l’urgence de retrouver « la révérence à la vie ». Déjà, il tentait d’éveiller les consciences à cette réalisation : tout de la vie a de la valeur, et nous sommes unis à tout le vivant. 

Le sacré de la vie ne se trouve pas uniquement dans les églises et dans les temples. Il est partout autour de nous et surtout dans la simplicité de notre quotidien d’humains. Un grand mensonge culturel a-t-il réussi à désacraliser la vie? Car ce n’est que lorsque la vie est privée de sa qualité sacrée qu’elle perd sa valeur intrinsèque et qu’elle peut alors être malmenée, exploitée, même détruite. Il n’existe aucune séparation entre le sacré et le profane, car, encore une fois, tout de la vie est sacré affirme aussi Rolando Toro, créateur de la Biodanza (danse de la vie).

C’est en nous offrant des moments­ de pleine présence à la beauté du vivant que peut renaître cette révérence. Un seul moment d’émer­veillement peut suffire à nous rame­ner à cette sensation émouvante de faire partie intégrante de cette vie vivante qui nous entoure et nous contient. Prendre le temps de contempler un ciel étoilé a le pouvoir de rétablir immédiatement la connexion au mystère de la vie et d’éveiller en nous un sentiment de profond respect. Alors nos gestes, nos paroles, nos choix existentiels peuvent sortir de l’inconscience et replacer notre nature d’humain au cœur de la Nature. En effet, mettre le respect de la vie au centre de nos valeurs et des motivations qui orga­nisent nos comportements est, dans notre société, révolte pure. C’est pourtant le seul antidote qui ait du sens. Ainsi, une nouvelle définition s’impose : est bien ce qui protège la vie et est mal ce qui l’anéantit. C’est simple et subversif. Notre quête humaine d’une existence cohérente et gratifiante dépendrait largement d’une relation intime avec la nature. C’est en offrant notre regard attentif et rempli de respect que l’expérience du sacré de la vie viendra d’emblée inspirer nos efforts conscients de sauvegarder et de chérir notre magnifique planète vivante. 

Et si cet été nous nous attardions­ davantage en silence dans la nature…et ouvrions nos sens à l’émerveille­ment? Si nous disions un grand oui à être ravi par la beauté ineffable de tout ce qui vit? Après tout, nous sommes les enfants de ce paradis terres­tre, et notre destin est lié à toute la vie de la planète. Si nous faisions chacun une place en soi pour laisser entrer les merveilles de l’Univers? C’est ainsi que notre humanité renoue en un instant son pacte intime avec la vie.

Les bienfaits de la lenteur

Si nous retrouvions le temps de vivre? Si nous avions l’audace de ne pas adhérer au culte de la haute vitesse de notre société? Il est étonnant, ce culte : comme si en vivant deux fois plus vite, nous pouvions jouir deux fois plus de la vie… Notre sagesse profonde sait que la vie ne devient pas plus riche lorsque nous multiplions les activités. Pourtant, nous nous laissons facilement entraîner dans un tourbillon d’accélération qui nous fait perdre jusqu’au sens de notre existence.

L’impression désagréable que la vie accélère découle de l’expérience que le temps file à toute allure sans avoir de direction. C’est que le temps vécu de nos vies nous apparaît maintenant dispersé et semble manquer de ce rythme qui procure l’ordre. Nous perdons peu à peu les clés magiques de la synchronicité, cette sensation d’être à la bonne place au bon moment. Tout va si vite que nous ne pouvons faire l’expérience de la durée, car rien ne comporte de temps. Nous vivons dans une société de l’immédiateté : prêt à manger, textos, courriels, Internet… Qu’est-il donc advenu de notre humanité dans notre rapport au temps?

C’est qu’au fil des siècles, nous avons réussi à découper le temps en unités de plus en plus petites : du cadran solaire au calendrier, de l’horloge mécanique à la montre digitale. La vie active en haute vitesse a progressivement trouvé le consensus dans notre inconscient collectif. Nous en sommes venus à accorder une valeur absolue à la productivité au travail ainsi que dans l’organisation bien minutée de nos loisirs. Et ainsi s’en sont allés notre capacité à nous attarder, à flâner, à contempler et surtout à tisser le sens de notre existence. Vivre en accéléré vole à l’humain sa capacité innée de plénitude, car le sens et l’essence des choses ne se révèlent que dans la lenteur. Lorsque les images du film de notre vie se succèdent à une vitesse folle, leur signification demeure cachée.

Nous sommes nombreux à la recherche du temps : du temps qui ignore la montre, de celui qui flâne et s’étire en longueur alors que nous entrons dans un temps intérieur. Il est évident que nous avons soif de lenteur lorsque nous cherchons à honorer nos connexions à la profondeur de soi, à l’authenticité avec l’autre et à notre appartenance à l’Univers. La haute vitesse et son impérative immédiateté tentent en fait d’éliminer ce temps qui se trouve entre, qui va vers. Cherchant ainsi à gagner du temps, nous le perdons en fait, car nous sommes privés de la riche signification qui se trouve dans l’intervalle, dans les moments de transition, dans les espaces entre les choses. Ce temps de patience et d’errance est celui qui permet à la vie de retrouver sa pleine respiration et d’ouvrir la perception qui en tisse le sens.

Faire l’éloge de la lenteur, c’est aussi découvrir ce qui se passe sur le plan organique lorsque nous ralentissons. À prime abord, nous changeons de plan physiologique. La rapidité met notre corps en mode pratique, entièrement orienté vers la tâche. Ralentir permet à notre attention de se déplacer du but à atteindre pour retourner à l’instant présent. Induit non pas par la volonté, mais plutôt par l’émotion, l’instant présent nous amène à ressentir et ouvre la porte à une perception augmentée de la réalité. Intégrés à notre ressenti, nos gestes se remplissent alors de sens.

Ce qui est souhaitable n’est-il pas de danser avec le rythme naturel de notre propre vie? En incluant dans notre quotidien des activités de rallentando (méditation, yoga, tricot, randonnée, jardinage, etc.), nous rétablissons un équilibre. En prenant soin de notre relation personnelle avec le temps, nous retrouvons le choix de faire tout à la bonne vitesse. Et alors ce doux temps de vivre nous attend à bras grands ouverts.

Le cadeau en soi

Et si la vie n’était pas mon projet et que je serais plutôt moi-même un projet, un cadeau de la vie? Prenons ensemble cette pers­pective pour un moment. Chacun de nous a reçu un don unique, et notre raison d’être ici sur cette terre est de le découvrir et de le redonner au monde. Il n’y aurait pas d’exception.

Entrons maintenant ensemble dans le mystère de ce don… Quelques-uns d’entre nous l’ont déjà découvert depuis un moment, et le don a commencé à porter fruit. Certains l’entrevoient peut-être et sont émerveillés de sa découverte. D’autres n’ont pas encore déballé le cadeau reçu. Parfois, le don est là, tout près, mais nous ne le voyons pas. C’est qu’il ne ressemble peut-être pas à ce à quoi nous nous attendions. Pourtant, nous le portons à l’intérieur de nous depuis notre enfance. Cette impression de ne pas avoir encore trouvé sa place dans l’univers nous indique que nous ne sommes pas dans notre don. Alors comment le découvrir?

Il se trouve dans notre enthousiasme, mot dont l’étymologie est transport divin. Cet enthousiasme, cette émotion puissante de joie et d’exaltation qui jaillit spontanément s’avère un précieux panneau indicateur sur notre chemin. Celui-ci nous indique : « c’est par ici ». Avez vous remarqué que nous ne déployons pas d’efforts lorsque nous sommes enthousiasmes? C’est bien parce que nous sommes reliés à ce don qui se révèle soudain et donne à voir ce que nous sommes venus offrir.

Notre cadeau se déballe souvent avec tant de simplicité qu’il peut passer inaperçu. Sans feux d’artifices, il s’ouvre la plupart du temps avec discrétion, lenteur et timidité. Aussi, le reconnaître nous demande de l’humilité, car il aura besoin de temps et de soin pour grandir. En lui accordant notre temps et notre attention, il prendra peu à peu de l’assurance. En disant oui à ce qui nous fait vibrer, nous devenons l’humble apprenti de notre don. Celui-ci nous prend doucement par la main et nous enseigne à rester près des valeurs profondes de notre cœur. Progressivement, il élève notre vibration et nous connecte à un profond désir de vivre.

Alors attention : quand nous commençons à redonner notre don, notre société matérialiste et superficielle construite autour de l’égo risque de ne pas approuver. Aussi, ce processus demande de la patience, de la confiance et du lâcher-prise sur la façon dont le cadeau sera reçu. Soyons plutôt attentifs aux indices subtils et à la synchronicité, car déli­catement, l’univers a commencé à conspirer en notre faveur. S’en apercevoir est changer de paradigme.

Lorsque notre don nous trouve, il a souvent l’effet d’une révélation. Il est incomparable et ne demande qu’à être chéri. Et puis, vient le jour où nous recevons des signes d’appréciation, et cela nous remet véritablement au monde. Le don offert et reçu efface l’illusion de la séparation, car nous sommes enfin entrés dans le cycle d’amour du donner et du recevoir de la vie. Ce que nous offrons dans la joie procure de la joie, tout simplement. On peut alors remarquer un sentiment nouveau qui commence à parfumer notre quotidien… c’est ce que l’on appelle le bonheur.

Et puis, s’il n’y avait que cela d’important à faire : déballer et embrasser notre don comme un présent à offrir? Nous en sommes les passeurs essentiels. Il importe de ne pas retenir ce don que nous avons reçu, mais plutôt de le donner encore et encore. Nous sommes invités à l’offrir sans condition, sans attachement, avec amour et générosité. Ne pas donner le cadeau qui est en soi est en fait priver l’univers de notre beauté d’être. Enfin offert, le cadeau en soi vient réenchanter le monde.

Tout le monde peut chanter s’il en ressent l’appel!

Je vous entends déjà me répondre que non. Vous aimeriez bien chanter, mais vous préférez vous taire pour éviter de faire souffrir vos congénères en leur écorchant les oreilles. Et même si vous aimez votre voix, vous risquez de vous diminuer par crainte de paraître prétentieux.

Vous pensez chanter faux ou encore avoir une voix laide? Sachez pourtant que la majorité des chanteurs que vous aimez n’ont pas tous des voix parfaites. Au contraire, ce qui les a rendus célèbres, c’est justement ce timbre particulier que vous qualifieriez peut-être de laid s’il s’agissait de votre propre voix.

Par conséquent, la majorité d’entre vous préfèrent se taire, convaincus d’être incapables de chanter sans déranger les autres. Pourtant, il y a peut-être en vous une voix qui désire retrouver la joie de chanter et de s’exprimer…

Nous gardons tous en nous la nostalgie de la douceur d’un monde dans lequel nous avons flotté entourés de musique et d’amour. Je devine que chacun porte en son cœur un petit air discret résonnant aux accents de sa vie.

Le chant précède la parole
Tout-petits, nous avons gazouillé et chanté bien avant de parler. Nous avons connu la joie de jouer avec notre voix, de la laisser virevolter en nous et autour de nous. Avec l’acquisition du langage et l’apprentissage des règles sociales, nous avons peu à peu éteint cette voix et tué dans l’œuf quelque chose de fondamental dans l’expression de notre nature profonde.

Et si je vous disais qu’il suffit de quelques outils simples pour retrouver le chemin de votre voix? En adoptant une posture corporelle favorable à l’émission sonore, en développant l’écoute, en apprenant comment jouer avec votre instrument vocal, vous pourrez rapidement goûter à la joie de chanter… et juste, par-dessus le marché! Vous réaliserez alors que toutes les voix sont belles, une fois libérées! Y compris la vôtre!

Notre empreinte sonore est unique. Chanter, c’est tout simplement rendre audible ce tissu invisible dont nous sommes constitués.

Chanter faux : un manque d’harmonie intérieure?
Oui. Lorsque l’être est en bonne santé physique, chaque cellule chante une note de musique qui s’accorde avec le reste du corps. Les émotions, elles aussi vibratoires, perturbent parfois ce fragile équilibre, amenant dissonances au sein des organes. Il devient alors difficile de chanter juste lorsque le corps chante faux.

En traversant le corps, la voix rencontre parfois des régions torrides, parfois des murs de glace et de silence, parfois encore des refuges chaleureux et habités. Là où il y a obscurité, elle se fait fade ou muette. Là où il y a joie, elle s’illumine, se met à pétiller. Lorsque la tristesse montre son visage, elle gémit ou pleure, se fait poltronne et reprend les intonations de l’enfance passée. Elle se nourrit de ces énergies et ressort de nous enrichie ou non par son parcours.

La peur conditionne nos attitudes corporelles.
De plus, il est difficile de chanter juste si tout notre corps se contracte, si notre visage est figé dans un rictus douloureux et notre gorge étouffée par la crainte de chanter. Pour vraiment bien chanter, il ne faut pas se retenir. Il faut un minimum de confiance, d’ouverture et… d’amour de soi.

Et il en va de même avec notre façon d’aborder la vie. La peur est souvent mauvaise conseillère. Lorsque nous apprenons à nous calmer, à faire silence, à nous ouvrir avec confiance, nous sentons naître en nous la sensation de l’action juste, une action non plus guidée par la peur, mais plus inspirée par l’amour. Et chanter avec son cœur résulte de la même intention.

Alors pourquoi attendre! Trouvez-vous un endroit à l’abri des oreilles indiscrètes et redécouvrez la joie de chanter et les bienfaits que cela procure.

Thé et musique, un accord surprenant!

Certains le font déjà en dégustant un verre de vin ou simplement avec un bon repas : savourer le thé en utilisant la musique pour rehausser l’expérience, créer un état d’esprit d’appréciation supplémentaire par ce mariage des sens. N’est-il pas encore plus charmant de manger des mets indiens dans un restaurant où, en musique de fond, on entend la douce tonalité du sitar ou de l’harmonium?

Devant le rituel de la cérémonie du thé, aussi simple soit-elle, l’harmonie de chaque geste, que ce soit de déposer gracieusement les feuilles dans la théière, de verser l’eau en gestes précis ou de voir la couleur du thé apparaissant dans la clarté de la tasse, tous les sens sont suscités : vue, odorat, toucher, goût… et éventuellement l’ouïe qui y trouve doublement son compte avec la musique qui accompagne de telles dégustations de thé. La musique comme le thé sont un art de vivre qu’il faut aborder avec sincérité et ouverture, car ils nourrissent l’âme. Ensemble, ils sont encore plus inspirants.

Bien qu’il n’y ait pas de bonne ou de mauvaise musique comme telle pour accompagner le thé, il y a certains accords musicaux qui seront naturellement plus appropriés au moment de la dégustation selon votre état d’esprit, le moment du jour, la température ambiante, la luminosité, la présence d’invités ou la solitude et, bien sûr, selon le thé que vous aurez choisi de déguster. Il faut considérer l’ensemble des circonstances qui créent l’ambiance du moment, cela ne fera qu’amplifier la joie et la paix qui se dégageront de ce moment précieux autour du thé.

Voici quelques suggestions d’accords musicaux selon le type de thé :
Les thés blancs sont légers et inspirent la douceur. Ils sont aériens, délicats et peu stimulants. Ils évoquent aussi la fraîcheur par leurs arômes parfois fleuris ou mielleux, leurs notes de sève ou de fruits frais. Une musique douce telle que celle de la flûte tibétaine de Nawang Kechog, le son apaisant du Hang Drum ou encore les pièces les plus douces du compositeur Arvo Pärt telle que Spiegel im Spiegel peuvent tout à fait se prêter aux subtilités du thé blanc.

L’aspect végétal et savoureux des thés verts leur donne un effet tonifiant plein d’énergie et de fraîcheur. Leurs nuances aromatiques d’herbe coupée ou de verdures, de fruits ou de noix, de fleurs des champs ou d’algues fraîches évoquent la saison estivale et le beau temps. Le son de la flûte japonaise shukuhachi, associée au zen depuis des centenaires, se mariera à merveille avec ce type de thé. Dans un autre genre, la musique baroque telle que Les Quatre saisons de Vivaldi ou Les symphonies de Mozart conviendraient tout à fait aux thés verts.

Les thés les plus gastronomiques et complexes sont bel et bien les thés Oolongs. Leurs arômes innombrables varient entre les notes florales, fruitées, gourmandes, boisées, empyreumatiques, minérales et végétales. Le jazz doucereux de Jasmine de Keith Jarrett ou Take Five de Dave Brubeck, le folk de Xavier Rudd ou encore la musique méditative de la cithare Qin, instrument ancestral de la Chine ancienne, parviendraient à envelopper les arômes enivrants des Oolongs.

Les thés noirs et les thés Pu Er offrent des notes minérales profondes, parfois fruitées, maltées ou boisées, des saveurs rondes et pleines. Complètement oxydés, ces thés sont digestes et offrent une énergie enracinante. Les voix pénétrantes des Tibétains Lama Gyurme et Yungchen Lhamo, ainsi que la musique africaine pleine de soleil de Ayub Ogada et de Toumani Diabate amplifiera la profondeur de ces thés « du cœur ». Dans le même ordre d’idée, le son du didgeridoo et les ragas de Pandit Pran Nath les accompagneront à merveille.

En espérant que ces quelques suggestions vous inspireront et que vos dégustations en seront d’autant plus plaisantes!

L’écriture qui dénoue les blocages

« Ce que nous portons de vieilles blessures, de problèmes non résolus, de regrets et de souffrances devient comme une force souterraine susceptible de contaminer notre vitalité et d’entraver le flot naturel de la créativité. »  − Anne-Marie Jobin, Créez la vie qui vous ressemble

L’écriture est une forme d’art accessible à la plupart d’entre nous et nous avons accès à cet outil presque en tout temps : dès le réveil, au travail, dans un restaurant, au lit…

Les mots sont les matériaux de l’écriture. À travers eux, le sens, les souvenirs, les désirs, les émotions surgissent. Pour déjouer l’autocensure et les blocages, certaines techniques existent, entre autres l’écriture à l’aide de la main non dominante.

Associée à l’écriture automatique où on laisse couler les mots sans restriction, cette technique favorise le lien avec l’hémisphère de notre cerveau auquel on a un accès moins direct. L’être entier sort de sa zone de confort en déjouant l’habitude et il relâche ses défenses. Ce qui apparaît sur la feuille n’est pas filtré par la logique, les peurs ou les croyances.

On peut se servir de cette technique pour écrire une lettre. Votre papa est décédé et la petite fille en vous n’a jamais pu lui dire qu’elle l’aimait ou qu’elle lui en voulait? Donnez-lui ce droit. Le collègue qui vous fait souffrir ne lira jamais vos mots, mais ils vous soulageront d’un poids. Ce qu’on exprime ne moisit pas en dedans… En mettant par écrit tout ce qui nous passe par la tête et par le cœur, nous prenons conscience d’éléments demeurés inconscients et qui drainent notre énergie.

Nous pouvons aussi nous écrire à nous-même, que ce soit à la personne que nous sommes dans le présent, à l’enfant que nous avons été, ou à la personne que nous serons au moment de mourir. Cela peut aider à clarifier des intentions, à valider des opinions, à nous pardonner. Dans cette démarche, soyons notre meilleur ami et disons-nous les choses telles qu’elles sont, sans gants blancs ni malice.

On peut écrire seul ou être accom­pagné, ou encore se servir de nos écrits comme complément à une autre approche, après un rendez-vous plus bouleversant chez un thérapeute­ ou pour mettre en lumière ce qui nous turlupine avant de rencontrer­ un thérapeute. Si écrire fait monter des sentiments intenses, l’accompagnement peut permettre d’approfondir la démarche en toute confiance.

Pour les gauchers qui ont été forcés de troquer leur « vraie » main dominante pour la main droite sur les bancs d’école, écrire librement de la main gauche peut contribuer à guérir certains traumatismes. Pour eux, je dédie la chanson de Danielle Messia :

Je t’écris de la main gauche
Celle qui n’a jamais parlé
Elle hésite, est si gauche
Que je l’ai toujours cachée

Écrire de la main non dominante est un exercice puissant, mais exigeant. Les muscles de la main non dominante se fatiguent vite et les doigts deviennent crampés. Il faut conti­nuer, quitte à prendre une minute de pause. Par contre, plus on reste concentré sur l’exercice, plus l’effet est intense puisqu’on ne donne pas la chance à la logique d’occuper l’espace. On peut même illustrer nos écrits… toujours avec la main non dominante!

C’est aussi un exercice de lâcher-prise : devant les lettres mal formées et les lignes croches, notre esprit cartésien risque de se rebeller. Laissons-le taper du pied. Le but n’a rien d’esthétique, c’est une communication avec des parties de nous qui sont trop souvent ignorées. Redonnons-leur un espace, une lettre à la fois.

Le livre Écrire. Un plaisir à la portée de tous de Faly Stachak propose 350 techniques d’écriture créative pour inspirer ceux qui souhaitent écrire pour eux-mêmes ou pour être lus, peu importe la main choisie…

Marcher, un acte de créativité existentiel

Les poissons nagent, les oiseaux volent et nous, les humains, nous marchons. Marcher est notre principale activité et donc l’expression la plus évidente de notre attitude face à la vie. De plus, nous sommes les seuls mammifères à marcher sur deux pattes. C’est toute une affaire, quand on y pense! Toute cette lourde et grande structure anatomique est non seulement posée sur deux toutes petites surfaces, mais elle a aussi le projet audacieux de se déplacer! Il n’est peut-être pas étonnant que nous mettions tant de temps avant de faire l’apprentissage de cette formidable posture d’« être humain debout et ambulatoire ». Quand les autres mammifères à quatre pattes se déplacent aisément dès la naissance, le petit de l’humain a besoin de temps et de persévérance pour arriver à faire ses premiers pas. Cela relève du miracle, car marcher sur deux jambes, c’est accepter d’être en état constant de déséquilibre. Quelle est-elle, cette vive intelligence qui œuvre dans l’ombre pour que nous en venions à marcher sans même y penser? Et pourtant, notre civilisation est en train de se sédentariser au point de perdre le sens profond de la marche.

La marche résume notre façon bien personnelle d’aller vers et dans le monde. Elle exprime de façon directe comment nous créons notre existence. L’inverse est tout aussi vrai : en retrouvant le plein potentiel de notre marche, nous pouvons récupérer notre pouvoir de créativité existentielle. La première clé est notre capacité à nous engager pleinement dans l’acte de marcher, car nous ne sommes pas conçus pour ne marcher qu’avec nos jambes; c’est tout notre corps qui avance et s’investit à 100 % dans cette action. Marcher provoque alors de la joie lorsqu’on s’y engage de tout son être. Et s’engager dans sa marche, c’est s’engager dans son existence, c’est incarner dans notre mouvement de vie nos valeurs profondes.

C’est en marchant que l’on revient chez soi : en soi. Avec une grande simplicité, la marche permet de nous établir à chaque pas dans l’ici et maintenant. Le passé terminé et l’avenir inexistant, il n’y a vraiment que le présent. On avance alors avec légèreté sans traîner le sac à dos du passé et libéré des attentes face à l’avenir. On peut alors enfin profiter du paysage et commencer à remarquer les signes sur notre route qui nous indiquent la direction de notre vie.

À chaque pas, la plante de nos pieds touche le sol et nous embrassons toute la vie de la terre avec notre présence. Nous pouvons parcourir le chemin de notre vie comme des somnambules ou bien nous pouvons nous éveiller à chaque pas. Lorsque toute notre attention participe à la marche, les pensées et les histoires du mental se calment; nous respirons, nous réalisons le privilège d’être vivant et nous revenons à notre vraie nature. C’est comme si nous devenons notre marche.

Rappelons-nous que nos pas sur cette planète laissent notre empreinte. Alors, que souhaitons-nous laisser en héritage? Car nous foulons le sol de nos ancêtres et nous sommes nous-mêmes les ancêtres de demain. Nous pouvons aussi marcher pour ceux et celles qui ne peuvent plus marcher et leur offrir notre marche en offrande.

Peut-être notre humanité a-t-elle besoin d’apprendre de nouveau à marcher afin de créer un monde plus humain? Profitons ensemble de ce temps de l’année pour nous remettre à marcher et pour retrouver cette qualité inhérente à notre humanité : nous sommes à la fois le cheminement et le chemin. Marcher, c’est créer un espace pour être pleinement humain, car ainsi debout, entre le Ciel et la Terre, nous assumons notre nature terrestre et notre nature céleste. Marcher est la toute première danse qui célèbre ce que nous sommes véritablement : cette rencontre amoureuse entre le Ciel et la Terre. Nous pouvons dès maintenant choisir de marcher tous ensemble dans la fraternité, créant pas à pas notre paradis terrestre.

Indépendance financière

« Si vous ne travaillez pas pour vos rêves, quelqu’un vous embauchera pour travailler pour les siens » (Steve Jobs)

Vers l’âge de 32 ans, insatisfaite de ma vie suite au métro-boulot-­dodo, j’ai acheté le livre Votre vie ou votre argent de Joe Dominguez et Vicki Robin. Une révélation, je vous dis! J’ai lu ce livre d’une traite, comme un roman qu’on ne veut pas lâcher. Vous savez, même si vous devez vous lever tôt le lende­main matin et qu’il est 1 h du matin, vous vous promettez, sans trop y croire, que vous finirez un DERNIER chapitre et dodo après!

Ce livre m’a fait découvrir que je n’étais pas obligée de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive… Bon, j’exagère un peu, sûrement pas si pire que ça, mais c’était mon impression. Je me sentais prisonnière du système de consommation. Avais-je le choix de travailler si je voulais me nourrir, posséder une maison, des vêtements, une automobile, voyager? Oui, j’avais le choix, mais je n’en avais pas conscience.

Comme la majorité des gens, j’échangeais mon temps de travail contre de l’argent afin de rembourser mon hypothèque, payer ma voiture, mon épicerie, les restos, les vêtements, et, si possible, avoir des écono­mies au cas où… J’épargnais déjà, mais peu et pas assez. De plus, je ne cherchais pas à optimiser le rendement de mes placements financiers. Le concept de pouvoir­ vivre de mes revenus passifs m’étaient complètement inconnu.

J’étais bien conditionnée à travailler comme salariée jusqu’à l’âge de ma retraite, à moins de gagner à la loterie. Prise dans cette roue sans fin, je tentais, durant les fins de semaine, de faire ce qui me passionnait. Le dimanche soir, je déprimais en pensant à ma semaine de travail « forcée » comme une prisonnière du système capitaliste.

La lecture de ce livre m’a permis de comprendre que je pouvais sortir de cette prison, de ce « rat race » (comme disent les anglais) et de pouvoir accéder à l’indépendance financière dans 10 à 15 ans. Oh my God!… c’est une éternité 10-15 ans pour quelqu’un qui recherche une libération rapide, mais comme je ne gagnais pas de gros lot à la loterie, j’ai commencé à appliquer les diverses notions et principes établis dans ce livre. Difficile? Oui, ça l’est, même encore aujourd’hui. Difficile de sentir le jugement des personnes qui ne comprennent pas pourquoi vous faites cette démarche de simplicité volontaire, de minimalisme et puis de zéro déchet par la suite. Mais on y survit, on apprend à ne plus laisser le jugement des autres nous toucher, car mon but premier était d’atteindre l’indépendance financière.

En décembre 2017, à l’âge de 50 ans, j’ai atteint l’indépendance financière, donc je n’ai plus à travailler. Il m’a fallu 18 ans pour y parvenir pour plusieurs raisons, dont entre autres, deux retours aux études pour compléter deux baccalauréats à l’université, la construction de notre chalet, l’acceptation d’un salaire moindre pour travailler dans les organismes communautaires au lieu du gouvernement, ainsi que plusieurs congés non rémunérés.

Alors, je vous pose la question : Aimez-vous votre travail? Quelle est votre motivation pour vous lever tous les matins et aller travailler? Oui, bien sûr pour l’argent, mais est-ce que votre travail est en lien avec votre mission de vie? Si oui, c’est super, continuez de vous accomplir! Sinon, peut-être que le concept d’indépendance financière vous parle? En visant l’objectif de devenir indépendant financièrement, vous venez peut-être de trouver une clé pour vous sortir de votre prison « virtuelle ». Une motivation pour vous lever le lundi matin et aller travailler dans la joie de la perspective d’un demain libre de votre temps!

L’expression des 4 éléments au cœur de soi

Tout autour de nous, le vivant de la nature nous enchante par sa capacité infinie de créer au moyen des quatre éléments. Contemplons un instant la terre avec ses espèces d’arbres, de plantes, de fleurs, de fruits… l’eau avec ses différents ruisseaux, lacs, mers, pluies… le feu avec ses flammes de soleils, de bougies, de feux de joie, de volcans… et l’air avec ses nuances de brises, de vents, d’ouragans, de souffles… Or, tout cet environnement qui nous entoure se trouve également en nous parce que nous sommes aussi composés de terre, d’eau, de feu et d’air. Chaque personne possède en elle-même des caractéristiques des quatre éléments en proportions diverses et selon une sorte d’alchimie combinatoire complexe qui lui est unique. Il y a en chacun de nous un élément qui s’exprime avec davantage de force, ce qui fait de nous des personnes dites de terre, d’eau, de feu ou d’air.

Il est intéressant d’aborder le mystère que nous sommes à nous-mêmes dans cette perspective et de voir quels sont les éléments qui s’expriment aisément dans notre vie et lesquels demeurent timides ou inhibés. On dit que les difficultés de la condition humaine sont souvent la conséquence d’un déséquilibre significatif de l’expression d’un des quatre éléments. La bonne nouvelle est que nous sommes des êtres en perpétuelle transformation et qu’il est toujours possible d’inviter un des éléments à prendre plus de place dans notre existence. Cette mosaïque­ du caractère fascine depuis longtemps de nombreux penseurs, dont les célèbres Carl Gustav Jung et Gaston Bachelard.

Les gens du type terre savent entrer de plein pied dans la dimension physique de l’existence. On les reconnaît à leur capacité efficace de réalisation. Trop de « terre » dans le caractère rend toutefois la personne sérieuse, rigide, sèche, pragmatique, matérialiste, prise par le travail et par le côté pratique des choses. Inversement, le manque de terre a pour effet de déconnecter la personne de la réalité. Celle-ci se trouve rapidement déracinée. Elle a de la difficulté avec les structures et les règles et elle peut aussi ignorer des besoins de base nécessaires à son bien-être, comme bien se nourrir, se reposer, se soigner.

Les gens du type eau se reconnaissent à leur capacité impressionnante de naviguer dans les situations con­flictuelles et d’apporter des solutions aux difficultés. Ces personnes sont très proches de leurs émotions, car l’eau se meut aisément et son langage est celui de la profondeur et de la subjectivité. Trop d’eau rend la personne très sensible; celle-ci absorbe tout autour d’elle et est encline à la mélancolie. Le manque d’eau s’exprime par un peu d’empathie, de sensibilité et de compassion ainsi que par la peur de ressentir.

Les personnes « de feu » sont remplies d’enthousiasme et vivent avec intensité. On admire leur capacité à s’engager et à entrer rapidement en intimité avec ce qui est. Passionnées et vibrantes, elles attirent. Un excès de feu rend colérique et impulsif, alors qu’une carence de feu s’exprime par le pessimisme accompagné de la peur de la rivalité et de l’autorité.

Les gens du type air savent prendre de la perspective, raisonner et même rêver. Un trop-plein d’air rend le système nerveux fragile et sujet à l’épuisement. La personne devient peu expressive en ce qui concerne la vie affective et a de la difficulté avec l’intimité. Le manque d’air crée de la méfiance et une difficulté de coopération.

Profitons de l’été pour renouveler notre pacte avec l’élément qui n’ose pas s’exprimer dans notre vie, dans notre personnalité. Accordons-lui notre attention afin qu’il vienne enrichir notre existence de ses qualités. Terre, apprends- moi le service et l’art de m’incarner dans l’ici et maintenant ainsi que la capacité de concrétiser. Eau, apprends-moi à m’aimer et l’art de la fluidité afin de faire de chaque obstacle une oppor­tunité. Feu, apprends-moi l’art de vivre intensément et à aimer passionnément afin que je m’engage à fond dans mes relations. Air, apprends-moi l’art de la fraternité et celui de m’alléger et de déployer mes ailes dans le ciel de mon existence!

Ainsi, en retrouvant davantage d’équilibre en moi entre les quatre éléments, ma vie peut trouver des chemins d’expression plus faciles, plus riches et plus vivants!

L’appel à la beauté

De tous les temps, nos âmes humaines recherchent la beauté. Qu’est-elle au juste, sinon une sensation d’éternité fugace qui nous coule entre les doigts? Éphémère et insaisissable, la beauté est en fait une expérience qui attend patiemment l’attention de notre cœur. Chaque jour, chacun de nous est visité par la beauté. C’est justement ce qui fait d’elle une grâce tant désirée : elle visite et ne s’attarde pas. C’est ainsi qu’elle réussit à nous couper le souffle.

En cette saison estivale luxuriante, son appel devient plus impérieux. Elle ne se fait plus si discrète, et ce n’est pas un hasard, car la beauté danse intimement avec la lumière. Dans sa merveilleuse palette d’artiste, il y a entre autres le prisme de l’arc‑en-ciel avec lequel elle crée une myriade de nuances. Comme il est facile de prendre tout ceci pour acquis et de passer à côté de la beauté sans même la remarquer. 

Pourtant, nous sommes des créatures façonnées pour recevoir les couleurs; nos yeux en sont la destination secrète, et ce, simplement parce que notre âme aime la beauté. La couleur n’est pas une simple peinture posée sur les pétales de la fleur. Elle est plutôt l’expression de la vulnérabilité de cette fleur. La jonquille, par exemple, absorbe en elle le bleu et le rouge, tandis qu’elle renvoie le jaune qu’elle ne peut accueillir. C’est pourquoi nous la voyons jaune. Toute cette activité qui donne au vivant ses couleurs est une danse enjouée profondément amoureuse. Ainsi, toutes les couleurs naissent dans la blancheur de la lumière et pénètrent ensuite les choses de la vie avec nuances et créativité.

Chaque couleur, et son merveilleux éventail de teintes, cherche à nous toucher le cœur avec son univers d’émotions. C’est ainsi que le blanc est associé à la pureté parce qu’il renvoie toutes les couleurs à notre regard. Le noir fait le contraire, il les absorbe toutes et ne laisse rien voir de son mystère. Le rouge évoque l’intensité de la passion, le jaune rappelle l’expansion de la chaleur et l’orange, la sensualité romantique de leur alchimie. Le vert nous touche par sa vibration de croissance, le bleu nous émeut par son évocation de l’infini du ciel, et le violet nous appelle à l’évolution spirituelle. C’est là, tout juste pointé vers les portes d’entrée d’un monde de mystère où la beauté n’a jamais fini de nous éblouir et de nous émouvoir.

Et si c’était une des raisons pour lesquelles nous sommes ici, sur cette terre? Et si notre conscience cherchait justement, par le biais de nos sens, à reconnaître, à voir, à savourer la fête de la beauté de la vie qui nous entoure? Et si le paysage qui étale sous nos regards distraits son éphémère beauté cherchait aussi notre tendresse et notre reconnaissance? 

Peut-être que, si nous marchions plus lentement en portant attention au moment présent, la beauté pourrait nous surprendre et se révéler plus souvent. Parfois, elle se présente spontanément dans les rayons de soleil qui dansent. Parfois, elle a la dignité d’un ciel violacé avant l’orage. Lorsqu’elle nous trouve présents, nous devenons soudain plus vivants, comme si une nouvelle porte s’ouvrait afin que le cœur reconnaisse la majesté silencieuse de l’ordinaire du quotidien. Lorsque la beauté touche nos vies, le moment devient lumineux. Silencieusement, la beauté illumine notre propre présence. On ne se rend alors même pas compte que cet éblouissement provient du regard que nous portons sur le monde. Cette danse émouvante existe peut-être pour nous rappeler que nous sommes nous‑mêmes cette beauté. Entendons-nous son appel?