Le mandala

Il ne suffit pas que les hommes viennent boire quand ils y sont invités par des sources supérieures. Ils doivent fabriquer de nouvelles outres afin de conserver le vin nouveau de la bonté et du dessein infinis. Saint Germain

Être de ces nouvelles outres, et oser être l’être que nous avons toujours cherché.

Pour trouver la ligne conductrice de ce texte, il m’a suffi de retrouver l’état d’être dans lequel je me place pour œuvrer avec le mandala. En effet, je construis des mandalas depuis bientôt vingt ans, et le mandala m’a construite et surtout instruite de mon potentiel de création, de cocréation, de récréation et de recréation.

Depuis toutes ces années de recherche et d’exploration, une voie m’habitait, me conduisait et me guidait, celle du retour chez soi. Un cheminement continu tout en harmonie, me donnant constamment des pistes pour créer et participer à l’un, à l’univers.

Le travail assidu avec le principe du mandala nous enseigne avec aisance le chemin du retour, mais aussi les parcours possibles pour continuer à participer au tout. Tout en créant, en jouant des couleurs et des formes, l’ouverture se crée, l’aventure s’offre à nous pour la création dans le cercle du mandala.

Pour ceux qui n’y sont pas familiers, le mandala est un cercle qui comporte son centre point. De cet espace circulaire et protégé, les constructions géométriques prennent forme, tout en se rattachant au centre un.

Le pouvoir du dessin de mandala est celui de toujours laisser voir, apercevoir le point de départ et le point de retour.

Pour peu que l’on s’y intéresse, il nous donne des lieux de rencontre pour commencer à jouer, tout en explorant les diverses facettes de l’humain. Dessiner dans le cercle avec cette conscience nous transporte à l’intérieur de nous, là notre corps physique se retrouve chez lui, nos corps émotionnel et spirituel s’enlacent dans un même espace sacré et protégé.

Pour y avoir consacré une grande partie de ma vie, je sais de source certaine que le cercle et le point sont des symboles d’unité et que travailler avec ces notions de départ nous amène rapidement dans le soi; de là toutes les directions s’offrent à nous.

J’œuvre depuis toujours avec cette obsession. Je cherche depuis longtemps ce lieu qui ressemble à Dieu. Le mandala m’a offert cette contrée, par ses lignes de support, par ses spirales énergétiques tirées à même la nature, le jeu du déploiement naturel, des ouvertures en éventails et des manifestations cosmiques; tout se révèle avec facilité et simplicité.

Dessiner des mandalas avec conscience et présence nous apporte vraiment un espace pour se retrouver, se replacer, en harmonie par la couleur, se rééquilibrer par les formes, se reconnecter au tout et aux autres en acceptant ce que ce principe universel nous accorde dès maintenant pour accomplir les alliances et retrouver enfin son être vrai. Le soi reconnaît ce territoire et nous permet de le retracer à l’infini.

Le mandala; cercle, centre, boucles et spirales, déploiement et circulation, est un outil précieux pour accélérer notre harmonisation, appuyer notre action, encourager notre création; pour accompagner notre désir de communion et notre plaisir de participation.

Retrouver et reconnaître cette pratique du mandala permet de se retrouver et de se reconnaître.

Nauséabonde…

Il y a sept ans, j’ai commencé à me poser des questions concernant la surconsommation et ses effets sur l’environnement. En tant qu’artiste écologique passionnée par la nature, je me spécialise vers les ressources oubliées, nos poubelles!

Nous nous trouvons à un moment de l’histoire où nous changeons notre téléviseur, notre ordinateur, notre réfrigérateur, notre four à micro-ondes et tous les appareils de notre quotidien non pas parce qu’il ne fonctionne plus, mais seulement parce qu’ils ne vont plus avec l’esthétisme de notre cuisine ou la performance de notre poste de travail. Nous possédons tous ces choses et dans quelques années, nous allons les remplacer par des appareils plus avancés, plus design. Nous ne réparons plus parce qu’il est plus économique d’en acheter un nouveau, plus beau.

Nos ménages produisent sans relâche des tonnes d’ordures. Celles-ci forment un amas considérable de résidus, une sorte de grande salade composée de matériaux de toutes sortes, de matières organiques et de déchets dangereux. Lorsque la pluie, le soleil et le temps agissent, l’eau de pluie s’infiltre dans la mixture, emportant sur son passage les composantes contaminées, ce qui crée un liquide visqueux, le lixiviat. Une sorte de vinaigrette qui coule à travers les détritus et s’assaisonne de diverses substances toxiques… Pensez aux répercussions sur la santé!

Les objets que nous consommons, une fois jetés ne disparaissent pas! Même si nous croyons nous en être débarrassé en les abandonnant sur le bord des routes ou au dépotoir… Ils existent encore! Nos détritus et vieux appareils ne se trouvent pas si loin de nos maisons, même s’ils sont bien cachés dans des sites d’enfouissement. Ils sont empilés à des endroits, à l’abri de notre regard, mais tellement près des lacs, des sources d’eau potable, des rivières, des animaux sauvages ou d’élevages, des cultures et des forêts dont nous dépendons tous.

J’aimerais susciter une réflexion par rapport à notre responsabilité face à ce que nous consommons parce que, en fin de compte, tout ce que nous achetons devient des déchets qui constituent en fait des ressources réutilisables, des déchets-ressources ou, plus communément, des matières résiduelles. Il me tient à cœur de remettre en question ce qui est important, ce qui est sacré, l’esprit des « choses », le sens mystique de nos objets que nous vénérons chaque jour et reléguons aux ordures si facilement.

À titre personnel, je m’efforce de changer mes mauvaises habitudes et d’adopter un comportement de plus en plus conscient. Je dis « effort » parce qu’il est essentiel d’agir en vue de créer des changements au sein de nos collectivités. Il faut comprendre qu’il est important de se responsabiliser face à ses actions et ses choix de consommation.

Nos valeurs ont dérivé vers un monde de sacs de plastique à usage unique où les liens essentiels avec l’environnement ont fondu dans l’insouciance et l’indifférence.

Je jette et je rejette cette idée!

En plus de diminuer sa consommation et de participer au réemploi et au recyclage, le compostage des matières organiques provenant de nos cuisines s’avère être une initiative accessible à tous. Personnellement, je pratique le lombricompost dans mon appartement. J’ai adopté une communauté de vers rouges qui gobent jour et nuit : pelures de banane, poches de thé, trognons de brocolis, cœurs de pomme, etc. Les vers sont plutôt tranquilles comme animaux de compagnie; ils ne demandent pas la porte pour se soulager, ne nécessitent aucune médaille et fournissent un humus riche d’amour!

Viendra le jour où la majorité d’entre nous prendra le temps de repenser ses habitudes et ses priorités afin de ramener leur consommation à un niveau respectueux envers notre Terre…

Soyons conséquent!

Votre principe masculin est-il dominant?

Chaque personne est constituée d’un principe féminin et d’un principe masculin. Par contre, selon le plan de vie de chacun, il y en a un qui est présent plus souvent et qui donne le pas à l’autre.

Par exemple, une personne qui se dirige dans le domaine scientifique va devoir avoir un principe masculin dominant. Une autre qui est plutôt artiste vivra le contraire, son féminin sera plus actif. Si une personne se dirige dans l’aide aux autres, le domaine social, et si elle ne laisse pas l’intuition de son côté féminin se manifester, elle ne pourra pas être véritablement au service de l’autre, car elle s’accrochera surtout aux techniques apprises.

Voici quelques indices pour savoir à quel moment votre principe masculin est à l’œuvre.

  • Vous aimez prendre le temps de réfléchir avant de prendre une décision au lieu d’être spontané.
  • Vous voulez que les informations soient précises, vous donnez plein de détails pas toujours nécessaires pour les autres.
  • Quand vous désirez quelque chose, vous restez très persévérant, vous avez de la difficulté à changer d’idée.
  • Vous aimez les choses concrètes, si c’est trop vague ou irréel pour vous, vous ne vous sentez pas bien.
  • Vous êtes plus rationnel qu’intuitif.
  • Vous vous sentez plus à l’aise de donner que de recevoir.
  • Vous êtes gauche dans l’expression de vos sentiments. Vous préférez montrer votre force et votre courage.
  • Vous passez à l’action rapidement, sans savoir si cette dernière répond véritablement à votre besoin.

L’important est de se souvenir que lorsque votre principe masculin est à l’œuvre, si vous ne laissez pas votre principe féminin l’aider en quoi que ce soit, il s’avérera difficile pour vous de savoir si vous répondez véritablement à votre besoin.

Prenons l’exemple d’une personne qui réfléchit à ses futures vacances. La force de son principe masculin consiste à savoir les actions à prendre pour arriver à son but. Son principe féminin lui dira comment elle se sent avec les différents choix qu’elle a en tête. Le principe féminin saura également pourquoi elle veut prendre des vacances, c’est-à-dire à quel besoin cela répondra. Ensuite, c’est le principe masculin qui sait le meilleur moment ainsi que les actions à poser pour manifester ces vacances.

Donc, peu importe le principe prédominant (celui qui passe avant l’autre) si vous laissez les deux se compléter et s’entraider au besoin, tout se passera bien.

Revenons à l’exemple du thérapeute avec une dominance masculine, mais qui accepte son principe féminin. Il commencera la rencontre avec son client en utilisant les méthodes apprises et, peu à peu, il laissera sa capacité de sentir et son intuition le guider pour décider quelle méthode utiliser avec son client.

Si le thérapeute est dominant féminin, il débutera l’entrevue en posant des questions en se basant sur ce qu’il ressent de la personne et s’il ne veut pas accepter l’aide de son côté masculin, il risque de se laisser distraire par les propos du client et la consultation ira dans tous les sens. Il perdra le fil de l’entretien. Il manquera de direction et de méthode précise, le propre du principe masculin.

Il est possible, de plus, que vous vous aperceviez que, dans le domaine personnel, un principe est dominant et dans un autre secteur, professionnel par exemple, l’autre principe est dominant. Il importe peu à quel moment ou dans quel domaine un principe est conducteur, l’important est de se rappeler que les deux doivent être complices, des partenaires dans votre vie.

Le grand avantage à avoir de bonnes relations entre vos deux principes est que cela vous aidera à vivre de bien meilleures relations avec les personnes des deux sexes. Vous pouvez donc vérifier votre capacité à laisser les deux principes bien s’entendre en vous, en étant attentifs à vos relations autant personnelles que professionnelles.

Photo 101 : Se permettre du noir et blanc

Nous nous souviendrons du temps gris et des pluies abondantes du printemps 2011. C’était parfois difficile pour le moral. Je me suis même aperçu que la température m’affectait. Période d’ermitage, d’isolement. Petite déprime. Manque de motivation. Et comme je clique à tous les jours de l’année en participant au Défi photo 365, les changements d’humeur sont « visuels » et bien perceptibles. Consciente de tout cela, tout en ayant confiance que le soleil allait bientôt revenir, je me suis amusée à trouver des symboliques photographiques. Période sombre, période de lumière. Explorons.

Univers gris

L’intérieur peint de pluie et de gris, mon œil n’avait plus envie de regarder la vie en couleur. Il ne la voyait plus en fait. Comme si mon cœur et mon doigt, normalement alignés, eux qui appuient sur le déclencheur de mon appareil, s’étaient éteints. Panne de courant. Tout était désaturé. C’est au jour 153 du Défi que j’ai décidé d’explorer visuellement ce que je vivais depuis quelques semaines. Ici, des fleurs, du muguet. Petites clochettes blanches, tiges et feuilles très vertes… Et si je les montrais en noir et blanc? Ce serait inattendu! Désaturées, transformées, question de refléter mon état. Une nouvelle expérience sensorielle? On perd certains sens, on ne les voit plus d’un même œil. Ici, on a presque l’impression qu’elles sentent moins bon. Leur parfum de miel s’est un peu dissipé. Leur douceur s’est durcie. Est-ce une illusion ou le ressentez-vous aussi? En noir et blanc, je regarde les courbes, la grâce. Les tiges alignées. L’unité. La cohésion du groupe. La douceur dans l’essence. Du muguet, oui, même en noir et blanc, pourquoi pas! L’idée symbolique d’associer le noir et blanc à une période plus sombre de sa vie.

L’obscurité aspire ou inspire?

On m’a dit que ce côté mélancolique et blasé, que l’on associe souvent aux artistes, est très « occidental », que c’est en quelque sorte « bon » ou « accepté » par la société que les artistes soient déprimés, qu’ils aient du vague à l’âme. « Les artistes eux, ils ont le droit. » Alors qu’en Orient, si j’ai bien compris, les peintres ou autres artistes seraient encouragés à présenter des œuvres réalisées dans un état d’esprit serein, méditatif et empreint de joie. Je ne connais pas la source de cette idéologie, alors je peux me tromper, mais ce concept est tout de même intéressant. On s’entend que du Baudelaire ou de la musique « country », ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus joyeux, ça peut être triste, dramatique, agonisant! On aime ou on déteste, mais c’est tout de même de l’art! Donc le fait de puiser dans la noirceur de notre être a toute une puissance d’innovation, une raison. C’est fascinant.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus en création? Les moments joyeux ou les peines d’amour? Les regards d’enfants ou la sécheresse? Les mariages heureux ou le documentaire désolant? Peu importe. Vous avez raison. Affirmez-vous. La photographie est un médium d’expression exceptionnel qui nous permet de démontrer toutes ces facettes de la vie. Nos choix de scènes ne sont qu’un reflet de ce qui se passe à l’intérieur de nous ou de ce que nous cherchons à éviter à tout prix. Si je crois que la dépression est « mauvaise » en soi, je chercherai à montrer des scènes joyeuses dans mes photos. Si je crois que les scènes de bonheur extrême sont fausses, je me dirigerai vers le documentaire réaliste. Si je ne suis pas confortable avec mes propres émotions, j’irai peut-être explorer des sujets plus cérébraux. Ces exemples sont des extrêmes, mais l’idée est là. Qui suis-je comme photographe? Quel est l’état d’âme que je décide d’afficher? Apprendre à se connaître par les scènes que l’on se permet de prendre en photo. Le Défi 365 me fait réaliser que j’évite un bon nombre de sujets, je reste le plus souvent dans un connu confortable. Le beau, le gentil, le mignon… Mais si on est déprimé, il y a ce conflit intérieur qui n’a plus envie de montrer tout ce qui est positif tandis que d’autres, à l’inverse, se poussent à l’extrême pour y arriver quand même. Quel est votre mécanisme face à la noirceur et au manque d’inspiration? Et quand pour une raison ou une autre, les choses changent, le goût à la vie revient, que se passe-t-il…?

Et quand la couleur revient

Ah! Les étoiles dans les yeux sont revenues? Lumières de Noël! Bonbons! Sourires d’enfants! Champs de lavande! Chiots dans un panier! Bonjour!

Quand le soleil est revenu, à l’extérieur comme à l’intérieur, quel soulagement. Je n’avais plus assez de secondes dans une journée pour tout montrer ce que je voulais montrer!! Mes photos et mes textes reprenaient vie, enfin. Trop de choses, mes yeux étaient excités, stimulés, les couleurs soudainement tellement plus vives! Puis, je me suis souvenue de mon épisode d’obscurité. Avec du recul. J’ai eu de la gratitude. Mes yeux s’étaient reconnectés à mon cœur, puis à mon doigt qui clique, mais je pouvais maintenant comparer deux états, celui d’ombre, celui de lumière. Je pouvais maintenant apprécier.

« La nuit n’est qu’une partie du jour. » Traduction libre – Paulo Coelho

Pourquoi je vous dis tout ça? Je n’ai rien inventé avec ce concept, mais le message que j’ai envie de passer, est d’embrasser à part entière la personne que nous sommes. Avec nos hauts et nos bas. C’est le Yin et le Yang. Si tu ne connais pas la nuit, tu ne connais pas le jour. Le blanc existe par le noir. Le bon existe par le mal. Ce ne sont que des états de passage. Puis pourquoi ne pas explorer notre médium photo à travers toutes ces phases humaines et émotives.  Ça peut être tellement riche. Thérapeutique ! S’efforcer de prendre en photo ce que nous n’aimons pas voir. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Il s’agit d’être conscient de ce que nous vivons, et d’apprécier où nous sommes dans notre démarche personnelle. Déprimé ou pas.

Et si notre propre noirceur était présente pour nous amener à mieux apprécier la lumière quand elle revient? Et si notre noirceur était une source incroyable de créativité et d’exploration? …Plusieurs gens s’interdisent de vivre de la noirceur, la nient, la repoussent, et surtout ils s’interdisent d’en parler aux autres de peur d’être jugés. Elle fait peur, c’est une mal aimée de notre société, mais elle est importante. Selon moi, la noirceur est un dénominateur commun chez les gens, elle nous rassemble. Elle est. Elle est là. Elle est là pour nous rappeler comment la vie est belle. Pour nous rappeler comment la vie, en couleur ou en noir et blanc, a de multiples facettes, ni meilleures, ni bonnes ou mauvaises. Pour voir ces facettes, nous devons avoir confiance!

« Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont. Nous les voyons telles que nous sommes. » Traduction libre – The Green Children

Avoir confiance

Marcher dans le noir n’est pas agréable, mais il faut avoir confiance. Dans la seconde qui passe, je vois noir, mais j’ai la certitude que dans un futur rapproché, je verrai la couleur ou la lumière. Croire. S’autoriser. Se donner le droit. Se donner le droit de voir en noir et blanc de temps en temps. Être humain, dans toute sa splendeur, sa folie, son absurdité, sa confusion, son bien et son mal-être, c’est ça la vie! Remercier nos périodes d’ombre, pour mieux apprécier la couleur quand elle revient. Se permettre du noir et blanc…tout simplement!

Je vous souhaite un très bel été.

Ne rien faire! Pour quoi faire?

Bien installée dans ma maison, j’ai eu envie de ne rien faire : juste rester là, assise dans mon fauteuil préféré et laisser la douceur du silence balayer mes préoccupations de tous les jours.

Ne rien faire n’est pas bien vu dans notre société. Même en vacances. Et pourtant, ne rien faire est un merveilleux moyen d’ouvrir en soi une brèche par où le souffle de la créativité peut se glisser dans notre vie.

Les artistes le savent. Dès que la page blanche reste muette, que les couleurs refusent de chanter sur la toile ou que les notes de musique désertent la partition, ils abandonnent l’action, mettent de côté leur volonté et restent à l’écoute de l’inconscient.

Les artistes comprennent que l’inconscient est une grande marmite qui ne demande que quelques ingrédients pour mijoter une œuvre de création : un peu de technique, une ou deux idées et la capacité de s’ouvrir aux images vivant au fond de soi. Quel plaisir alors de voir jaillir des profondeurs de son être, des plages inconnues et des forêts mystérieuses qui rappellent que l’on est plus grand que ce que l’on croyait être. Se laisser porter par le flot de la créativité, quelle belle façon de ne rien faire!

L’inaction ne met pas seulement notre créativité en lumière. Parfois, elle dévoile nos peurs, nos angoisses, nos colères, nos jalousies, nos frustrations, notre honte, bref, toutes ces choses sombres que nous aimerions refouler pour toujours. Avez-vous remarqué que notre meilleur ami est rarement nous-même? Rester en notre seule et unique compagnie n’est généralement pas notre activité préférée. Seul, nous nous supportons difficilement. Nous nous ennuyons vite. Nous sentons notre vide intérieur. Et pour ne pas vivre trop longtemps avec les parties de nous qui nous dérangent, nous fuyons dans l’activité extérieure, les divertissements ou dans les bras d’amis qui, espérons-nous, écouteront, comprendront et nous aimeront mieux que nous nous aimons nous-même. Il existe pourtant des moyens qui facilitent un face à face avec soi-même.

Il y a de nombreuses années, je me souviens d’avoir été désemparée. Fraîchement débarquée dans une ville étrangère, je me suis retrouvée loin de ma langue natale, de mes habitudes et de mes amis. Je ne connaissais personne. Je me sentais seule. J’ai alors décidé de faire de moi ma meilleure amie.

J’ai pris un cahier, un crayon et j’ai écrit toutes les pensées et tous les sentiments tels qu’ils se présentaient à ma conscience. Embarrassé par la syntaxe et la ponctuation, mon crayon n’allait pas assez vite pour saisir ce qui déferlait en moi. J’ai donc momentanément laissé tomber les règles grammaticales pour donner libre cours au flot intérieur, qui se déversait sur la page blanche comme un torrent trop longtemps réprimé. Cette écoute active m’a été profitable. Non seulement la solitude est devenue un agréable endroit où me retrouver, mais j’ai découvert un moyen efficace de me connaître de plus en plus profondément, tout en me laissant porter par l’inépuisable source créatrice qui vit en moi. Je crois que cette source vit en chacun de nous. Elle n’attend qu’une toute petite brèche pour s’élancer dans notre vie. Elle attend peut-être que vous ayez un tout petit moment pour… ne rien faire.

Ne rien faire! Pourquoi faire? Vraiment?

Tu es formidable!

Une simple observation dans mon entourage immédiat suffit à confirmer mon soupçon, les mots « faire carrière » et travailler « dans une carrière » se font écho. Pas surprenant que la voie vers la carrière idyllique soit si rocailleuse!

Car à force de se casser le caillou pour trouver son chemin, on devient plus vite un proche parent du casseur de roches qu’une sommité au métier florissant. Pour tirer cette énigme au clair, j’ouvre mon fidèle « Petit Robert » étymologique. Le terme « carrière » en ce qui a trait aux roches et minéraux serait « peut-être » d’origine latine. Et le mot anciennement épelé « quarrière » viendrait de « quadraria » en latin : Un carré, un lieu où l’on taille les pierres. Quant au vocable « carrière » comme tracé de vie et d’emploi de nos précieuses minutes terrestres, elle tire sa genèse directement d’une attelée de chevaux… On ne s’en sort pas, la fameuse course de chars à la Ben Hur de l’arène romaine, la « carriera » ou chemin de chars en latin, se confond encore et toujours avec notre cavalcade effrénée moderne. Car plus de deux mille ans plus tard, le charretier perd encore souvent une roue quand ce n’est pas sa vie pour gagner la course. Il me semble qu’on n’apprend pas très vite à fuir les endroits hauts en stress et durs sur le physique.

Et, qui parle de « char», pense aussi à cheval. Comme sur plusieurs générations, on a résumé sa fonction à performer à tout prix, sa forte constitution équine sauvage s’est fragilisée. En le promettant à remplir un seul but, courir toujours plus vite pour dépasser l’autre, sa galopade s’est vidée de sens. L’instinct de courir librement, crinière au vent, s’est égaré. Tout comme pour le cheval que l’on a domestiqué, en courant de plus en plus vite, les sphères restrictives de notre « carriera » dénudent la vie de sens et de liberté. En marchant un pas à la fois hors du sentier battu sans chercher à gagner la course, on évite l’ivresse d’une compétition au rythme infernal qui vise à arriver le premier. On est bien forcé de l’admettre, nos premières années ne sont pas très domestiquées. Votre mère vous le confirmera, l’entraînement doit commencer dès le berceau sinon c’est le chaos. Mais la vérité est que, même sous cet épais vernis d’apprentissages, notre nature verte et libre existe. Quand les notions basiques du monde naturel, où tout ce qui nait meurt en servant de nourriture à autrui, sont perdues dans les pics d’adrénaline d’une « carriera », la souffrance du déchirement se fait sentir. En revanche, nos ultimes priorités retrouvent rapidement leur juste place dans la nature.

Michel-Ange se plaisait à dire qu’il n’était pas sculpteur, mais qu’il « libérait » la forme du bloc de marbre. En reprenant l’analogie, on peut se libérer de la massepour ainsi oser inspirer l’autre, tout comme « La Piéta ». C’est ce que deux femmes venues me rencontrer récemment ont fait. Responsable pendant plus de vingt ans de grands marchés d’alimentation, Johanne Mercier a quitté la course folle pour se perdre dans la nature. Au terme d’une année, par hasard en marchant rue St-Denis à Montréal, la devanture verte de la boutique « Cœur en Art » l’interpelle. L’enseigne arbore un gros cœur, mais c’est à l’intérieur qu’elle a retrouvé l’étincelle du penchant inné de son propre cœur. La gestion promotionnelle. C’est le coup de foudre, le souffle d’inspiration qui lui manquait! Devant les multiples beautés énergisantes du concept de la « Vague de bonheur » mise en chantier par Paulina Ellis un an plus tôt, elle n’y tient plus. Entraîneur en conditionnement physique et personne-ressource en campagne de souscription pour les plus démunis, Paulina avait conçu pendant une sabbatique à Hawaii, l’ultime motivation d’épanouissement; l’Amour à la carte. Puisque motiver l’autre à faire le premier pas dans une nouvelle direction était un terrain connu, lorsqu’elle a senti l’appel de sa vision pour sa « vague de bonheur » elle a aussi fait le premier pas dans cette expression spirituelle d’elle-même.

L’union des forces de ces deux femmes multiplie les retombées de l’appel initial vers l’art d’amour visionnaire. Plusieurs témoignages de personnes ayant reçu une missive « vague de bonheur » en font foi. Recevoir une carte avec un cristal brillant en plein cœur d’une fleur éclatante jaune, sur laquelle est inscrit au recto « Tu es formidable » et au verso un message d’appréciation personnalisé de la main qui l’offre, ne laisse personne indifférent. Cette attestation de reconnaissance pour la différence que l’on fait dans l’existence de l’autre nous nourrit. Un véritable baume pour le cœur!

Comme la possibilité de galoper dans la nature existe même pour le cheval racé au pedigree imposant, nous avons tous l’opportunité de coexister avec nos semblables autrement qu’en compétition. Car, le simple geste de reconnaître la valeur de la contribution de chacun et chacune met l’essentiel de toute vie sur le même piédestal que l’œuvre magnifique de Michel-Ange. Le vulgaire bloc de marbre indifférencié de la carrière devient une création d’inspiration et de bonheur partagé dans les mains de l’artiste sensible à son appel. En jumelant la reconnaissance à l’accomplissement personnel, le champ s’élargit et le chemin étroit vers le gain s’estompe. L’être accomplit sa nature réelle. Le plaisir de courir sans peur hors des sentiers battus s’apprivoise un pas à la fois. Que l’on regarde du côté des conventions du marché boursier ou des lois universelles, l’« aide-toi et le Ciel t’aidera » fait sensiblement écho à « ton succès est aussi le mien ». Quant au « Tu es formidable », rien ne peut le remplacer pour la bonne raison qu’en « vagues de bonheur » successives, il change le monde!

L’art imaginatif

L’art véritable est un art qui associe l’esprit à la matière parce que l’être humain est avant tout un esprit, un être spirituel dans un corps physique. Dans sa tête, l’artiste a un idéal, une représentation de ce qu’il veut montrer, partager avec les autres. C’est quelque chose de pur. L’artiste naît lorsqu’il a envie de partager avec les autres ce qu’il a dans sa tête.

L’œuvre de l’artiste commence à partir du moment où il va vouloir faire descendre ce qu’il a dans sa tête à travers ses mains, dans la matière. Mais entre la représentation qu’il a en tête et l’œuvre finale, il y aura forcément des différences. En passant à travers des matériaux créateurs, il va y avoir une certaine déperdition de la lumière et de la beauté perçues en soi. Il faut l’accepter. Mais il faut essayer par tout un travail intérieur et toute une lutte intérieure, de céder le moins possible de cette lumière à la matière. Une vraie œuvre réalisée par un vrai artiste, c’est quelque chose qui va nous toucher en profondeur. Elle va descendre jusque dans notre volonté et susciter l’espérance.

Dans l’œuvre de l’artiste, on va percevoir son combat, sa lutte et surtout sa victoire : l’esprit est plus fort que la matière ou le bien est plus fort que le mal. L’artiste peut ainsi dans notre monde actuel, générer l’espérance dans le cœur humain. L’individu face à l’œuvre d’art se dit : « Cet artiste là, dans son domaine a pu vaincre la matière, la transformer, la transcender. Je ne suis pas un artiste, ce n’est pas grave. Dans mon domaine, je peux sans doute faire pareil. Il y a sans doute un moyen d’y arriver. ».

Le créateur ou la créatrice est donc un méditant. Il accède au monde spirituel, source de Sagesse et de Beauté. Le créateur méditant cultive une riche vie intérieure grâce à l’étude de connaissances ésotériques qui mûrissent en lui et se transforment en puissantes images révélatrices. Lorsque nous méditons sur des connaissances ésotériques, sur des vérités spirituelles, et que nous sommes capables de les recréer intérieurement sous forme d’images, nous les appelons des Imaginations spirituelles : d’où l’expression d’art imaginatif.

Généralement, le méditant créateur pratique plusieurs fois sa recherche intérieure avec des temps de mûrissement plus ou moins long entre chaque méditation. Enfin, il crée ou manifeste l’image intérieure sur un support approprié, selon ses capacités (dessin, illustration, peinture, sculpture, photographie, théâtre, poésie, etc.).

Qu’apporte l’art imaginatif à notre époque?

L’art imaginatif est un art qui a pour but de rappeler à l’être humain d’où il vient et qui il est.

L’être humain de l’époque matérialiste a oublié qu’il venait du monde spirituel. Son rapport au monde spirituel est basé sur des croyances. Il y a des gens qui croient en Dieu et des gens qui croient que Dieu n’existe pas. Indépendamment de ses croyances, l’individu le plus matérialiste est aussi un être spirituel comme tout le monde. Aujourd’hui, le rôle de l’artiste est de rappeler à l’être humain l’existence du monde spirituel pour lui donner envie de s’y reconnecter, de s’y intéresser de nouveau.

L’art a aussi un autre rôle : guérir le cœur et le nourrir lorsqu’il est asséché par le matérialisme de l’être humain.

En effet, souvent on entend des gens dire qu’ils se sentent vides à l’intérieur, secs, avoir peur, être de plus en plus méfiants et avoir du mal à entrer en relation avec les autres. D’où vient « ce vide intérieur »? Il vient de la société de consommation. Tout ce qui est strictement matériel assèche le cœur. Tous nos désirs d’acquisitions matérielles vident notre cœur. L’art imaginatif abreuve le cœur humain de vie.

Une œuvre d’art authentique, harmonieuse apporte des forces de guérison à celui qui la contemple.

Cela peut se comprendre si vous imaginez que l’aspect esprit et l’aspect matière sont parfaitement accordés dans l’œuvre en question, ce qui crée un équilibre. Or, l’être humain est un esprit dans un corps de matière. La bonne santé est un accord harmonieux entre l’esprit humain et le corps dans lequel il vit. La maladie est une dysharmonie entre l’esprit et le corps de matière. Et les forces de guérison, c’est l’harmonie, l’équilibre, la perfection de l’association esprit-matière. Une œuvre d’art spirituelle, imaginative, génère des forces de guérison. Et quand on contemple, qu’on écoute, qu’on participe même à cette œuvre, cela réveille nos propres forces de guérison.

Chaque créateur ou créatrice au plein sens du mot, doit être conscient que son travail participe à la spiritualisation de cette société afin qu’elle devienne plus morale, plus fraternelle et plus responsable. En effet, cette nouvelle forme d’art va changer le monde, car les gens vont changer d’état d’esprit. Ils vont se mettre à générer de l’espérance en eux. L’espérance, au niveau de la volonté, va donc se traduire à travers leurs membres. Et petit à petit, elle va remonter jusqu’à leur pensée, et générer des idées nouvelles. Dans cette espérance, et ces idées nouvelles, il y aura les germes du futur, les germes de la société du futur.

Écouter l’obscurité…l’écologie sociale

« Tout a ses merveilles, l’obscurité et le silence aussi »(1). Sylvie, à son ordinateur, glisse doucement quatre mots dans son recueil, « J’aimerais écouter pour voir »(2). Petite réflexion qui en dit long sur nos rapports à l’autre et au milieu dans lequel on vit. Où se situe ce rapport, quand machinalement ou par fausse pudeur, on évite le plus possible d’utiliser nos sens en public? Dans un tel environnement, rencontrer l’autre ou simplement entendre battre sa passion ou ses propres pulsions devient vite un défi de taille. En évitant de complexifier les enjeux, comment s’y prend-on au juste pour regarder avec les oreilles?

Éco.ute, éco.logie, écho.logie… Pendant que j’étais à réfléchir sur cette énigme, ma muse me souffle Helen Keller(3) à l’oreille. Cette femme a vécu 88 ans, privée des joies reliées à ses yeux et oreilles sans pour autant manquer d’esprit de « COMMUNICATION ». Comment s’y prendrait celle, qui dès sa petite enfance, était classée « idiote »? « Helen décrira plus tard cette période comme un « no world » (non-monde), un univers noir et silencieux dénué de toute communication humaine. »(4).En effet, sans nos sens, comment communiquer? Si de son univers sombre et caverneux, Helen a appris à « voir et entendre avec les doigts », pourquoi cela nous échappe-t-il si souvent? Comment pouvait-elle admettre que son amie ne voit « rien de particulier » lors d’une promenade dans les bois, alors qu’elle connaissait le moment précis de l’apparition des premiers bourgeons annonçant le printemps?

Elle nous place indubitablement devant les sévices que nos sens subissent au quotidien de notre « no world » artificiel. La noirceur fait chérir la vue et le silence nous apprend les joies sublimes du son, avançait-elle en affirmant que ce serait une bénédiction si tous les jeunes adultes étaient privés de voir et d’entendre pour trois jours. Ainsi, en reconnaissant la valeur de chaque sens, une véritable communication s’établirait.

Elle nous conseille d’écouter… Vivre comme si demain tout nous était retiré. Ce qui me ramène à Sylvie et sa réflexion, « J’aimerais écouter pour voir »(2). Par pur hasard, je me suis retrouvée chez elle, une inconnue parmi des étrangers, pour discuter et échanger sur « ses » réflexions réunies dans un petit livret. Les sujets abordés ce soir-là ne font généralement pas la une des soirées mondaines où l’on y parle beaucoup, mais écoute peu. Rien à voir avec la sincérité de notre hôtesse et la très grande simplicité avec laquelle elle nous communique son parcours en dents de scie. Un tracé personnel hors de l’enfer de la colère et de la dépendance en quelques mots choisis. De ses observations personnelles, elle nous livre des perles de sagesse. Ce n’est ni un journal ni un livre de recettes, mais bien une autoscopie à tâtons hors du « non-monde », comme celui d’Helen, qu’elle nous offre. Sa décision d’être à l’écoute d’elle-même et de « l’autre » la tire de la maladie vers un meilleur équilibre. L’écologie de l’Être dans son ensemble. Écouter est un geste révolutionnaire à la base de toute transformation. L’écoute de la faune et la flore nous fait découvrir son stress et sa souffrance en plus de sa très grande beauté. Nous sommes alertés, personne n’ignore le danger de poursuivre, sans coup de barre dans nos manières de faire. La survie n’est pas assurée. En ÉCOUTANT l’autre, nous mettons en marche une conscience planétaire équitable. Nous devons donc cultiver le respect et l’harmonie dans tous nos rapports avec la vie en utilisant une forme d’écoute en rapport étroit avec nos sens et notre environnement visible et invisible.

Pétrifiée à l’idée de faire face à des étrangers avec ses pensées intimes, l’« écoute » de Sylvie débute avec un petit cercle d’amis qui invitent des amis à leur tour. Tout comme Helen, du bout des doigts, elle sort de sa noirceur aliénante et de son silence creux et se met à écouter pour voir. Sait-elle combien subversive est son approche toute simple? Dans un coin de la pièce trône un grand bol rempli de papiers, ce sont les pages de son livre qu’elle a défaites et soigneusement pliées. Nous sommes assis en cercle… Tour à tour, on pige, on déplie, et on ÉCOUTE. L’espace est sacré. L’échange est pur. Et, « J’aimerais écouter pour voir » traverse le mur du son, au-delà du bruit.

1- Citations, Helen Keller 1880-1968

2- Citation, Sylvie Robert, À lire avec le temps, Réflexions

3- Helen Keller, née en Alabama, victime à 19 mois, d’une fièvre qui la laissa sourde, muette et aveugle.

4- Extrait de Wikipedia, Helen Keller

Apprendre que… le bonheur, c’est fatigant

À tort et à travers, souvent de travers, le slogan « Ici et maintenant » est pure folie pour les uns et sagesse des âges pour les autres. En vaillante héroïne oscillant entre ces deux pôles extrêmes, voici mes commentaires parfois pointus et mes observations candides des travers tragi-comiques de la réalisation d’un humanisme simple sur un chemin parfois complexe.

Au moment même de commencer la rédaction, la zizanie se met de la partie et c’est la bousculade. Mais, je veux simplement faire part de mon opinion concernant le… Et pouf! Le bien-être me file entre les lignes. Mais comment saisir ce sujet infusé de thèses anti-malheur si chères à notre époque? On dit que le bonheur est une question ouverte, mais, en réalité, elle est tout aussi coincée dans le « politically correct » qu’au temps passé. Car il faut bien se l’avouer, quiconque ose questionner cette quête devient vite un paria. Alors, comment nous y retrouver quand les avis des experts sont partagés et que nos contemporains craignent de regarder la réalité autrement qu’avec des lunettes roses? En ce qui concerne la recherche de bien-être, personne n’est à l’abri du doute et des embûches de la vie. Même si certains prétendent avoir trouvé « la façon » infaillible de protéger leur bien-être, d’autres ne jurent que par leurs petits rituels de luxe pour rafraîchir leur sérénité usée. Il n’en demeure pas moins que le bonheur et le bien-être sont des jumeaux monozygotes, qui ont pour parents Acceptation et Amour. Mais même quand on possède cette connaissance de base du manuel du confort, tout n’est pas doux et rose dans les sphères du bien-être. On est très loin de la St-Valentin à l’année. Car le premier de nos jumeaux est momentané et le deuxième est trop souvent transitoire. Alors aussitôt qu’une recherche vers un Soi plus serein et en harmonie est entreprise, on se retrouve devant un mur d’inconforts sans nom et un éventail étourdissant d’avenues à suivre et de façons de faire. Mais au fait, pourquoi y a-t-il tant de charges émotives en ce qui a trait à un sujet en apparence si agréable? Certains avancent que ce sont nos croyances anciennes bien enracinées qui nous jouent de vilains tours. D’autres prétendent que ce sont les nouvelles certitudes avalées sans s’interroger qui nuisent au maintien d’un bonheur durable. Le défi de la joie dans le corps, l’âme, l’esprit et le cœur est plus rhétorique quand le délice d’une grasse matinée est coupé aussi court que la pelouse du voisin qui utilise sa tondeuse à l’aurore le dimanche. Ou encore lorsque le plaisir de manger en paix s’envole devant la peur d’aliments toxiques ou de kilos qu’on ne veut pas gagner. Mais peu importe comment on s’y prend, il semble y avoir un vilain voleur de bonheur dans le lot de tous les jours. Pour retrouver l’état de félicité originelle auquel tous aspirent, il faut y appliquer de la diligence 24/7, sans égard à la méthode choisie. La vérité c’est que le bonheur c’est fatigant. Il y quelque temps, j’ai lu dans les propos de René Mey, que le bien-être est tout simplement l’harmonie. Cette façon de voir me plaît. La simplicité candide de cet énoncé se passe d’explications étoffées. Car la recherche d’harmonie intègre tous les aspects de la personne et de son expression. Toutes les croyances et tangentes religieuses et sociales y trouvent leur acceptation. Tous, vivons des instants de grande félicité dégustés comme des bonbons parsemés sur le chemin de la vie pour ensemencer le conscient de l’action d’AIMER. Ces douceurs nous invitent à savourer l’harmonie au moment de l’accord parfait entre soi et l’Autre, soi et l’Univers et soi et Soi. Elles existent pour baliser les pas du marcheur vers la VÉRITÉ absolue. Tout comme un phare dans la nuit, elles allument la conscience de faisceaux directionnels pour maintenir le cap dans les moments d’égarement et de tumulte. Ces intermèdes de paix dans le brouhaha des jours sur-occupés de pensées essaim font partie des codes de l’ADN de toute vie. Le cerveau lui-même n’est-il pas équipé de disjoncteurs pour permettre aux neurones de se reposer? Si cela était faux, la quête de bien-être ne serait pas si omniprésente et générale. Le cadre dans lequel on situe l’Harmonie ne peut alors se faire au détriment de l’autre ou de la planète. Par conséquent, la recherche de bien-être à n’importe quel prix est en dissonance avec les lois Universelles. On ne peut être partiellement harmonieux, c’est tout ou rien. Quand les différents niveaux de la personne sont harmonisés à son l’environnement, le rythme est fluide et en concordance. Notre civilisation a donné naissance à une industrie du bien-être qui se nourrit de la culpabilité du malaise et des difficultés passagères. Elle crée un besoin égoïste de confort. Se satisfaire devient le leitmotiv de la machine à BONHEUR moderne. On vante les bienfaits du nirvana en petits pots et grosses bagnoles. On nous fait croire que si l’on a des problèmes, c’est qu’on s’y prend mal ou pis qu’on ne veut pas s’en sortir. La culpabilité, l’ennemie jurée de l’harmonie est riche et bien engraissée dans un contexte social en perte de simplicité. Mais comme l’harmonie est un préalable au bien-être intégral, est-ce que le fait de bien naître à la bonne place et au bon moment y est pour quelque chose?

Quelle est la valeur que j’accorde à ma sensibilité?

C’est la question que je me suis posée, un certain après-midi, assise dans un café où il m’arrive fréquemment d’être inspirée, alors que je sentais le besoin de m’arrêter pour faire la paix avec ma sensibilité. Voici spontanément quelle en fut l’inspiration.

Ma sensibilité joue vraisemblablement un grand rôle dans ma vie, si ce n’est le plus important. C’est elle qui m’amène à me découvrir et qui me fait savoir quel chemin emprunter. Je me sens plus lucide quand je vis en complicité avec ma sensibilité. Je perçois ce que l’œil ne voit pas et je deviens plus compatissante, plus présente, puisqu’elle m’invite à développer une écoute plus grande, plus profonde. C’est cette fine intelligence cachée qui fait que mon cœur est touché., Elle détient la force d’aimer, de jouir, de ressentir. Sans elle, je n’ai plus de raison d’être, je n’ai plus de motivation, ni même la sensation de vivre. Je deviens rigide et sérieuse. Quand je l’embrasse, elle m’aide à être plus flexible, à avoir de l’ouverture sur la vie, sur l’inconnu. Elle me sert de radar et attire à moi ce qui me ressemble, ce qui me fait vibrer. Je comprends que, quand je suis coupée de son influence, mon âme d’artiste perd contact avec l’essence de la vie. Devant le changement, si je me laisse diriger par la peur et le doute, elle perd tous ses sens et ne peut plus être à mon service. Évidemment, elle n’est plus. Quand je lui permets de m’assister dans l’incertitude et la fébrilité occasionnées par l’inconnu, elle m’aide à franchir la barrière de la mort à ce qui est révolu pour m’ouvrir au nouveau. Elle fait fondre les résistances et se déploie comme un oiseau prenant son envol, de ses ailes libres et gracieuses. C’est d’ailleurs ma sensibilité qui me donne accès à ma liberté. Elle a une telle puissance quand je m’ouvre à elle, quand je la regarde avec mes yeux de l’intérieur qui ne jugent pas. Elle devient faible quand je diminue sa vertu unique et que je l’abandonne par manque de courage à me voir à travers elle. Elle est pourtant d’une telle finesse quand elle exprime ma sensualité, avec sa grâce et sa spontanéité naturelle. Sa douceur est un baume sur mon cœur et caresse celui de tous ceux qui se laissent toucher par elle. Cette conscience subtile porte l’intelligence de voir la beauté en toute chose et de trouver un sens à chaque expérience. Elle possède les plus grandes qualités qui existent. Elle porte l’amour et le distribue en abondance. Elle trouve le mot magique qui fait vibrer. Elle a la délicatesse d’envelopper de se ailes un être peiné, atterré et blessé et de le réconforter par sa présence discrète. Elle n’a pas crainte de montrer sa grandeur, sa fraîcheur et sa transparence, parce qu’elle reconnaît la pureté qu’elle dégage. Ce qu’elle laisse sur son passage, c’est le rayonnement d’un feu sacré, de mille rayons de soleil transmettant une chaleur aimante, des sourires à faire fondre les plus énormes glaciers du monde et une vitalité à faire tomber les murs de la rigidité érigés par une fausse sécurité emprisonnante. Elle est douée pour redresser les morts vivants, réveiller les passions endormies et faire sortir de l’ombre les rêves le plus nobles. Elle cache ses secrets dans un silence bien gardé pour mieux les raconter en partage, voire même en mélodie. Sa voix, colorée par sa fragilité, son émerveillement, son exaltation, sa rigueur ou encore par sa tonalité délicieusement divine, livre, avec une intensité remarquable, une sincérité certaine. Bienheureuse celle qui a le privilège d’être reconnue et appréciée à sa juste valeur. Ce moment d’introspection me permet de prendre conscience que cette précieuse alliée qui m’habite depuis toujours est ma source d’inspiration et de joie de vivre et encore aujourd’hui, je me refuse à lui accorder la juste place qui lui revient. À vrai dire, je l’ai plus souvent qu’autrement regardée comme une intruse qui ne devrait pas avoir raison sur moi, À bien y réfléchir, il me semble que j’échappe à la réelle vie, alors qu’elle danse dans toute sa mouvance autour de moi. Où donc étais-je ces quarante-deux dernières années? Probablement dans mes pensées à chercher une astuce pour garder intacte ma sensibilité.

Inévitablement, cette inspiration soudaine laisse sa trace dans ma conscience. Après un tel moment de vérité, comment voudrais-je me dissocier de cette richesse incommensurable qui vit en moi?

Je suis une artiste qui a remarquablement su nager à contre-courant et résister à sortir de l’ombre pour préserver ses talents cachés derrière l’angoisse de vivre. En publiant cet écrit, je me donne le défi de m’engager envers moi-même à faire le grand saut de dire un vrai oui à ma vie. Et tout comme il m’a fait voir ma vérité en le rédigeant, si ce texte devient inspirant pour quelqu’un d’autre à dire oui à la vie, alors ce sera une bénédiction multipliée.