Se laisser toucher… le cœur

Durant notre enfance, nous avons reçu des interdits culturels qui se sont inscrits dans notre histoire. Ils font partie de notre imaginaire corporel et constituent des barrières, des paramètres, des interdits qui nous empêchent d’entrer en contact, de partager la tendresse, de nous laisser toucher… le corps, de nous laisser toucher… le cœur.

Pourtant, « la peau est ce qu’il y a de plus profond en nous », disait Paul Valéry.

Aujourd’hui, l’Occident réagit à ce carcan. Pendant des siècles, il a surtout développé l’aspect visuel du toucher, qui est plus masculin. Maintenant, il s’ouvre à des techniques d’inspiration orientale, qui sont plus audiotactiles et favorisent l’approche globale, la pensée analogique et l’intuition, en mettant l’accent sur le toucher, le mouvement coordonné à la respiration.

À travers cette approche, le toucher de la peau vise à guérir l’âme. Il est générateur non seulement d’une grande variété de plaisirs, mais aussi de sentiments parmi les plus profonds. Christian Bobin affirme : « les mains sur la peau touchent l’âme à vif ».

« C’est par la peau principalement que nous sommes devenus des êtres aimants », explique Harlow. Ou encore : « la caresse recrée l’être qu’elle caresse », déclare Jean-Paul Sartre.

Quant à Confucius, il conseille : « faites les gestes, et les sentiments entreront dans le cœur ». Mais les gestes dont il parle ne sont pas seulement physiques. Car le toucher est complexe : il est actif, « je touche », passif, « je suis touché », et actif et passif simultanément, « je me laisse toucher ».

Se laisser toucher suppose un grand abandon. Souvent nos peurs ou notre esprit rationnel s’interposent. Ils refusent de s’ouvrir parce qu’ils savent que « le toucher est un acte de transformation du monde », comme le définissait Gaston Bachelard. Alors, si je me laisse toucher, c’est d’abord parce que j’ai confiance que celui qui agit sur moi le fera pour mon bien.

Se laisser toucher n’est donc pas une attitude dépourvue de risques. L’univers personnel des gens qui ont osé se laisser toucher par une force plus grande qu’eux-mêmes a souvent basculé. Paul de Tarse en est un exemple édifiant : du jour au lendemain, le tyran s’est transformé en un ardent serviteur du message christique.

Par conséquent, la seule vibration à laquelle il est prudent de s’ouvrir est celle de l’amour véritable. « Tant qu’on ne saura pas aimer véritablement, l’essence de la vie nous échappera », explique le grand enseignant en spiritualité, Harold Klemp, dans son livre « Le cœur d’or ».

Toutefois, le problème réside dans notre difficulté de savoir reconnaître l’amour véritable de celui qui ne l’est pas. Quand les liens que nous créons avec autrui, ou avec la nature, ne visent qu’à obtenir des avantages personnels, nous portons le masque de l’amour, nous n’aimons pas vraiment. La formule : « pouvoir prend et l’amour donne » est une méthode simple qui nous aide à reconnaître la qualité d’amour qui nous anime.

Par ailleurs, nos réactions aux désagréments de la vie sont un puissant révélateur de la qualité d’amour qui nous habite. Bruno en est un bon exemple. Il se fâchait chaque fois qu’un incident se produisait dans sa vie. Il disait être victime de la mauvaise intention d’autrui ou de quelque force maléfique.

Pendant des années, il resta dans cette attitude ombrageuse, jusqu’au jour où il eut l’idée de regarder la situation d’un autre point de vue. Il se demanda quelle aide, quels conseils la vie cherchait à lui apporter à travers les inconvénients qu’il rencontrait sur son chemin. Grâce à cette nouvelle perspective, il développa progressivement l’habitude de chercher le message caché dans ses mésaventures, en ne regardant que le bon côté des événements. Il comprit à la longue que les embûches placées sur sa route donnaient l’occasion de grandir spirituellement. Depuis lors, même s’il ne comprend pas toujours le message que lui transmet une épreuve, il est certain que celle-ci est envoyée pour son plus grand bien. Cette attitude à elle seule témoigne de la qualité de son amour.

C’est sa façon à lui de se laisser toucher… le cœur.

Marie-Claude

Pourquoi écouter la musique?

Les cinq sens du corps humain peuvent fonctionner d’une façon autonome pour assurer notre survie. Notre cerveau nous permet de décupler leur efficacité lorsque nous les utilisons consciemment. Il y a un monde de différences entre les actions de voir et de regarder, d’entendre et d’écouter, de sentir et de toucher.

Nos yeux sont des capteurs de lumière qui nous permettent de reconnaître l’espace que nous occupons et de nous déplacer dans celui-ci. Nous pouvons avoir les yeux grand ouverts en pleine lumière et ne rien voir. Jusqu’au moment où notre cerveau donne à nos yeux l’ordre de regarder. Alors le phénomène de la focalisation se produit. Nous sélectionnons ce que nous voulons voir et nous concentrons notre esprit sur un objet précis. Cela nous permet de l’évaluer, d’en voir tous les détails, de le toucher, de le déplacer et dans certains cas d’être ému, s’Il s’agit d’une œuvre d’art, d’une fleur ou d’un paysage magnifique.

Comme pour la vue, le sens de l’ouïe est constamment en fonction. Il contribue lui aussi à l’identification du monde qui nous entoure. Au cours de notre développement, nous avons enregistré des stimuli sonores qui nous font réagir. La parole, les bruits et les sons constituent la matière véhiculée au cerveau par le sens de l’ouïe. Une grande partie de la gestion de ces données est effectuée d’une façon autonome, ce qui correspond à l’action d’entendre. Comme l’ouïe est le principal élément de notre système de communication avec l’extérieur, ce senseur auditif fabuleux sert à la gestion de l’identification des bruits, de la signification des sons et des communications verbales.

L’humain possède le privilège d’accéder à un niveau supérieur, c’est-à-dire celui de l’écoute. Cette capacité d’écoute est ce qui nous permet de pénétrer dans le signifiant des sens et d’engendrer un échange d’informations au niveau de notre cerveau. Entendre des gens qui parlent ne possède pas la même signification que d’écouter une conversation. Lorsque nous entendons un bruit quelconque pour la première fois, notre sens de l’ouïe transmet à notre cerveau toutes les informations pertinentes à ce bruit. Chaque fois que nous entendons ce bruit, notre cerveau n’emmagasine plus les informations relatives à ce dernier, ce qui fait que lorsque l’événement sonore se répète, nous en venons à ne plus l’entendre. Les personnes qui résident tout près des aéroports finissent par ignorer le bruit des avions.

Par contre, lorsque nous écoutons, il se produit un échange d’informations beaucoup pus complexes. En plus des données acoustiques du son lui-même, notre mémoire l’associe à d’autres sons, nous fait voir des images, ressentir des émotions et notre esprit sculpte une forme d’énergie qui nous remplit émotivement et cognitivement.

Lorsqu’un musicien compose une musique, il a dans sa tête cette forme d’énergie. Son travail consiste à reproduire avec des notes, des accords, des rythmes et parfois des mots, cette révélation reçue d’ailleurs. Il doit être pour se faire en état d’écoute. Après avoir travaillé plusieurs heures, le compositeur produit un objet immatériel, qui peut nous demander que trois minutes d’attention. N’oubliez pas que cet objet immatériel n’existera que si quelqu’un l’écoute. Souvent pour vivre, la musique a besoin d’interprètes, c’est-à-dire qu’en plus de l’énergie inhérente à l’inspiration, s’ajoute dans une pièce musicale l’énergie du compositeur, des interprètes et si nous prenons la peine de l’écouter, la nôtre.

Une pièce musicale est comme un chakra avec ses multiples pétales d’énergie. Imaginez ce chakra avec au centre une énergie blanche qui tourbillonne vers l’intérieur, c’est l’inspiration, autour des tourbillons multicolores du compositeur et des interprètes qui pivotent vers l’extérieur et nous font cadeau de cette énergie comme une fleur irradiante. Lorsque vous écoutez, vous acceptez ce cadeau et l’énergie de cette fleur de lumière pénètre en vous par votre cinquième chakra (chakra de la gorge) et se fusionne à votre énergie. C’et pour cela que parfois certaines pièces musicales nous bouleversent tant. L’intensité de ce que nous ressentons lorsque nous écoutons attentivement une pièce musicale est tellement grande que nous ne pouvons rien faire d’autre.

Gâtez-vous, prenez ici et là cinq minutes pour écouter la musique que vous entendez, vous la trouverez beaucoup plus belle. Si par hasard vous constatez qu’elle est vraiment ennuyante, cessez de polluer votre énergie avec cette musique qui ne vaut pas la peine d’être écoutée. En effet, si vous ne recevez pas d’énergie en écoutant de la musique, votre cinquième chakra en libérera pour compenser ce vide et vous risquez de perdre votre équilibre énergétique, source de votre bien-être et de votre bonheur.

De la nuit jaillit la lumière, du silence jaillit la musique.

Le toucher, un outil de communication avec le fœtus

Lorsque l’ouïe du bébé est assez développée pour entendre les bruits du monde extérieur, autour de la 20e semaine de gestation, il perçoit déjà depuis plusieurs semaines les vibrations de la voix de sa mère sur tout son corps. Le toucher est en effet le premier sens à se développer chez le bébé dans le ventre maternel. Vers la 8e semaine, les fibres nerveuses qui permettent la réception des messages sensoriels s’étendent jusqu’aux extrémités du corps. Dès la 9e semaine, le bébé ferme la paume de sa main si elle est touchée. Sa paupière réagit aussi à l’effleurement.

La démarche proposée par la préparation affective à la naissance utilise cette sensibilité au toucher pour communiquer avec le fœtus, le sécuriser et construire ainsi son estime de soi bien avant la naissance. On peut commencer dès la 12e semaine, parfois avant. Le père, ou la mère, pose sa main avec tendresse sur un côté du ventre maternel en invitant le bébé à venir s’y blottir. Dans la plupart des cas, le bébé répond en se déplaçant pour venir à la rencontre de la main parentale. On sent le contact du bébé comme un chatouillement, une sensation de chaleur ou un toucher subtil à l’intérieur de la main. Si on invite le bébé de la même façon de l’autre côté du ventre, il s’y déplace. Parfois le bébé choisit de ne pas bouger, mais on le « sent » détendu et attentif à notre présence. Ces expériences nous permettent de constater que le bébé est très tôt un être social, demandeur de contact avec le monde extérieur.

Il arrive qu’un bébé réponde d’une façon à sa mère et d’une autre façon à son père. Un bébé avait l’habitude de se détendre dans la profondeur lorsque sa mère lui communiquait son amour au moyen de sa main sur son ventre. Quand son père posait à son tour sa main sur le ventre, le bébé venait rapidement vers la surface rencontrer cette main. Il avait la même réaction à mon invitation. Et cela s’est répété pendant plusieurs mois, autant à la maison que lors de nos rencontres. On pourrait croire que ce bébé se détendait, plutôt contemplatif, avec maman et qu’il avait envie de jouer, d’être plus actif avec papa et avec cette dame que ses parents rencontraient à intervalles réguliers. Cette réponse différenciée démontre aussi que le très jeune bébé perçoit la différence entre les personnes qui l’approchent pour communiquer avec lui.

Les mères savent d’instinct, depuis toujours, que les bébés sentent l’affection transmise par leur main sur leur ventre durant la grossesse. C’est pourquoi elles touchent souvent leur ventre avec amour. Quelle joie de pouvoir aussi, par notre toucher, sentir une réponse du fœtus à notre tendre invitation.

En outre, quand le bébé a l’habitude d’être un interlocuteur actif dans la communication avec ses parents, il devient possible, par exemple, de l’inviter avec succès à se retourner s’il se présente en siège en fin de grossesse, ou à se replacer dans une position plus avantageuse et moins douloureuse au moment de sa naissance. On peut aussi faire des jeux d’invitation avec un jumeau, puis avec l’autre, facilitant ainsi l’individualisation de chacun avant la naissance. Dans le cas de jumeaux qui se développent inégalement, on peut inviter le plus développé des deux à faire l’expérience d’un espace plus restreint, et inviter le plus petit à occuper un espace plus grand. Cela permet de tendre vers une égalisation des poids de naissance de ces jumeaux.

Au-delà des jeux avec le bébé, la préparation affective à la naissance enseigne aux parents l’art du prolongement du toucher et son efficacité dans la réduction de la perception de la douleur. Les parents pratiquent donc durant plusieurs mois le prolongement de leur sens du toucher, même à distance, afin de pouvoir utiliser cet outil lors de l’accouchement, C’est par le toucher, direct ou en prolongement, que les parents accompagnent physiquement et affectivement leur bébé dans son processus de naissance. Le prolongement affectif des parents réduit la douleur du bébé et lui permet de sentir ses parents bien présents avec lui dans cette aventure stressante qu’est sa naissance.

Avec le prolongement, la douleur de l’accouchement devient plus facile à gérer pour la mère. Elle se sent réellement accompagnée par son conjoint, ce qui lui permet d’être encore plus présente à son bébé. De son côté, le père joue un rôle très actif durant la naissance du bébé. Il offre continuellement la présence de son cœur et de son toucher à la mère et au bébé.

Si la mère est envahie par la douleur ou des émotions difficiles, elle n’est en général plus capable d’accompagner son bébé en train de naître. Le père demeure présent à la mère, l’aidant à se recentrer, et au bébé, afin qu’il ne se sente pas abandonné. C’est un peu comme si la mère et le bébé étaient ensemble dans une tempête en mer et que le père, sur la berge, guidait leur navire à bon port au moyen du fil de son toucher rempli d’amour.

Une naissance ainsi vécue nourrit le cœur et l’âme de ceux qu’elle touche et tisse pour la vie des liens d’amour forts entre le père, la mère et l’enfant.

La caresse : la clé du succès amoureux

Bien qu’essentiel à l’épanouissement de l’être humain, le toucher demeure souvent perçu comme étant associé à la sexualité ou plutôt à la relation­ sexuelle. Je constate souvent la problématique de couples qui ont une difficulté à dissocier le toucher de la sexualité. En se touchant, on suppose qu’une relation sexuelle s’ensuivra. On se prive donc des bénéfices de la caresse si on n’a pas envie de faire l’amour.

Le toucher s’avère très stimulant sur le plan affectif. Avant même la naissance, c’est la première capacité sensorielle du fœtus. Après la naissance, le toucher assure non seulement la sécurité physique de bébé, mais il développe le sentiment de sécurité affective et, surtout, l’attachement. En clinique, les gens qui souffrent de problèmes d’intimité amoureuse ont souvent été privés d’affection dans leur enfance. Aussi, puisque les caresses renforcent l’estime de soi chez les enfants, ceux qui ont été peu cajolés souffrent davantage d’immaturité affective, causant ainsi des difficultés conjugales et sexuelles.

Chaque être humain a des besoins affectifs fondamentaux : se sentir désiré, écouté, compris, considéré, reconnu, soutenu, etc. Si le toucher est si important en bas âge, c’est qu’il assure l’assouvissement de ces besoins. Il permet fondamen­talement de se sentir aimé et sécurisé. Une fois adulte, ces mêmes besoins sont tout aussi présents et nécessitent d’être comblés. Cela dit, si, dans un couple, les individus ne se touchent plus, ils peuvent ne plus se sentir aimés.

L’expression « faire l’amour » suppose l’harmonie de deux corps qui s’offrent une connexion tant charnelle­ qu’émotionnelle. Le tou­cher est directement lié à ces deux dimensions. Il fait d’abord appel au plaisir physique en ce qui concerne la peau, l’organe des sens. Le toucher permet également une expérience émotionnelle qui se vit au travers de l’érotisme.

Maintenant, que s’est-il passé au sein du couple en difficulté qui ne se touche plus? Premièrement, il peut exister une mauvaise gestion émotion­nelle engendrée par des exigences élevées. On appelle cette pression interne anxiété de performance. Il s’agit du stress ressenti à la suite d’un sentiment de culpabilité. Ce qui amène la personne à fuir l’intimité pour ne pas avoir à gérer cette angoisse. Aussi, l’accumulation de stress quotidien, s’il n’est pas évacué sainement, empêche la personne d’être disponible émotionnellement pour l’autre et, donc, de le toucher avec une intention d’amour.

Deuxièmement, la passion qu’on retrouvait au début de la relation conjugale peut avoir fait place à autre chose. La sensualité, la tendresse et les caresses ont été mises de côté, par manque de temps. Être pré­occupé par les tâches ménagères, le travail ou les enfants, c’est « anti-érotique ». J’entends les gens souffrir d’un mode de vie effréné, qui entraîne une baisse de libido, mais également une perte de motivation à aller vers l’autre par la tendresse.

Enfin, si une mauvaise « hygiène émotionnelle » s’avère la cause principale de la disparition des caresses, la solution sera de prendre une « douche émotionnelle » quotidienne. À chacun sa façon d’éliminer les tensions de la journée, comme faire de l’exercice, prendre un bain ou méditer. D’ailleurs, il faut noter que le toucher fait partie de cette solution, car la caresse produit de la dopamine favorisant la bonne humeur. La dopamine atténue également la dépression, diminuant même le stress et l’anxiété. Une fois détendue, la personne devient ainsi réceptive à la rencontre sensuelle et sexuelle.

Quant au manque de temps, la solution pourrait être de réserver de « l’espace-temps » au quotidien pour permettre au couple de se retrouver. Nul besoin d’avoir un bloc de trois heures devant soi, une caresse prend une minute. Il se peut également que, si le toucher a disparu, c’est parce que l’amour s’est tout simplement éteint. Il peut donc être recommandé de consulter un professionnel tel qu’un(e) sexologue pour accompa­gner le couple dans la compréhension et la gestion de cette situation.

L’artiste peintre et le toucher…

Étant une artiste en arts visuels, je croyais que le sens le plus important pour moi était la vue! Devant la feuille blanche, pour cet article, je me suis mise à réfléchir et à me questionner. Et si je perdais la vue, est-ce que je continuerais à peindre? Et bien, je crois que oui, car en réfléchissant à mon processus créatif et au plaisir que j’ai à peindre, je me suis aperçu que le toucher occupait une très grande place.

Lorsque je veux savoir si ma peinture est assez sèche pour pouvoir ajouter une autre couleur sans que celle-ci ne se mélange aux autres ou, au contraire, lorsque je veux m’assurer que la peinture est encore assez humide pour réussir mes dégradés, alors qu’est-ce que je fais? Je touche! Le toucher, très souvent, me donne des informations pratiques et m’aide à faire des choix appropriés pour réussir les effets voulus, mais bien sûr, sans la vue, le résultat ne serait pas le même. Et quand je choisis un support, quel est mon premier réflexe? Et bien, c’est encore de toucher! Je frotte la surface de la toile pour voir si la texture du canevas me convient, je tâtonne les papiers pour voir s’ils sont de la bonne épaisseur, assez lisses ou trop rugueux… De plus, lorsque je peins, le toucher fait partie de mon processus créatif, de ma façon de peindre; la preuve, c’est qu’il n’y a pas une seule fois que j’ai terminé un tableau les mains propres. On pourrait penser que c’est par maladresse, mais non, c’est plus fort que moi, je finis toujours par me mettre les mains dans la peinture.

Depuis que je suis toute petite, j’aime me salir les mains, j’aime le contact direct avec la matière. J’aime faire glisser mes doigts dans la peinture, lisser celle-ci, l’étendre, l’estomper… Je trouve cela fascinant de voir les mélanges de couleurs se créer sur la toile; c’est comme si j’avais des mains de magicienne! Et aussi, le fait de ne pas être toujours obligée d’utiliser un outil pour peindre me donne une grande sen­sation de liberté et je me sens plus créative. Voici d’autres petits gestes, impliquant le toucher, que je fais tout spontanément lorsque je peins : j’égratigne, je gratte la peinture encore humide avec mes ongles afin de créer des textures, des lignes, laisser des traces et faire apparaître les couleurs qui se cachent en dessous. J’aime voir la surface qui se transforme sous mes doigts. Et puis, même lorsque je travaille avec du papier, j’utilise aussi le toucher, car j’aime le déchirer, le froisser, ensuite le coller et le lisser sur la toile directement avec mes mains. Cela vous semblera peut-être étrange, mais c’est comme si j’avais la sensation d’être plus habile et en contrôle lorsque je touche directement la matière. Alors, moi qui ai toujours pensé que j’étais plutôt du « type visuel », je viens de réaliser que je suis probablement plus kinesthésique que je ne le pensais. Finalement, cette petite réflexion au sujet du toucher m’a donné l’idée d’élaborer un nouvel atelier en peinture pour les adultes : « Peindre avec les mains ». Après tout, qui a dit que la peinture « aux doigts » était réservée aux enfants?

Et, bien sûr, il y a un autre aspect du toucher qui est important lorsqu’on est artiste, car bien souvent le but de créer est de tenter d’entrer en contact avec les autres, de toucher leur imaginaire et leur sensibilité. C’est un peu la même chose lorsque je donne mes ateliers; je tente de toucher le cœur de mes participants en leur transmettant ma passion pour la peinture. J’ose espérer que j’y arrive quelquefois…

Je ne crois pas que je pourrais peindre sans le toucher. J’ai réalisé que ce sens est aussi important pour moi que la vue. Je termine sur cette parole de sagesse de Confucius, qui me « touche » profondément : « Faites les gestes, et les sentiments entreront dans le cœur. »

Le toucher énergétique : retrouvez l’élan de votre vie pour toute votre vie!

Êtes-vous sensible ou même trop sensible à l’énergie des gens qui vous entourent?

À chaque jour, nous sommes en relation avec les gens qui nous entourent et sommes par conséquent en contact direct avec leur humeur. En fait, nous réagissons à leur énergie. Certains diront même qu’ils en ont été affectés, car ils resteront imprégnés de cette énergie, parfois bonne ou parfois plus lourde.

Qu’est-ce que l’énergie?
Le corps possède une énergie qui circule en nous pour irriguer nos organes. Cette énergie irradie forcément vers l’extérieur; elle forme un champ énergétique – une aura – qui nous entoure et qui assure notre bien-être physique, mental et émotif. Tant que l’énergie circule librement­ dans notre champ externe et à l’intérieur de notre corps, nous sommes bien, physiquement et mentalement. Cependant, les impacts de la vie (choc émotif, chirurgie, accident, etc.) peuvent changer la position de ce champ ou même le resserrer en certains endroits. Il en résulte une circulation énergétique réduite, ce qui entraîne une restriction dans nos modes de penser et nos façons de réagir.

Lorsque nous rencontrons une personne, nos deux champs énergétiques entrent en contact, et nous captons les vibrations réciproquement. Cette sensibilité nous permet de « sentir » l’autre et d’avoir une réponse adaptée à la situation. Elle nous aide à détecter les zones à risque, à réagir, à nous protéger ou simplement à apprécier les bonnes choses et d’être bien. Certaines personnes jugent que cette sensibilité affecte leur vitalité. Elles se disent alors hypersensibles puisqu’elles réagissent beaucoup plus à leur environnement immédiat que la plupart des gens.

Devenir maître de son énergie
Avec des techniques simples et de la volonté, on peut faire en sorte que notre champ décode les vibrations et l’humeur des autres sans en ressentir le contenu émotif. Ainsi, nous pourrons savoir comment se sent notre ami sans vivre toute sa charge émotive.

Cette maîtrise de notre énergie est très précieuse lorsque l’on travaille ou que l’on vit avec des gens tendus ou déprimés. De fait, les gens qui se soucient des autres auront tendance à agrandir leur champ énergétique de façon à toucher énergétiquement les autres et à sentir leurs vibrations. Or, ils auront aussi beaucoup plus de chance de devenir imprégnés de ces vibrations. Il est donc essentiel de gérer son champ énergétique pour rester soi-même et aidant pour les autres.

Légers touchers
Par un toucher subtil, il est possible de dégager les blocages créés dans la structure du champ énergétique. Il est important d’éliminer ces blocages, car ils créeront tôt ou tard des maladies ou des réflexes négatifs dans notre comportement.

La restructuration énergétique s’effectue par de légers touchers sur des points stratégiques pendant que la personne est étendue sur une table de massage. Les barrières qui étaient créées par le champ énergétique disparaissent, et la personne jouit d’une nouvelle liberté d’action. En peu de temps, et sans effort de volonté, la personne retrouve des réactions à la vie beaucoup plus harmonieuses.

Traitement parallèle
L’approche énergétique est tout à fait compatible avec un traitement médical­ classique. Dans cette situation, la médication rétablira l’équilibre chimique d’un organe,  alors que la dynamisation de l’éner­gie vitale stimulera l’équilibre géné­ral du corps et de ses mécanismes de régulation.

En résumé
En tout temps, il vous est possible d’avoir accès à une énergie puissante et dynamique grâce à la restructuration énergétique. Apprendre à maîtriser les échanges énergétiques avec votre entourage est un outil central pour rester libre et créer votre vie à la hauteur de votre potentiel. Retrouvez l’élan de votre vie pour toute votre vie!

Matière à réflexion

Du toucher corporel au toucher émotionnel
Ne plus être touché corporellement, c’est aussi peut-être ne plus être touché émotionnellement ou réduire considérablement l’aspect émotionnel­/sentiment […] La proximité physique entraîne donc des émotions, sentiments, états d’être. L’expression de nos émo­tions et celles des autres est un sujet délicat, puisque notre éducation, notre milieu social et culturel, nous ont «appris» à ne pas les laisser trop transparaître… À dose homéo­pathique s’il vous plait! Juste ce qu’il faut quoi! […] Pourtant qu’est-ce qui rend une relation particulière si ce n’est de pouvoir être un peu plus soi avec cette personne-là, avec moins de contrôle, moins de « retenue », moins de masque social!

Quel plaisir de pouvoir pleurer sur l’épaule d’un ami ou de se prendre dans les bras, d’oser dire qu’on l’apprécie et qu’on l’aime, qu’il compte vraiment dans notre vie. Vivre sous anesthésie émotionnelle, ne fut-ce qu’en être coupé partiellement réduit considérablement le champ de vie, le sentiment d’exister!

Source : Extrait de l’article électro­nique : Vivre sous anesthésie émotionnelle, Marie-Ange Viala-Foulon

De nombreux Canadiens souffrent d’un manque de contacts physiques
Selon une étude menée par la compagnie Vaseline et Léger Marketing, il y a quelque temps, de nombreux Canadiens souffrent d’un manque de contacts physiques. Près du tiers des personnes affligées par cette carence déclarent même ne toucher personne durant une journée, et ce, de façon régulière. L’étude nous apprend également que les Canadiens aimeraient voir le toucher occuper une plus grande place dans leur vie… Et pour cause! […] Les bénéfices du toucher sont nombreux!

Source : Extrait de l’article électronique : L’importance du toucher, Louise Moreau

Pour s’épanouir, un enfant a besoin d’être touché, caressé et massé (Frédérick Leboyer)/

Gynécologue et obstétricien français, il a donné son nom à l’accouchement doux connu sous le nom de méthode Leboyer (naissance sans violence). Deux vidéos à visionner absolument. Écrivez dans Google :
– Naissance sans violence (YouTube). Choisissez la vidéo en français, dont la durée est de 4 h.
– Frederick Leboyer naissance (YouTube). Choisissez la vidéo en français dont la durée est de 21 h 10.

L’eczéma : un conflit de séparation serait à l’origine de la patho­logie
Le décodage biologique des maladies propose d’aborder les maladies d’un point de vue émotionnel. Par exemple, dans le cas de l’eczéma, c’est un conflit de séparation qui est à l’origine de la pathologie. La localisation d’un eczéma est loin d’être anodine, et le cerveau ne « s’amuse » pas à déclencher un eczéma à tel ou tel endroit pour rien ou au hasard. Comprendre la localisation d’un eczéma est simple. C’est la zone qui était en contact avec la chose ou la personne et qui ne l’est plus qui va réagir.

Décodage biologique des maladies : l’encyclopédie des correspondances symptômes-émotions, Christian Flèche, Éditions Le Souffle d’Or

Le dernier bain au lit avant de mourir, peau à peau, âme à âme

Vous avez déjà lavé un nouveau-né seulement avec vos mains et du savon doux? Vous avez ressenti ce contact étroit et merveilleux entre vos mains et la petite vie qui naît à peine et qui vous fait confiance. Petit être vulnérable qui se laisse bercer par l’eau et vos mains. Cette sensation de bien-être, je l’ai ressentie à nouveau, mais dans un contexte tout à l’opposé : la fin d’une vie.

J’ai été infirmière-enseignante durant plusieurs années et j’ai travaillé auprès de gens en fin de vie dans les soins palliatifs. Un matin, je me trouvais avec une étudiante préposée et elle devait donner un bain au lit complet à une dame mourante. Elle se sentait incapable de le faire toute seule, alors je l’ai accompa­gnée. Nous nous trouvions de chaque côté du lit, encadrant la dame en fin de vie. J’ai dit à la dame que nous allions la rafraîchir avec un « bain à l’éponge ». Je me suis rappelée le bain des nouveau-nés et j’ai proposé à mon étudiante de ne pas utiliser de débarbouillette, mais seulement le contact des mains, en utilisant un savon doux sans rinçage qui est spécialement conçu pour faire la toilette des personnes en fin de vie.

Nous voilà donc, entourant la dame, le bol d’eau chaude au-dessus du lit, sur la table de chevet. Lentement, j’ai commencé par mouiller mes mains dans l’eau chaude et laver doucement le visage de la dame… Ensuite, j’ai encouragé mon étudiante à se mouiller les mains, à y verser du savon liquide et à laver le bras droit, tout en douceur, avec des gestes respectueux. Je parlais à la dame, lui donnant la permission de quitter la vie sur la terre… et lentement, respectueusement, nous lavions chaque région de son corps. Ce contact étroit m’a permis de réellement ressentir cette dame plus intimement, dans toute sa vulnérabilité et son entière confiance en nous. J’ai reproduit ces gestes plusieurs fois, encore et encore, et chaque fois, je savais que je touchais l’être dans le plus pur de son cœur et de son âme.

La dernière personne que j’ai hono­rée par ce toucher, c’est ma mère. Je savais que j’allais communiquer avec son âme par ce bain thérapeutique particulier sans obstacle entre ses membres et l’eau. J’ai ressenti en moi un apaisement m’invitant à continuer de prodiguer ces gestes d’amour à ma mère. Jamais je ne pourrai confirmer que ce dernier bain d’amour aura procuré un bien-être total à la personne, mais tout ce que j’ai pu ressentir de vibrations positives et d’émotions positives me confirmera que toucher la peau avec nos mains nues procure un apaisement.

Ayant lavé ma mère, que je connais très bien, je peux avancer que j’ai touché son âme et qu’il y a eu une communication âme à âme durant le bain. C’est comme si je pouvais entrer dans sa peau et toucher un brin de son âme. J’ose ici aller plus loin dans mon expérience en y ajoutant un facteur humain. J’ai déjà assisté à une conférence de Jean Monbourquette sur les deuils, et il nous a parlé du don, celui du décédé ou du mourant. Lorsque la personne se meurt, ayons la force de lui deman­der de nous donner une de ses qualités, qu’elle pourra gentiment nous transmettre afin de perpétuer sa mémoire, et c’est ce que j’ai fait. Pendant la belle sensation de contact peau à peau avec ma mère, je lui ai demandé de me donner son sourire facile.

J’ai eu cette merveilleuse chance de laver la personne la plus importante dans ma vie, ma mère, celle qui m’a donné la vie. Ce don de moi, c’était ma façon de la remercier. Nous avons pu vivre un contact privilégié entre nos deux âmes. Je l’ai ressenti!

Je vous invite tous, si, vous avez un jour la chance d’accompagner un être cher en fin de vie, à le laver avec toute la pureté de votre âme. Vous trouverez dans les centres de soins palliatifs un savon sans rinçage. C’est beaucoup plus facile de laver sans rincer… Il suffit juste de laver et d’essuyer. Je voudrais préciser qu’au moment de laver les organes génitaux, j’ai enfilé des gants et lavé avec une débarbouillette, justement par respect. Je vous invite encore une fois à oser laver la personne chère avec la même humilité et le même amour qu’on le fait pour un petit bébé. Vous en bénéficierez tous les deux.

Une rencontre avec… Bertrand Desfossés

Massothérapeute pendant 30 ans, il a été le cofondateur et directeur du Centre d’épanouissement psycho-corporel de l’Outaouais.
Entrevue par Carole Verdon

J’ai eu le bonheur de vivre une rencontre de trois heures avec cet homme de cœur. Je n’ai pas pris de notes, j’ai écouté ses paroles, une à une; un petit enregistreur entre nous. C’est un homme à l’intelligence analytique, vivement là dans le moment présent, pour qui le rapport humain est de l’ordre du sacré. Intuitif, il possède un flair remarquable; qualités plutôt nécessaires quand on est massothérapeute.

Un désir né d’une privation dans l’enfance, voilà d’où est venue sa motivation à devenir massothé­rapeute. Son père, atteint de tuberculose, était contagieux. C’est avec un trémolo dans la voix qu’il exprime avoir été privé du toucher, des embrassades et des accolades. Un manque qui va durer des années, années pendant lesquelles, pour compenser et se contenter, il touchera la guitare, du bois, des tissus, de la matière. « C’était instinctif. Je me suis nourri avec de la matière, mais j’étais en manque de contacts affectifs avec un humain », enchaîne-t-il.

Portant instinctivement cette cons­cience du toucher, il sculptait du bois avec un canif et fabriquait des objets avec ses mains. Il dira : « Je sentais que mes mains avaient une mission plus élevée… » Bien qu’il ait trouvé intéressant de travailler comme bûcheron, menuisier et mécanicien, il sentait un vide et n’était pas nourri par un toucher relationnel. Puis, à cette même époque, la mentalité, les tabous face au corps et au toucher étaient présents dans l’ensemble de nos rapports humains.

Je lui ai posé la question qui me brûlait les lèvres : qu’est-ce le mot toucher évoquait pour lui? Sans même hésiter, il m’a parlé d’une démarche en abandon corporel qu’il a amorcée en 1976, démarche qui lui a permis de découvrir la puissance du toucher à propre­ment parler : « Quand le thérapeute touchait­ le dessous de mon pied avec le bout de son majeur ou encore au creux de mon plexus solaire, ça ouvrait tout un registre de sensations internes. » À cela s’ajoute le toucher présence, indissociable de l’aban­don corporel, qui consiste à laisser émerger progressivement ce que le corps a enregistré.

Cette démarche lui a servi de déclencheur pour finalement en faire un tremplin vers la massothérapie. Une envie irrésistible et soudaine le poussa à offrir à des participants du groupe de masser intuitivement leurs pieds pendant les pauses. « Ça m’a conduit à l’évidence des bienfaits et de mon intérêt pour le toucher; de là, j’ai développé le goût d’aller plus loin. »

Voilà que sa passion et son goût pour le massage le poussent à suivre, entre 1982 et 1988, de nombreux ateliers d’exploration du massage. L’année 1988 sera une année marquante puisqu’il termine une formation professionnelle en massage Shiatsu et Suédois, à Québec. La même année, diplôme en main et membre de la FQM, il fonde, avec un petit groupe, le Centre d’épanouissement psycho-corporel de l’Outaouais, qu’il dirigera jusqu’en décembre 1994. Satisfait de son implication, il s’envole pour un voyage au Costa Rica et par la suite, de 1995 à 2012, il travaillera à son compte.

Plus j’écoutais Bertrand, plus je comprenais qu’être massothérapeute est un art et que, par l’exploration du toucher, il avait appris beaucoup sur la nature humaine, mais aussi beaucoup sur lui-même.

Dès la naissance, être touché fait partie des besoins fondamentaux de l’être humain, mais dans nos vies, le toucher n’est pas toujours à notre portée. Le massage vient combler ce besoin pour certains; d’ailleurs, Bertrand est clair là-dessus : « Parfois, la personne arrivait en me disant clairement : “J’ai besoin d’un massage, je n’ai pas été touchée ça fait des mois. J’ai besoin d’être touchée!” Au-delà du massage musculaire, elle avait ce besoin d’une présence, d’être enveloppée d’un toucher nourrissant. »

La cartographie du corps : une mosaïque de mémoires, de blessures et d’émotions. « Le corps prend la forme de ses expériences agréables et aussi de ses traumatismes. Des parties sont libres et confortables, tandis que d’autres sont tendues et chargées d’émotion. » Le massage peut-il alors être une voie pour se retrouver soi-même? « Les couches de résistance relâchent d’une séance à l’autre et, progressivement, la personne arrive à ressentir plus d’harmonie dans l’ensemble de son corps. C’est souvent la surprise de la personne de sentir qu’en s’ouvrant de plus en plus, c’est le meilleur d’elle qu’elle découvre. »

J’ai appris pendant ma rencontre avec Bertrand que, si une personne n’aime pas une partie de son corps, elle dira :­ « Je ne veux pas que tu me masses le ventre, ou autre… » « C’est souvent là un besoin en privation, parce que c’est une partie d’elle qu’elle refuse. Ces zones contiennent des mémoi­res ou des traumatismes que je me dois de res­pecter et d’apprivoiser tranquillement avec elle », explique-t-il.

Quel est le plus grand bienfait d’un massage? « Par la relaxation, c’est de rentrer chez soi, de reconnaître ses propres cellules à travers l’expérience, c’est de s’approprier son corps. Par les sensations éprouvées, j’habite plus mon corps, j’en deviens plus propriétaire. Tout ça est activé par le toucher et les différentes manœuvres du massage. »

Au moment d’écrire ces lignes, j’écoute un air de violoncelle, un air vibrant, enveloppant, remuant, et je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le geste du toucher en massage, duquel on peut dire qu’il est un véritable soin profond, relaxant, enveloppant et rassurant.

Le mot massage tire son étymologie du mot grec massein, de l’hébreu mashesh et de l’arabe mass dont le sens est palper, pétrir, presser légè­rement. Sept cent vingt mille terminaisons nerveuses font de la peau l’organe privilégié du bien-être. C’est probablement ce qui fait­ dire à Bertrand : « La détente en soi est le principal objectif pour que la personne prenne le temps de se ressentir. »

Pour bénéficier au maximum des bienfaits d’un massage, Bertrand recommande de prendre un bain ou une douche chaude avant le massage, pour libérer les toxines de la peau, pour détendre les muscles et les conditionner à être massés. Après le massage, il est préférable de garder un temps pour soi afin de maintenir l’état de détente.

À celui qui m’a parlé de relations humaines, de toucher et de massage pendant trois heures et qui affirme que le massage est l’une des plus riches expériences de sa vie, j’ai demandé : quand je dis le mot tou­cher, qu’est-ce qui monte en vous? « C’est une nourriture, une communication, une complicité avec l’autre dans le non-verbal, un accompagnement dans l’harmonisation de soi. »

J’étais curieuse de savoir quels sont, d’après lui, les motifs pour vouloir devenir massothérapeute? « Pour prendre soin, se découvrir, travailler sur soi, pour s’harmoniser soi-même. La plupart des raisons initiales, instinctives, c’est que la personne veut faire du bien, elle veut masser les autres, mais c’est un prétexte parce que ça lui fait du bien à elle de prendre soin, d’être en contact, de toucher; alors, elle veut devenir massothérapeute. Elle découvre qu’elle se nourrit en faisant ça, et c’est ça qui la motive à bien faire ce qu’elle fait. »

Bertrand a été une figure marquante dans le monde de la massothérapie en Outaouais. À celui qui a enseigné durant sept ans et pratiqué durant trente ans, j’ai appris qu’il avait cessé toute pratique en 2012. Avec une émotion palpable, il m’a confié : « Le dernier massage que j’ai donné, c’est à ma conjointe. C’est avec elle que j’ai eu le privilège de mon der­nier massage. Je n’en ai pas redonné après son décès. Je l’ai accompagnée avec mon cœur et mes mains pendant ses huit mois de soins palliatifs à la maison. J’honore ces moments d’intimité où le toucher a pris la place des mots… »

« Il m’arrive de masser des pieds et des mains à l’occasion, mais je sens que ma mission en massage est accomplie. Le toucher m’a fait rencontrer le plus beau de l’humain, au-delà de son enveloppe. »

Pour ma part, j’ai été honorée de rencontrer Bertrand Desfossés et de plonger avec lui dans une mer de mots, d’émotions et de partages. Cela m’a profondément enrichie, et je tiens ici à le remercier du fond du cœur.

À fleur de peau

Je ne suis pas massothérapeute ni même titulaire d’un diplôme universitaire dans le domaine de la santé. Je ne prétends pas non plus posséder les connaissances nécessaires pour pratiquer le toucher thérapeutique, sinon qu’au moment opportun, je me situe dans le cœur.

Simple bénévole depuis 10 ans au centre de soins palliatifs La maison Mathieu-Froment-Savoie, j’ai fréquemment utilisé le toucher pour réconforter un résident ou un membre de sa famille qui me faisait des confidences. Le plus souvent, je garde le silence. Une main sur le bras ou sur l’épaule établit le contact et signifie que je suis là et que j’écoute. C’est aussi l’occasion de vivre le moment présent et de centrer son énergie en communion avec l’Autre. Dans ces moments où la vie ne tient plus qu’à un fil, où la douleur de ne plus voir l’être cher est imminente, la chaleur humaine est réconfortante de part et d’autre.

Pourquoi suis-je devenue bénévole dans le domaine des soins palliatifs?

J’ai eu le privilège d’accompagner mon jeune frère de 42 ans, homme d’affaires prospère atteint d’un cancer, plus précisément d’un lymphome non hodgkinien. Lorsqu’il m’a fait part de la mauvaise nouvelle au téléphone – je m’en souviendrai toujours – , j’ai été touchée droit au cœur. L’horloge s’est soudainement arrêtée; il avait amplement de temps libre.

Malgré son état de santé chancelant, nous avons vécu ensemble plus de trois belles années, au cours desquelles les confidences coulaient à flots et le toucher, autrefois à peine perceptible, trouvait instinctivement sa place. Dans les moments où l’oncologue posait un nouveau diagnostic, on aurait pu entendre voler une mouche; nos regards se croisaient, nos mains se rejoignaient comme si nous voulions nous accrocher à une bouée de sauvetage.

Après l’autogreffe de moelle osseuse et de multiples traitements expérimentaux au service de la science, pendant les six derniers mois de sa vie, j’ai senti l’odeur de la mort, même si, par son discours, il lui tournait le dos. J’aurais voulu lui faire part de mon chagrin, mais j’étais là, silencieuse à ses côtés, la main sur son bras, tentant peut-être de retarder son départ, ne serait-ce que de quelques mois. J’avais encore des choses à lui dire. La gorge nouée par la peine, je me suis moulée à son rythme. Cet homme-là, c’était mon frère, et il voulait vivre! Il caressait encore des projets en ébénisterie.

Faisant la navette entre Montréal et Gatineau de façon sporadique, de retour à mon domicile, mon amoureux m’attendait sur le seuil de la porte. Il me ramassait, comme on dit « à la petite cuillère ». Il m’écoutait et me serrait dans ses bras, et là, les larmes pouvaient enfin couler à flots.

Cinq ans plus tard, j’ai entendu une annonce à la radio. On recrutait des bénévoles à La maison Mathieu-Froment-Savoie. J’ai répondu d’emblée à l’appel, un peu fébrile à l’idée de croiser, au bout d’un couloir, un beau barbu à l’allure de mon frère. J’ai été emballée par la formation chevronnée offerte aux préposés aux soins bénévoles, si bien que je l’ai suivie trois années d’affilée. J’ai également pu faire la boucle sur mon deuil et saisir la place importante que j’ai occupée auprès d’un être cher en fin de vie. Ces personnes ont besoin de nous.

La maison Mathieu-Froment-Savoie a un grand besoin de bénévoles, non seulement au chevet des malades, mais dans tous les domaines.

Pour vous joindre à notre équipe, communiquez avec la coordonnatrice des bénévoles, France Côté, au 819 770-3900 ou benevoles@qc.aira.com.