Du rêve à la réalité

Partir en voyage autour du monde pour une année, mon rêve depuis si longtemps…

Alain : Partir en voyage autour du monde pour une année, mon rêve depuis si longtemps. Un rêve qui me semblait lointain, difficilement atteignable, dans le cadre de ma vie d’employé permanent du gouvernement ayant un chez-soi confortable à Chelsea. Au fil des ans, ce cadre deviendra ma prison dorée. À couler dans mes veines pendant si longtemps, le rêve devient de plus en plus fort et m’habite entièrement. Je VEUX le réaliser et accoucher de ma nouvelle vie. Si je ne le fais pas, l’image de mon futur semble teintée de regrets… Finalement, au prin­temps 2013, tout tombe en place, et je décide de quitter mon emploi et de louer ma maison. Si ce n’est pas maintenant, à 41 ans, ce sera quand? Ce qui me semblait impossible se concrétise. C’est le voyage du mitan. Je prépare le terrain pour la seconde moitié de ma vie.

Le plus difficile sera sans aucun doute de me séparer de ma fille, maintenant adulte, durant toute une année. Mais, comme un bon ami me l’a déjà dit, « À chaque décision, il y a un renoncement ». Puis, un imprévu : je tombe follement amoureux. Vais-je mettre de côté mon rêve de vie pour une histoire d’amour? Non, c’est trop important… J’annonce donc à Emmanuelle que je pars, mais que j’aimerais partager une partie de cette aventure avec elle. Elle tergiverse et finit par accepter, emballée à l’idée de découvrir le monde. Après trois mois de riches aventures en solitaire au Cambodge, en Thaïlande et au Laos, je vais retrouver ma bien-aimée au cœur d’une des villes les plus occupées du monde, Hô Chi Minh-Ville.

Emmanuelle : Je pars rejoindre Alain au Vietnam. Je suis fatiguée, mais l’excitation de retrouver mon amoureux me vivifie! Jusqu’à la dernière minute, il y avait tant à faire : préparer une année sabbatique, clore ma session universitaire, déménager et faire mes au revoir. Enfin, par une froide nuit hivernale, je me retrouve seule à l’aéroport, avec mon sac-à-dos un peu trop lourd! J’y suis. Qui l’eût cru! Ça faisait longtemps que je rêvais de dépaysement, de partir loin et pour longtemps, mais je repoussais toujours le projet. Et puis, ce fut la rencontre, l’amour inattendu, la possibilité d’un voyage, une occasion à ne pas manquer et, surtout, à vivre! La peur et l’envie m’habitaient. Étais-je prête à mettre de côté ma carrière pour un temps, à vendre le superflu et à remiser le reste pour partir avec mon nouvel amoureux? Finalement, ma certitude s’est imposée : je veux y aller; je décide de suivre l’élan de vie qui m’appelle et je saute!

Et une rafale d’aventures mémorables s’ensuit : les péripéties du sentier Hô Chi Minh en moto, la pratique du yoga dans sa plus pure tradition, l’exubérance du Rajasthan, les grandioses chaînes de l’Himalaya et les villages perchés, la retraite de méditation à Dharamsala, la mysté­rieuse Cappadoce en Turquie, le camping, les plages et les sardines grillées du Portugal, l’effrayante « via­ ferrata » de Gruyère et sa fondue réconfortante, les caves de Châteauneuf-du-Pape et de Porto, la route de Compostelle, la Normandie de nos ancêtres et tous les accueils chaleureux sur notre parcours. Mes découvertes et aventures ont été enrichies et colorées par le partage de ces beaux moments.

Nous sommes de retour depuis quelques mois et nous tentons d’intégrer de nouvelles perceptions à notre réalité à la suite de cette pause dans notre vie qui nous a permis de nous rapprocher de nous-mêmes et l’un de l’autre. Un lien solide nous unit maintenant. Notre regard sur le monde est un peu ébranlé. Nous ne souhaitons pas rentrer dans le même carcan. Notre besoin de réussir dans la vie s’est quelque peu estompé; nous voulons réussir notre vie et nous donner l’espace pour bien vivre. Désormais, nous ne voulons plus courir, mais marcher tranquillement, et c’est maintenant que nous voulons être heureux. Vivre légèrement nous a fait goûter à une liberté que nous voulons cultiver. Être riches avec peu de besoins!

La Méditation – S’éveiller à sa sagesse intérieure

Ce que j’adore de la méditation, c’est la façon dont elle transcende tous les dogmes et croyances et nous éveille à notre propre intelligence innée. En fin de compte, la sagesse se trouve à l’intérieur de nous, et non dans un livre ou dans un concept religieux ou philosophique. Alors, quelle meilleure­ façon de découvrir les vérités subtiles, universelles et ultimes qu’en cheminant à l’aide de la méditation! Se fier à un bon guide assure un soutien indispensable, et c’est pour cette raison que pratiquer la méditation selon une tradition authen­tique peut nous aider énormément. Personnellement, je pratique la méditation selon le bouddhisme tibétain. Il est intéressant de noter que le Bouddha lui-même encourageait ses disciples à toujours tester ses paroles par rapport à leur propre expérience pour voir si elles étaient vraies ou non.­ Dans notre cheminement vers l’éveil, il est important de vérifier la validité des enseignements en nous fondant sur notre propre expérience, de les réaliser et de les intégrer à notre être. La méditation sert justement à faire cela.

La méditation est universelle et acces­sible à tout le monde. Elle ne coûte rien et elle nous aide dans la poursuite d’un objectif universel commun : le bonheur. Tous les êtres, à l’infini, sans exception, recher­chent le bonheur sous une forme ou une autre. La petite fourmi qui transporte une énorme miette sur son dos ou un président qui commande l’invasion d’un autre pays ont tous les deux le même but : être heureux. Malheureusement, malgré notre désir profond d’accéder au bonheur, nous créons souvent notre propre malheur. Nos gestes, paro­les et pensées ne sont pas toujours en harmonie avec notre intention, et le résultat est souvent douloureux.

Comment la méditation peut-elle donc nous aider? Eh bien, la méditation nous permet tout d’abord de ralentir et de concentrer notre esprit, ce qui fait du bien en soi. En portant attention continuellement à notre respiration, nous permettons à notre esprit de devenir graduellement plus stable et plus clair. Nous sommes moins tiraillés à gauche et à droite par chaque pensée. En nous identifiant à notre souffle éphémère, mais ponctuel, nous nous sentons de plus en plus soulagés, physiquement et mentalement. Avec chaque expiration, nous lâchons prise davantage de l’imaginaire en faveur de l’actuel et nous embarquons de moins en moins dans les histoires que nous murmure notre mental. En observant nos pensées et en reve­nant au moment­ présent encore et encore, nous cultivons le pouvoir de rester centré même quand les situations deviennent intenses. Au lieu de succomber au mode réflexe de nos émotions, nous demeurons comme une montagne, « in-ébranlé » par les tempêtes. Cette technique qui s’appelle « Shamatha », mot sanskrit qui veut dire « cultiver la paix » ou « demeurer dans un état de calme », nous donne un esprit plus tranquille, souple, puissant et utile.

Quand je donne mes cours d’intro­duction à la méditation, nous commençons toujours par cette pratique. Elle et si simple qu’elle s’avère accessible à tous. En même temps, elle est si profonde qu’elle peut changer une vie.

Avec la stabilité provenant de la pratique régulière d’une telle technique, tous les aspects de notre vie sont affectés, positivement parlant. Par exemple, quand nous travaillons, nous sommes plus efficaces, car moins distraits. Quand quelqu’un nous parle, nous sommes plus à l’écoute, car moins influencés par notre bavardage mental. Nous dormons mieux puisque nous maîtrisons davantage notre anxiété. En même temps, par notre conscience croissante, nous comprenons de plus en plus comment fonctionne notre esprit.­ Quand nous mettons une loupe sur notre expérience, toutes nos habitudes, névroses et confusions deviennent plus amplifiées et évidentes — ce qui est, en fait, une très bonne nouvelle! Nous discernons de plus en plus clairement la relation entre nos croyances, nos réactions/émotions, nos comportements et les bienfaits et conséquences qui appa­raissent par la suite dans notre vie.

Grâce à cette nouvelle compréhension, combinée avec notre nouvelle capacité de choisir, nous avons alors l’opportunité de faire un beau ménage­ intérieur. Chaque fois que nous n’embarquons pas dans notre pensée discursive mais qu’à la place nous lâchons prise, nos tendances mentales dérangeantes s’affaiblissent peu à peu, et le vrai pouvoir, la clarté et la stabilité de notre esprit prennent le dessus. Nous développons également la possibilité de cultiver des émotions nobles et des états positifs tout en abandonnant ceux qui nous ennuient.

Outre tous les bienfaits de cette pratique fondamentale, celle-ci nous permet également d’entreprendre toutes sortes de pratiques bénéfiques. Lorsque nous avons déjà stabilisé notre esprit par la pratique de Shamatha, nous avons maintenant la possibilité de tirer le maximum des bienfaits d’autres types de méditations, comme des contemplations, des visualisations ou des analyses méditatives. Nous pouvons alors utiliser notre esprit efficacement dans la poursuite d’objectifs spirituels autant que mondains. Cela nous aide non seulement à cerner les causes et effets­ relatifs souhaitables, mais aussi à nous rapprocher davantage de notre nature absolue, libre et éveillée.

Le Bouddha, qui a tout compris à travers sa méditation, nous a appris que la source de toutes nos souffrances est l’ignorance. Qu’est-ce que nous ignorons? Tristement, nous igno­rons qui nous sommes vraiment, quelle est notre vraie nature. C’est-à-dire que nous ne voyons pas au-delà de nos habitudes, de nos croyances et de nos émotions négatives, bref, de notre ego. Nous ne voyons pas que nous avons tous une nature de bonté­ absolue qui est tout simplement cachée. Cette nature, que nous appe­lons parfois la bonté fondamentale ou notre nature éveillée, est comme le vaste ciel bleu qui est temporairement recouvert par des nuages. La méditation sert à dissiper les nuages ombrageux et à inviter les nuages blancs et légers. Avec le temps, elle nous permet de voir à travers tous les nuages peu importe leur appa­rence. Là, nous découvrons l’espace lumineux, le beau ciel bleu, vaste et joyeux de notre être véritable.

Le combat de l’homme et ses égos

Connaissez-vous l’histoire de l’homme qui a escaladé la montagne de la sagesse à la recherche de son moi supérieur?

Eh bien, cet homme, qui a vécu une vie remplie de multiples expériences plus tumultueuses les unes que les autres, se voit un jour à un croisement de chemins. Le premier lui offre de continuer de se laisser guider aveuglément sur la terre des hommes, par la loi des hommes, et l’autre lui permet de choisir consciemment sa quête vers sa raison d’être divine. Il choisit donc ce dernier et débute son ascension vers sa vision d’une meilleure version de lui-même.

L’égo de l’homme accompli
En premier lieu, il fait face à son égo d’homme accompli. Son côté confiant qui se croit supérieur aux autres le met constamment au défi face à ses capacités, lui promettant médailles, reconnaissances et récompenses. C’est ce même égo qui le fait agir par la peur de l’inconnu et de l’échec. Il réussit tout de même ce combat avec facilité quand il reconnaît enfin que c’est l’équilibre parfait entre son cœur et sa tête qui le dirige vraiment.

L’égo spirituel
Ensuite, il affronte son égo spirituel. Il apprend, à travers la méditation, comment entrer en contact avec les esprits, les archanges, les anges et les maîtres ascensionnés du monde de l’au-delà. Il leur demande de l’aider à guérir et de le guider vers la réalisation de sa quête. Il surmonte les moyens détournés de son égo spirituel en demeurant attentif aux moindres signes, messages et apparitions de ses guides. Il gagne sa bataille avec son égo spirituel lorsqu’il apprend, toute réflexion faite, à se pardonner à lui-même.

L’égo divin
Finalement, certain d’avoir surmonté son égo spirituel et d’être en mesure de le reconnaître lorsqu’il se pointe, l’homme poursuit son chemin vers le sommet du mont. Il se sent comme un soldat face à un ennemi, prêt à se battre contre le plus puissant de tous, son égo divin. Il sait qu’une fois vainqueur, ce majestueux égo divin lui donnera des virtuosités qui feront de lui un maître que les Hommes suivront et vénérerons.

Il s’engage donc avec acharnement sur ce long trajet qui s’avère sérieusement difficile. Il trébuche, tombe, se blesse, rencontre des culs-de-sac et fait face à des défis de taille. Il lui arrive parfois d’avoir envie de tout abandonner. Puis, il se rappelle qu’une fois rendu au sommet, tout cela en aura valu la peine. Il découvrira le paradis et il rencontrera Dieu. Il connaîtra les réponses à toutes les questions existentielles qu’il pourra ensuite transmettre aux communs des mortels. Il aura la force de Dieu en lui. C’est comme ça qu’il vaincra l’égo divin.

Le sommet de la montagne de la sagesse
Ça y est! Le voilà enfin sur le sommet de la montagne de la sagesse où très peu d’hommes ont mis les pieds, le plus haut point sur la terre des hommes.

•Bonjour! lui dit un moine bouddhiste.

•Euh… bonjour? Qu’est-ce que vous faites là?

•Je médite, dit le moine. Et vous? Qu’est-ce qui vous amène?

•Je croyais que je trouverais quelque chose d’exceptionnel… les réponses… Dieu… Enfin, je ne sais plus… marmonne-t-il avec déception.

•Aaahhh Dieu, répète le moine sagement.

•Oui! Dieu! s’écrit l’homme d’un ton sec. Mais, c’est le vide absolu ici! Il n’y a rien du tout!

•Vous avez tout compris! répondit le moine d’un calme surnaturel.