C’est mon baptême de l’air. J’observe avec curiosité les agentes de bord qui préparent les passagers en vue du départ; bébé ici, grand-mère par-là, chaise roulante en premier, bagage sous le siège, etc. Elles réussissent à peine à s’asseoir avant le décollage. Dix minutes dans le vol, les unes préparent les cabarets de service, les autres passent les écouteurs, l’une prend en main le micro. « Bonjour mesdames et messieurs; bienvenue à bord du vol 347 pour Vancouver. Je vous demanderais de porter une attention spéciale aux renseignements concernant les particularités de cet appareil. » Elle parle du fumage, des portes de secours, de la sonnette du pilote, des lumières au plancher et du masque d’oxygène qui, en cas d’urgence, tombera du plafond au-dessus de notre tête et qu’il faudra placer sur notre nez et notre bouche. (Elle en fait la démonstration.)
À la suite des protocoles de sécurité, une jeune maman tenant son bébé dans les bras, demande à l’agente de bord si elle ne s’est pas trompée. « Ne faudrait-il pas, en cas d’urgence, mettre le masque sur mon bébé d’abord? » « Ne croyez-vous pas qu’il soit impératif que vous posiez le masque sur vous madame pour être par la suite en mesure d’aider votre enfant et les autres? » La maman sourit, son approbation dévoilant ainsi un « oui, j’aurais dû y penser. »
Bien assis dans mon siège, je me surprends à revenir sur la consigne du masque d’oxygène : « Placer le masque sur ma bouche et mon nez pour pouvoir par la suite aider les autres ». C’est comme si ça allait contre l’éducation religieuse qui a dominé notre enfance; une éducation qui nous a appris à « s’oublier pour les autres »; une éducation qui a produit des obéissants aveugles, des craintifs obsédés par un dieu malicieux, punitif et par surcroît, omniprésent, un peuple qui pense aux autres avant de penser à soi, qui s’oublie, qui se perd, qui se culpabilise et à qui on a appris que d’agir autrement, c’est d’être égoïste, mauvaise mère, mauvais père, mauvais employé. Je pense à ma mère. Je pense à mon père. Je pense à vous??!! Je pense à moi!!!
Dans cette ère de liberté de fin de siècle et à l’aube d’un millénaire qui tient tellement de promesses, il n’est pas évident de renverser la vapeur. On a « pratiqué » pendant des années le sentiment de culpabilité, de négation de soi et de manque de confiance. On s’est souvent fié aux autres pour expliquer ses propres sentiments, ses propres émotions. Cette éducation aux valeurs religieuses a souvent donné lieu aux sacrifices, à la crainte de foncer, à la retenue dans tout. La confession par exemple nous rendait coupable avant même d’être entendu. Je croyais qu’on était réputé être innocent à preuve du contraire!!!
Pendant notre crise religieuse, un nouveau signal est venu appuyer les dires de l’Église en nous suppliant de tout faire pour ne pas brimer notre enfant, ni le frustrer, ni le tourmenter, ni le traumatiser. Encore une fois, fallait-il agir en fonction de l’autre, en s’oubliant.
Y’avait une leçon à tirer de cet incident banal. En tant qu’adulte qui travaille, qui aime, qui intervient, qui aide, qui vit en société, parfois et souvent on se sent lésé, stressé, brimé, subordonné. On sent qu’on profite de nous. On s’enlise sans savoir comment en sortir. On ne vit souvent que pour les autres époux, épouse, ami, chum, enfant, parents, patron. Entendons-nous. Il ne s’agit pas de défoncer les murs sociaux, ni les cadres, ni les portes. Mais peut-être pourrions-nous individuellement créer un milieu favorable à notre bien-être personnel et à notre épanouissement subséquent.
On pourrait souvent s’épargner beaucoup de soucis et stress si on organisait sa vie pour répondre d’abord à nos BAS, c’est-à-dire à nos Besoins, à nos Attentes et à nos Sentiments. Ceci ne veut pas dire que l’on doive abandonner époux, épouse, ami, chum, enfants, parents, patron. Ce n’est pas de l’égoïsme, du nombrilisme. C’est juste de se donner la chance de vivre en harmonie avec soi-même. C’est dire aux autres que c’est dans la mesure où nous nous aimons que nous pourrons les aimer. C’est dire que c’est uniquement lorsqu’on est bien dans sa peau qu’on peut rendre les autres bien dans la leur. C’est faire face à la réalité qu’on ne peut pas aimer si on ne s’aime pas. C’est rendre les autres conscients que c’est dans la mesure où ils participeront à leur bien-être qu’ils pourront participer au nôtre. C’est par exemple être assez honnête et clair avec votre époux, épouse, notre ami, notre chum, nos enfants, nos parents, notre patron, pour qu’ils puissent comprendre et accepter que c’est uniquement dans la mesure où nos BAS seront satisfaits que nous pourrons nous occuper de leur BAS.
Donc, la question fondamentale est la suivante :
Quel est l’élément principal qui va me permettre de fonctionner comme un être humain libre et heureux dans mon milieu de travail, dans ma famille, dans mon couple, dans ma vie sociale, dans mes relations avec les autres?
C’est de mettre le masque à la bonne place (sans léser les autres).


