Si on se fie aux experts d’il y a quarante ans, nous sommes à l’ère des loisirs! Nous vivons la semaine de travail de trois jours et nous avons tout le temps voulu pour nous consacrer aux passe-temps et à la vie douce. Vous vivez cela vous? Ah! Les prédictions d’experts, ça vaut ce que leur cerveau peut analyser avec les données scientifiques de l’époque. Rien à voir avec l’expertise des enfants pour qui le jeu est un mode de vie intégré depuis des millénaires. Selon les peuplades du Grand Nord canadien, ce qui est valable pour l’enfant l’est aussi pour l’adulte. En appliquant ce simple principe, il en découle que sans une dose de jeu créateur, l’adulte tout comme l’enfant se portent mal. On apprend mal, on vit mal, on aime mal et ce qui est plus triste, on cesse de créer. Dans une société où la peur et la paranoïa sont omniprésentes, on étouffe les pulsions créatrices libres au profit de la performance, la productivité et la fiscalité. Apprendre à intégrer le « jeu » dans toutes les facettes de sa vie que ce soit spirituel, physique, relationnel, professionnel, sportif ou aventurier ne peut qu’apporter des bénéfices appréciables autant personnels que sociaux Car selon la théorie du fonctionnement des essaims, la danse d’une seule abeille peut communiquer la location précise des ressources à la ruche entière. C’est dire que si chacun de nous garde sa créativité allumée par le jeu libre, les avantages sont vivement ressentis par tout l’entourage. De façon exponentielle, s’allumer, allume encore et encore autour de soi.
L’hyper communication amène un épuisement mental, émotionnel et physique. Ce rythme accéléré gruge la paix et la connexion spirituelle créatrice libre. La vie va vite. On ne prend plus temps de jouer simplement. Le pied enfoncé sur l’accélérateur, on ne regarde plus, on ne s’émerveille plus. L’enfant, qu’il soit grand ou petit, est perdu dans le flot des « bébelles » qui se démodent aussitôt sorties de leur boîte. Le jeu simple est pourtant omniprésent : jouer à faire la vaisselle, jouer à tondre la pelouse, jouer à être grand… En retrouvant la simplicité de jouer avec la boîte de carton de nos souvenirs d’enfance, il est possible de contrer les effets néfastes de la surexposition aux médias et à la technologie.
Jouer à être grand
Pour l’enfant, tout est jeu et pour lui, tout jeu est source d’apprentissage de la vie. Le plaisir domine. Faire bonne impression ne le préoccupe guère. Pas de comptes à rendre à personne. Explorer et essayer tout ce qui lui tombe sous la main est son mode de vie Son travail est de jouer, il ne porte pas de jugement, il est entièrement concentré sur l’expression d’une partie de lui-même. Quand on sait que vivre est apprendre l’amour, il en découle que l’élément jeu sans obligations, juste pour voir, rire et essayer, dégage la porte d’accès au créateur, à l’amour. L’enfant aime jouer, il aime la vie, il s’abandonne au maître de jeu dans le rire et la légèreté. Sans l’amour, pour lui, le jeu n’est plus. À quoi sert-il de jouer si l’orgueil domine ou que le plaisir est absent? L’essence même du jeu est divine et se vit dans l’instant présent. Mais comment entendre la voix de l’esprit si on est trop occupé à craindre l’échec?
L’âme créatrice se nourrit à la connexion avec le créateur. Être, c’est créer sa vie par ses choix et ses pensées. Observez et écoutez les enfants… Pour eux, apprendre est une série de jeux, sanctionnés ou non. L’enfant s’émerveille de tout. Le bouton sur votre nez est aussi intéressant que les couleurs brillantes de sa nouvelle boîte de crayons-feutres ou votre porte-clefs. La joie intense que lui procurent ses sens est un monde d’images vivantes. Il exprime toutes les facettes de lui-même dans son œuvre créatrice. Il joue à la vie intensément sans se soucier du temps qu’il fait ou même de son état de santé. Peu importe où il se retrouve, ce regard neuf et enjoué, sur les gestes et conventions que les adultes banalisent, l’attire. Il n’y a pas de tâches, juste des jeux. Partout, où il pose son regard, est prétexte à jouer. Jouer le rend heureux.
Choisir la performance au détriment du jeu ferme la porte à l’inspiration. Sans son ouverture aérante, la vie souffre et l’enfant-créateur meurt. Redonner valeur au jeu qui invente et crée des solutions sans effort, c’est se réapproprier un soi divin caché derrière des montagnes de conformismes et de responsabilités adultes. Les muses de la créativité aiment la vacuité. Jouer crée le vide qui permet de refaire le plein. Jouer est un verbe d’action. Aimer est un état. Jouer, c’est faire l’amour avec la vie.


